Qu’est-ce que le Dolby Atmos , la technologie audio immersive censée révolutionner l’industrie musicale ?

Écrit par Fouad Bencheman
Photo de couverture : ©DR
Le 09.11.2021, à 12h14
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Depuis son lancement sur le service de diffusion Apple Music en juin dernier, le Dolby Atmos intrigue de nombreux mélomanes. Déjà disponible depuis plusieurs mois sur Amazon Music et Tidal, cette technologie d’audio immersive est censée devenir un nouveau standard pour l’industrie musicale. Alors innovation de rupture ou simple miroir aux alouettes ?

Et voici une vieille marotte de l’industrie de la musique qui refait surface… En 1972, le constructeur japonais JVC, mais également le label américain RCA Record, tentent de populariser le principe de l’écoute immersive sous le nom de CD-4 ou de vinyle quadriphonique. Un support qui permet d’écouter de la musique en double stéréo avec comme objectif de recréer chez soi une ambiance proche d’une salle de concert. L’idée est révolutionnaire pour l’époque, si bien que les Pink Floyd, subjugués par le rendu, enregistrent trois albums dans ce format (Atom Heart Mother, The Dark Side Of The Moon et Wish You Were Here). Malheureusement, la tentative fait vite pschitt… L’installation pour ce type d’écoute est trop chère, il faut en effet 4 enceintes, 4 amplis, 4 pré-amplis et des sources à quatre canaux. Sauf que peu d’artistes produisent à l’époque en CD-4, du coup puisque l’offre n’est pas conséquente la demande ne décolle pas. Le CD-4 est rangé dans les cartons en 1976.

Fin des années 90, rebelote. Pour donner un coup fouet au marché du CD classique, Phillips et Sony lancent le SACD (1999), tandis que de leurs côtés Pioneer et Toshiba mise sur le DVD audio. La promesse est à peu près la même. Accéder à la qualité d’enregistrement originelle, celle du studio, le tout dans un environnement multicanaux, cette fameuse bulle sonore. De nouveau, la mayonnaise ne prend pas. Il faut dire que dans le même temps, le grand public commence à découvrir le tandem « MP3/Internet », un nouveau monde où la musique se consomme en masse et en mouvement, plutôt que religieusement chez soi. Le lancement de l’iPod, premier du nom, fin 2001 confirmera alors cette primauté de la quantité sur la qualité, « 1000 chansons dans votre poche ». 

Le son immersif, enfin en phase avec son temps ? 

En 2012, les cinéphiles découvrent le Dolby Atmos dans Rebelle des studios Pixar. Pour la première fois, l’ensemble des sons et de la musique d’un film sont reproduits de manière « 360» grâce notamment, dans les salles compatibles, à l’installation d’enceintes au plafond. C’est une nouvelle ère pour le cinéma, car chaque bruit devient un objet audio qui se déplace dans la pièce. Quand l’héroïne tire une flèche, on l’entend d’abord partir sur une enceinte à notre droite, puis le son suit le mouvement de l’objet, elle passe devant nous sur les enceintes de façade pour terminer sa course sonore sur une enceinte à notre gauche. Pour toute personne ayant déjà vu un film en Dolby Atmos, la conclusion est souvent unanime, le son devient presque vivant. Par tache d’encre, le Dolby Atmos s’étend ensuite peu à peu naturellement au reste des industries créatives comme le divertissement à domicile avec les séries TV et les films à la demande (Netflix, Prime Video, Disney+, Apple TV+…) ou encore dans le monde du gaming. Par conséquent, le timing interpelle. Pourquoi cette technologie a dû attendre près de dix ans avant de commencer à s’immiscer dans l’industrie musicale ?

Les échecs successifs du CD-4, du SACD et du DVD audio sont là pour nous apporter des éléments de réponse. Règle numéro un, sans contenu, soit des sources audio compatibles, une technologie, aussi qualitative soit-elle, ne fera du bruit que dans un Landerneau audiophiles élitistes. Or depuis 2019, l’industrie musicale se prépare à cette nouvelle forme de production. On compte déjà plus de 80 studios capables d’enregistrer ou de mixer en Dolby Atmos aux États-Unis et près de 17 studios sont, à l’heure actuelle, opérationnels en France. Guillaume Tell, DES, The Mono Company, Le Labomatic, Miscendo recording studio, Le Faune… Pour ne citer qu’eux. Du coup, près de 370 morceaux français sont déjà disponibles sous cette forme d’écoute et plus de 400 sont en préparation, auxquels vient s’ajouter un catalogue international. Pour le moment, ces contenus sont accessibles sur les plateformes Apple Music, Amazon Music Unlimited et Tidal Hifi. 

