De la techno ouïghoure ? Rencontre avec le mystique duo None Sounds

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Trans Musicales / Alexis Janicot
Le 05.01.2023, à 17h30
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©Trans Musicales / Alexis Janicot
Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Trans Musicales / Alexis Janicot
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Révélation de la dernière édition des Trans Musicales de Rennes, le duo ouïghour None Sounds joue une techno live, acid et hypnotique qui veut réconcilier le passé, le présent et le futur autour de l’identité d’un peuple trop souvent condamné au silence. Rencontre avec deux mystiques à la trajectoire singulière.

Tout d’abord, pouvez-vous nous parler un peu d’Ürümqi, la capitale de la région autonome ouïghoure du Xinjiang, au Nord-Est de la Chine, d’où vous êtes originaires. C’est quel genre de ville ?

Aishan : Pour cette interview, je dirais “Ouïghourland” car nous devons arrêter de parler du Xinjiang. Ce mot, “Xinjiang”, voudrait dire qu’il y a techniquement une nouvelle frontière. Je suis né à Ürümqi qui est la capitale de cette région entourée par les montagnes. C’est la ville la plus continentale au monde. Aucune ville n’est plus éloignée de la mer qu’Ürümqi.

Erpan : Moi, je suis né plus au Sud de la région, dans une petit ville du côté du désert.

Aishan : Disons qu’il vient du côté désert et que je viens de côté montagne.

Quel a été votre premier rapport à la musique dans votre jeunesse ?

Aishan : Quand j’étais petit, je ne voulais pas écouter de musique chinoise. Si je voulais découvrir autre chose, je devais aller le chercher dans les cartoons et dans les films européens. Par exemple, la première fois que j’ai entendu Michael Jackson, c’était dans un énorme centre commercial où j’étais allé me réfugier parce qu’il pleuvait. À part ça, nous étions toujours entourés de choses liées à la culture traditionnelle chinoise. Mais nous avons grandi comme des Ouïghours. Notre peuple est un peuple de musique. Les Ouïghours ont inventé plein d’instruments il y a des milliers d’années, comme le yangqin que j’ai appris quand j’étais enfant. Nous avons un rapport particulier à la musique. Nous avons grandi en dansant, en chantant et en jouant de la musique. Nous voulons transmettre cette énergie.

Aishan, tu es parti vivre à Shanghai assez jeune. Pourquoi ?

Aishan : C’était comme un rêve pour moi. Mais pour être honnête, j’étais vraiment très jeune et je ne savais pas vraiment distinguer ce qui était bien de ce qui était mal. Mes parents avaient divorcé, j’avais deux frères et j’étais le plus jeune de ma famille. Je me suis dis qu’avec une personne en moins, la vie de ma mère serait plus simple, en termes de nourriture ou ce genre de chose. Je voulais qu’elle ait un peu moins de pression. Mais je ne connaissais rien de la vie et je ne savais pas où aller. Donc je suis allé à la gare, il y avait un train pour Pékin et un autre pour Shanghai. J’ai choisi Shanghai. Je suis arrivé là-bas avec seulement 200 yuans chinois (à peu près 25 euros, NDLR). Puis j’ai commencé ma vie là-bas, à trainer dans la rue avec ma guitare sous le bras. J’ai commencé à voir comment les Chinois nous traitaient, nous les Ouïghours. J’avais l’impression que tout le monde me considérait comme de la merde, pas comme un être humain Je me suis dis que j’allais changer ça en m’impliquant à fond dans la musique. Et 8 ans plus tard, je vivais comme un roi à Shanghai et tout le monde me léchait les bottes. En 2009, j’ai représenté la Chine lors du concours international The Global Battle of the Bands et j’ai gagné. Moi, le Ouïghour.

Erpan : C’est comme ça que j’ai connu Aishan. À l’époque je vivais à Pékin et je faisais pas mal de recherches sur la musique. Et un jour, boom ! On apprend que le vainqueur de The Global Battle of the Bands est un Ouïghour. Je me suis aussitôt dit : “Mais qui est ce mec ?”. J’ai écouté sa musique et j’ai tout de suite pu sentir son énergie. Je me suis dit que si je faisais de la musique, je voulais que ce soit avec ce type et personne d’autres. À ce moment-là, je commençais à en avoir marre de Pékin. J’ai tout quitté et je suis parti à Shanghai. J’ai retrouvé Aishan et je lui ai proposé qu’on fasse de la musique ensemble.

L’aspect live et improvisé de votre musique semble très important pour vous. Est-ce qu’il y a une approche spirituelle derrière tout ça ?

Aishan : Totalement. Le live est pour nous une manière de capturer au vol l’instant présent. Par exemple, pour ce soir (le groupe s’apprête à jouer le soir même aux Trans Musicales, NDLR), nous n’avons rien préparé. La seule chose que nous faisons avant de monter sur scène, c’est d’accorder nos instruments. Pour le reste, on n’en sait rien. Mais ça fait dix ans qu’on apprend à se connecter l’un à l’autre à travers la musique. On veut que le public puissent sentir et entendre ce qui se passe quand les energies se rejoignent, à une échelle spirituelle. Avant, les gens aimaient les groupe de rock et leur énergie en live. Mais on voit aussi que maintenant, on aime les sons futuristes de la musique électronique. C’est difficile de choisir entre les deux. Nous voulons ouvrir une porte au milieu, être considérés comme un groupe live, électronique et spirituel. C’est la seule manière de bien définir notre musique. Les mélodies du passé, le groove d’aujourd’hui et les sons du futur. 

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