Dour Festival : Les programmateurs reviennent sur 30 ans de fête timbrée

Écrit par Bartolomé Laisi
Le 20.05.2019, à 15h04
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Écrit par Bartolomé Laisi
Dour revient cette année du 10 au 14 juillet prochain, près de Mons en Belgique. Pour l’occasion, Trax a rencontré Alex Stevens, directeur artistique et programmateur du festival ainsi que Mathieu Fonsy, co-programmateur. Ces derniers nous livrent les secrets d’un succès savamment orchestré depuis une trentaine d’année.

Qui n’a jamais entendu parler de Dour ? Situé près de Mons (Belgique), ce festival européen de renom rassemble chaque année une kyrielle d’artistes venant des 4 coins du globe. Retour sur l’évolution d’une programmation ouverte sur de nombreux styles avec Alex Stevens et Mathieu Fonsny, respectivement directeur artistique et programmateur de cette 31ème édition, qui se déroulera du 10 au 14 juillet.

Depuis 2015 et 2016, on assiste à un pic de fréquentation de Dour, comment expliquez ce tournant ?

Aujourd’hui, les gens vont en festival pour vivre une expérience, et je pense que les gens trouvent ça chez nous. L’ambiance, la diversité musicale, le public, l’accueil belge…  Et puis, on a une réelle relation de confiance avec les festivaliers. On est jamais déçu quand on vient à Dour. Je pense que c’est un élément qui a beaucoup aidé.

Mathieu Fonsny : Ça s’est fait assez naturellement. On voulait faire grandir cette communauté de gens qui se retrouvaient chaque année.

« Ce festival qui faisait ce que les autres ne voulaient pas est devenu ce que tout le monde veut aujourd’hui », Mathieu Fonsny

Il y a 30 ans déjà, vous programmiez des styles boudés par les autres festivals. Coup de génie ?

Alex Stevens : Dour s’est développé en programmant tous les artistes que les festivals rocks flamands ne programmaient pas. Dans les années 90, on introduit un plateau de musiques électroniques, ce qui ne se faisait pas du tout. Ces dernières années, ce sont ces genres-là qui ont explosé. Comme Dour en faisait déjà depuis 30 ans, je pense que ça a joué.

Mathieu : On se définissait comme alternatif. Tu deviens rapidement le festival des contres-courants et des contres-cultures. Celui de ceux qui ne s’y retrouvaient pas ailleurs. De fil en aiguille, les courants ont muté, les musiques électroniques ou le hip hop passent en radio. Finalement, ce festival qui faisait ce que les autres ne voulaient pas est devenu ce que tout le monde veut aujourd’hui.  

Comment compareriez-vous la programmation actuelle avec celle des débuts ?

Alex : Pour moi il n’y pas tant de différences que ça. Dans les années 90, on avait plus de rock sur la grande scène. Aujourd’hui, la plupart jouent sous les chapiteaux. Les gens disent qu’il y a beaucoup plus d’électro et de hip hop aujourd’hui, mais quand je venais à Dour au début, j’allais déjà voir du rock et du hip hop, tandis que Mathieu n’allait voir que de l’électro. Donc pour lui, Dour n’a jamais changé. Le festival est tellement vaste que chacun a sa lecture de celui-ci. Je pense que c’est cette diversité qui fait que nous sommes toujours là aujourd’hui.

En ce moment, de nombreux festivals organise des scène “multi-styles”. À Dour, chaque scène est identifiable. Pourquoi ?

Mathieu : On a effectivement de nombreux festivals qui balaient les spectres d’un même style. Nous, on essaie de faire ça la nuit, dans La Caverne. Aujourd’hui, il y a une multiplication des festivals de niche, pour un type de public, et nous on essaie sur les scènes de démultiplier ces niches. On fait une scène entre jazz et world, une autre plus rock et voguing … En fait, on est assez similaire aux festivals de niche comme Qui Embrouille Qui, parce qu’à nouveau c’est une contre-culture. Sans s’enfermer, on est tout de même obligé d’identifier des moments, vu le nombre de scènes.

Alex : Dour c’est plusieurs festivals en un. Par exemple, cette année, Roméo Elvis s’occupe d’une partie de la programmation : la Straussfest.  

Dour est récemment passé de 4 à 5 jours. C’est un gros changement pour le festival ?