Règle numéro 2, si le consommateur, entre autres, a cédé aux sirènes du MP3 plutôt que du SACD, c’est aussi car tout le monde ne peut pas se permettre de s’offrir une installation hi-fi hors de prix ou un baladeur audiophile Astell&Kern afin de satisfaire ses esgourdes. Avec le Dolby Atmos, le parc d’appareils capables de retranscrire cette expérience, que ce soit à la maison ou en déplacement, est gigantesque : smartphones, ordinateurs portables, enceintes connectées, barres de son, TVs, Home Cinémas… Aujourd’hui le nombre d’appareils compatibles sur le marché se compte en centaines de millions. Mais surtout, de nombreux appareils supportant cette technologie sont des produits « entrée de gamme » et selon Denis Caribaux, ingénieur du son au studio Guillaume Tell, cela ne baisse pas pour autant l’expérience d’écoute.

« La grande force de ce format est de pouvoir s’apprécier même sur du matériel qui n’est pas, disons, audiophile. Il est possible d’écouter un son en Dolby Atmos sur une enceinte Amazon Echo qui coûte 200 euros. On perçoit déjà sur ce type d’objets que la largeur de scène est plus vaste, la richesse des timbres plus précise et que le son remplit mieux la pièce. L’émotion lors de l’écoute n’est plus la même. Évidemment, l’expérience sera beaucoup plus aboutie et spectaculaire avec une installation hi-fi de qualité, puisque plus le système qui sert à la lecture possède d’enceintes, plus la spatialisation est précise et riche. C’est une logique implacable qui se vérifie déjà dans le cas d’une écoute stéréo. »

Règle numéro 3 pour sortir de l’ombre, une technologie se doit d’être démocratisée auprès du grand public par l’ensemble de ses acteurs. Le consensus fait loi. C’est semble-t-il le cas pour le Dolby Atmos puisque déjà 9 labels français sont partenaires de cette technologie. Warner Music FR, Universal Music, Because, Microqlima, Sony Music… Pour ne citer qu’eux. Les artistes emboîtent également le pas. Non pas pour blâmer ce bon vieux son stéréo, qui continuera d’exister et que l’on continuera d’apprécier, mais plutôt par curiosité, le Dolby Atmos leur offrant une marge de manœuvre créative supplémentaire. Enfin, pour que la concorde soit totale, les diffuseurs de contenus doivent également jouer le jeu. Et au vu des nombreuses retombées presse lors de l’annonce d’Apple d’intégrer du Dolby Atmos à son catalogue, on devine aisément que l’aura et la force de frappe marketing de la firme de Cupertino a joué un rôle important dans la médiatisation soudaine de la technologie. Les planètes sont, semble-t-il, enfin alignées pour que le son immersif puisse prendre son envol.

Ajouter une nouvelle dimension sonore au son stéréo 

Pour rappel, l’enregistrement et le mixage stéréo placent chaque élément sonore selon des distances d’écoute au sein d’une scène horizontale. Par exemple, la perception de la voix sera au centre, la guitare proche de notre oreille droite, la batterie loin de notre oreille droite, la basse proche de notre oreille gauche et ainsi de suite. Sur une barre de son, un home cinéma ou une paire d’enceintes, cette restitution s’avère réaliste car en plus d’atteindre nos oreilles, les ondes irradient la pièce. Elles rebondissent alors sur les murs, le plancher, le plafond engendrant d’importantes réflexions. L’écoute revêt alors un certain relief. C’est d’ailleurs pour cette raison que les professionnels du son conseillent toujours d’installer un « home studio » dans une pièce, non pas cubique, mais avec le plus de surfaces parallèles et avec, si possible, des surfaces lisses (carrelage, verre…). Les réflexions sonores seront alors plus durables et mieux modelées.

Le Dolby Atmos est une évolution du son stéréo dans le sens où cette technologie ajoute une dimension sonore. En plus d’être horizontale, la scène devient également verticale, d’où une plus grande impression d’enveloppe sonore, car l’auditeur reçoit des informations tout autour de lui. Cette sensation est rendue possible car cette technologie transforme en amont chaque piste en objet sonore. Lors du mixage, il devient possible de positionner ces objets librement dans l’espace et même de leur attribuer des mouvements. Comme pour la stéréo, le rendu est bien évidemment plus évident et plus bluffant avec des enceintes ou un home cinéma, car le travail de mixage réalisé en amont des objets sonores prend alors tout son sens. 

