Déconfinement : la nuit parisienne réunie par la mairie de Paris pour préparer « l’après »

Écrit par Jean Paul Deniaud
Photo de couverture : ©DR
Le 22.04.2020, à 11h28
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Écrit par Jean Paul Deniaud
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La Mairie de Paris a réuni les professionnel.le.s de la nuit, vendredi 17 avril, pour mesurer les difficultés et les attentes du secteur, et préparer le déconfinement. Cela, alors que le flou règne encore pour les établissements recevant du public, et que l’urgence économique s’accroît.

Vendredi 17 avril, une réunion inédite rassemblait en ligne plus de 40 représentants de la nuit parisienne. Ils étaient invités à l’initiative de Frédéric Hocquard, adjoint à la maire de Paris en charge de la vie nocturne et de la diversité de l’économie culturelle. Objectif pour la Ville : entendre les difficultés d’une nuit désormais silencieuse, rappeler les dispositifs d’aides existants et aborder la suite : le déconfinement et donc l’avenir des structures en présence.

Le contexte est en effet peu rassurant. Comme le rappelle M. Hocquard en introduction, la date du 11 mai annoncée par Emmanuel Macron laisse en suspens la date de reprise pour les établissements recevant du public comme les bars, les clubs et salles de spectacle. « Cela pèse sur les économies. » D’autant que, souligne-t-il, il faudra « probablement apprendre à cohabiter avec le virus et les mesures barrières » jusqu’à ce qu’il y ait un vaccin, « en 2021 ». Des mesures sanitaires qui ont tout pour fragiliser fortement le modèle économique de l’événementiel. L’éventualité d’une réouverture le 15 juin, esquissée ce 22 avril, ne pourrait donc se faire dans les conditions d’avant Covid-19.

La situation alarme les professionnels. D’autant que ceux-ci restent pour l’instant sans réponse sur la suppression possible des loyers sur la période [Paris a pour l’instant seulement gelé les loyers, ndlr.], ou sur la posture à tenir face à leurs assureurs. L’avenir est incertain, et le flou règne. Or, les conséquences pour ces structures pourraient être lourdes. L’association Culture Bar-Bars estime que de 30 à 40% des bars pourraient faire faillite. Selon le Prodiss, syndicat représentant un grand nombre de festivals, 590 millions € de perte de chiffre d’affaire sont à prévoir entre la mi-mars et le 31 mai au niveau national.

Le président de la Chambre syndicale des lieux musicaux, festifs et nocturnes, Aurélien Dubois constate, en l’absence de date de réouverture ferme, la difficulté pour les clubs et salles de spectacle pour prévoir leurs programmations à venir. « Les programmations mettent de 3 à 6 mois à se monter. À l’heure du déconfinement, nos clubs n’auront donc pas d’artistes car ils seront engagés ailleurs, dans d’autres pays qui ont déjà leurs dates de réouverture. Or, la programmation est le ressort économique de nos lieux », s’inquiète-t-il. L’assemblée pointe aussi l’incapacité des petits lieux à accéder aux prêts garantis par l’État annoncés par Emmanuel Macron le 16 mars.« Presque aucun petit lieu n’arrive à avoir du soutien en matière de trésorerie, que ce soit au niveau de la BPI ou de ses antennes régionales », témoigne Chloé Le Bail du collectif Culture Bar-Bars. 

Réinventer la fête et ses modèles

Se posent également pour beaucoup la question du retour à l’activité nocturne dans une ville désormais silencieuse, alors que certaines associations de riverains sont déjà sur le pont. « Comment serons-nous défendus au retour de nos activités qui peuvent produire des nuisances sonores, après des mois de chants d’oiseaux dans les rues de Paris », s’interroge Aurélien Delaeter, directeur de plusieurs clubs (Badaboum, 824 Heures, La Casbah). Pour le directeur du Rex Club, cette crise va indubitablement « transformer notre écosystème”, et pousser les professionnels à « réinventer la fête et ses modèles économiques ». « La fête, c’est la proximité, les échanges, ce que les masques ou la réduction des jauges dégradent », ajoute-t-il, pointant la menace de futurs événements nocturnes tenus illégalement. « Si l’on ne trouve pas collectivement de nouveaux modèles attractifs et soutenables, la fête se tiendra dans les espaces privés, l’underground, les bars clandestins, etc. » 

En retour, M. Hocquard salue d’abord les différentes les initiatives solidaires des artistes et établissements, depuis les DJs jouant au balcon pour les personnels soignants, aux clubs préparant des repas pour les associations (c’est le cas à Paris des Badaboum, Rosa Bonheur, À La Folie…). À la question du modèle berlinois, qui a su mettre un fonds de soutien de 500 millions d’euros en direction des entreprises et indépendants, l’adjoint à la Vie nocturne précise que celui-ci a pu être possible à Berlin après que la capitale allemande ait reçu cette somme de l’état fédéral. « Paris n’a pas cette opportunité. »

En vue du déconfinement, l’adjoint à la Vie nocturne note que la réduction des jauges « trop forte » serait « financièrement intenable », et que semble « difficilement applicable » le port du masque à la clientèle. Un travail est à mener, conclut-il, pour fixer les règles « les plus pertinentes possibles » en vue du déconfinement. Pour M. Hocquard, ce travail ne peut être réalisé qu’avec Jean Castex, le « Monsieur Déconfinement » du gouvernement, et la préfecture de police. Certains membres de cette réunion inédite ont d’ores et déjà annoncé vouloir participer à la discussion, pour préparer un déconfinement de la nuit parisienne au plus près des enjeux culturels et économiques du secteur.

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