Alex : En fait, ça fait déjà quelques années que le festival fait 5 jours, sauf qu’il n’y avait pas de musique au début. Les gens ont rapidement pris l’habitude d’arriver dès le mercredi pour un festival commençant le jeudi. Pour le 20ème anniversaire, les festivaliers étant déjà sur place, on avait programmé une soirée surprise sur la grande scène dès le mercredi. On avait distribué avec les organisateurs des flyers sur le camping ‘”free party ce soir !”. Donc ce 5ème jour existait déjà sous une autre forme.

« Quand tu arrives à Dour, tu te mets dans un état d’esprit. Tu arrives en te disant que tu vas te mettre dans une bulle pendant 5 jours. » Alex Stevens

Cinq jours, c’est très conséquent. Comment faire en sorte de ne pas épuiser tout le monde au bout du deuxième jour ?

Alex : Quand tu arrives à Dour, tu te mets dans un état d’esprit. Tu arrives en te disant que tu vas te mettre dans une bulle pendant 5 jours. Les gens s’entraident et sont cordiaux, au courant que ça va être un marathon, mais également un moment agréable. Ce que j’aime bien, c’est le samedi après-midi. On voit que tout le monde est à l’aise, détendu. C’est ça qui est intéressant, tu réorganises totalement ta vie pendant 5 jours.

Mathieu : En termes de programmation, on essaie de créer des moments d’intensité, des rendez-vous, comme le jeudi drum’n’bass. Le public est aussi au courant que le mercredi, on va leur proposer Bonobo, Amelie Lens, Salut c’est Cool et Roméo Elvis Le dimanche, ils sont crevés, c’est donc là qu’on peut faire quelque chose à la Gogo Penguin, un peu plus jazzy et chill. Mais en même temps, tu as une option Casual Gabberz pour ceux qui veulent un dernier coup de matraque avant de nous dire au revoir. 

Cette année, vous programmez du métal norvégien ?

Mathieu : Pour nous, même si l’électro et le hip hop sont devenus pop, ça nous tient à cœur de continuer à programmer les cultures dont on parle moins. C’est pour ça que cette année, on a la salle polyvalente, qui est vraiment consacrée à la découverte. L’idée, c’est que les personnes qui viennent pour des niches à Dour aient leur journée. On veut vraiment laisser la place aux genres qu’il n’y avait pas dans les gros festivals de masse. 

Et comment voyez-vous le futur de la programmation ?

Mathieu : On veut vraiment pousser cette pluralité plus loin. C’est ça qui fait notre ADN.

Alex : Je ne sais pas de quoi sera faite la formule de Dour dans le futur. Si Dour veut rester ce qu’il est, il doit faire quelque chose que les autres ne font pas. Je pense que la forme évoluera au fil du temps, et je l’espère, mais il faut continuer à rendre l’expérience unique.

Cette année, quels sont les coups de cœurs de programmation ?

Mathieu : Je vais en prendre 5. Je suis très content d’avoir les Masters At Work (Kenny “Dope” et Louis Vega), parce qu’ils ne jouent pas souvent ensemble. Lolo Zouaï, tout ce qu’elle fait en ce moment est vraiment super. Nu Guinea, ce groupe italien d’électro indie-disco décoiffant, mais aussi Moka Boka, le rap belge nouvelle génération et High, qui est une artiste plutôt house.

Alex : J’en prends 5 également. Il y a JPEGMAFIA, un de mes coups de cœurs en hip hop underground, il a vraiment une super pêche. Boy Pablo, du rock indé super frais, Alpha Wann qui vient de sortir son nouvel album qui est pour moi un des albums rap français de l’année (UMLA). Je pense aussi à Demuja, un autrichien qui fait une disco house vraiment mortelle : c’est vraiment le coup de cœur de dernière minute. Enfin, Koffee, une chanteuse qui renouvelle le reggae avec des accents pops.

Les producteurs technos qui vous ont marqués cette année ?

Alex : La nuit où on va prendre des risques niveau techno, c’est la soirée Skee Mask. L’EP qu’il a sorti l’été dernier est vraiment dingue. Ansome, dans une vibe plus industrielle, plus froide et évidemment Under Black Helmet vont tout fracasser.

Toutes les informations sont à retrouver sur le site du festival ou l’évènement Facebook.

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