Le Dolby Atmos est également capable d’effacer les limites inhérentes de la stéréo lors d’une écoute au casque. Par définition un casque, des écouteurs ou une paire d’intra-auriculaires n’offrent que la possibilité de restituer un son stéréo. Pour donner l’illusion d’un son immersif, les applications musicales intègrent un décodeur Dolby Atmos. Ce dernier effectue un traitement audio complexe de psychoacoustiques à base de déphasage, d’ajustement des fréquences, d’ajout de filtres directionnels… De cette manière, le Dolby Atmos « dupe » notre cerveau en restituant un son binaural, soit une écoute naturelle en trois dimensions. Et cette spatialisation est accessible avec quasiment n’importe quel combo de casques/smartphones. C’est désormais, l’ensemble de notre corps, et non plus seulement nos oreilles, qui peut ressentir la musique. Le fantasme de bulle sonore devient alors réalité.

Une plus grande scénarisation de la création musicale

Avant de venir nous envelopper, un morceau en Dolby Atmos doit être mixé selon de nouveaux procédés. Pour bien comprendre la démarche, direction Suresnes, en proche banlieue parisienne, dans le studio Guillaume Tell. Pour être capable de proposer du Dolby Atmos, ce haut lieu de la production hexagonale a dû faire évoluer sa cabine de mixage. Présente depuis le début des années 2000, l’installation 5.1 s’est transformée en système 9.1.4. afin de produire des déplacements sonores extrêmement précis. Dans cette avalanche de matériel, deux enceintes, nommées « wide surround », jouent un rôle prépondérant pour que le mix puisse s’adapter facilement à des appareils non audiophile. En faisant la jonction entre les enceintes de façades, celle de face, et les enceintes de droite et gauche, les « wide surround » optimisent la souplesse des mouvements du son dans l’espace.

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« Concrètement, je place d’abord les différentes pistes mixées de façon classique, autrement dit je les assigne à une enceinte. Après je travaille sur les autres entrées, les objets sonores, je les positionne dans l’espace, soit de manière statique, soit en mouvement, selon l’effet voulu. Si je veux mettre une rythmique à droite, puis la déplacer derrière afin de ne pas masquer une voix qui apparaît en façade… Je peux tout faire et surtout il n’y a aucune règle fixe. C’est comme si l’artiste et l’ingénieur du son pouvaient ensemble scénariser une musique. Avec cette technologie, nous pouvons même remasteriser du bas de catalogue, c’est-à-dire des vieux morceaux déjà sortis depuis longtemps. Dans ce cas nous discutions avec les ayants droit afin d’apporter une vraie plus-value à l’œuvre sans la dénaturer. » 

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Ce fut effectivement le cas en septembre dernier avec la réédition de l’iconique album Melody Nelson de Gainsbourg. La musique électronique n’est évidemment pas en reste comme l’explique Rodriguez Jr. qui a réédité fin 2020 une version Dolby Atmos de son dernier opus Blisss.

« J’ai tout de suite été attiré par cet art immersif, on a la possibilité de rentrer à l’intérieur de la musique. J’ai toujours imaginé la musique électronique comme une architecture avec des couleurs et des espaces dans lesquels on se déplace. Avec le Dolby Atmos, on ne se retrouve plus en face de l’immeuble, on entre véritablement dedans. La grosse différence avec la version stéréo de mon album, c’est le fait de pouvoir ressentir physiquement les textures, le Dolby Atmos apporte une vraie sensation physique. C’est clairement une autre manière d’écouter de la musique », a-t-il expliqué lors d’une interview. 

Un champ des possibles qui n’en est qu’à ses balbutiements à en croire ses nombreux protagonistes. Dans un futur proche, il sera même possible d’aller encore plus loin. Comme par exemple « scanner » des clubs ou des salles de concert célèbres afin de recréer grâce au Dolby Atmos la sonorité particulière du lieu. Par exemple, prévoir lors du mixage votre position d’écoute dans le lieu, à proximité des enceintes de gauche dans le club londonien Ministry of Sound ou sur un balcon en corbeille à la Philharmonie de Paris. Quoi qu’il en soit, le monde de l’industrie musicale est en train d’assouvir son plus vieux fantasme en rendant concret et accessible l’audio immersive.

Pour en savoir plus sur la technologie Dolby Atmos, rendez-vous sur le site internet de Dolby.

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