Droit à l’avortement : Un docu gratuit retrace le combat de Simone de Beauvoir

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©DR
Le 18.05.2022, à 13h34
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Via sa plateforme TV5MONDEplus, la chaîne propose une sélection de films, séries, documentaires ou programmes jeunesse à consulter en ligne gratuitement. Parmi eux, le documentaire Beauvoir, l’aventure d’être soi revient sur le parcours de l’intellectuelle engagée, dont le combat pour le droit à l’avortement semble plus que jamais d’actualité.

Par Lucas Aubry

​​Lorsque deux jeunes militantes du MLF sonnent à la porte de Simone de Beauvoir pour lui proposer de signer un manifeste pour le droit à l’avortement, en janvier 1971, la philosophe est déjà une référence pour les féministes du monde entier. Son encyclopédie humaniste et révolutionnaire, Le Deuxième Sexe, qui prône, entre autres, la liberté de disposer de son corps et l’insoumission à la société patriarcale s’est vendue à plusieurs millions d’exemplaires et la vie qu’elle s’est inventée sert de modèle à toutes les femmes de l’Après-Guerre, trop souvent à l’étroit dans leurs mariages ou dans leur rôle de mère au foyer. « Elle osait dire ce que personne n’avait dit avant, elle ouvrait la cage dans laquelle nous, les femmes, étions enfermées depuis des millénaires », se souvient la femme de lettres Élisabeth Badinter dans le documentaire Beauvoir, l’aventure d’être soi, paru pour commémorer les 35 ans de la mort de l’icône. Si les deux militantes appréhendent donc un peu de se retrouver face à une légende, de 30 ans leur aînée, cette dernière accepte leur proposition sans hésiter, de sa voix haute et ferme. Mieux, l’intellectuelle leur propose de rédiger elle-même le manifeste et de dresser une liste de connaissances qui se sont faites avorter, ou du moins qui seraient prêtes à l’affirmer, histoire de braver la loi de 1920 qui criminalise les avortées et leurs complices. 

« Un million de femmes se font avorter chaque année en France. Elles le font dans des conditions dangereuses en raison de la clandestinité à laquelle elles sont condamnées (…) Je déclare que je suis l’une d’elles. Je déclare avoir avorté. » Le 11 avril 1971, Simone de Beauvoir, Gisèle Halimi, Catherine Deneuve, Agnès Varda et 299 autres femmes réclament l’avortement libre et gratuit dans les pages du Nouvel Observateur. Sans surprise, la pétition, bientôt imitée à l’international, est accueillie sous les huées des conservateurs, encore nombreux à penser que « le pouvoir est au bout du phallus ». Et s’il ne viendrait à l’idée de personne d’attaquer en justice les militantes et sommités du Manifeste des 343, dès l’année suivante, une lycéenne qui s’était faite avorter clandestinement à la suite d’un viol se retrouve sur le banc des accusées. Cette fois encore, Simone veille et assiste au procès en tant que témoin au tribunal pour enfants de Bobigny. Après des semaines de battage médiatique, la jeune fille de 16 ans est relaxée, une première en France pour une patiente accusée d’un tel « crime ». Sa mère se voit cependant contrainte de payer une amende de 500 francs pour complicité tandis que la faiseuse d’ange écope d’un an de prison avec sursis. Il faudra attendre la loi Veil de 1975 pour que l’IVG soit entièrement légalisée dans l’Hexagone. Une victoire historique. « Simone de Beauvoir a eu le génie de donner le départ d’un mouvement de conquête pour la liberté des femmes », poursuit Élisabeth Badinter. 

Et si, en France, rien ne laisse à penser que l’on pourrait revenir sur cet acquis, le droit à l’avortement demeure toujours très inégal et fragile à travers le monde. Le mois dernier aux États-Unis, le média en ligne Politico a mis le feu aux poudres en faisant fuiter un document de travail de la Cour suprême américaine laissant penser que les juges conservateurs, majoritaires au sein de la plus haute autorité du pays, étaient prêts à revenir sur l’arrêt Roe v. Wade qui avait accordé le droit d’avorter aux citoyennes américaines en 1973. Deux ans plus tôt, ce sont les Polonaises, les Sud-Coréennes et les Argentines qui étaient descendues dans la rue pour protéger ou réclamer leurs droits. « N’oubliez jamais qu’il suffira d’une crise politique, économique ou religieuse pour que les droits des femmes soient remis en question. Ces droits ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant » prévenait Simone de Beauvoir dès la publication du Deuxième Sexe en 1949. Puissent les féministes du monde entier trouver chez la philosophe la force de continuer le combat. 

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