De la culture ballroom à la nuit berlinoise, LSDXOXO est l’égérie de la techno queer de demain

Écrit par Thémis Belkhadra
Photo de couverture : ©Kasia Zacharko
Le 03.06.2021, à 12h06
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©Kasia Zacharko
Écrit par Thémis Belkhadra
Photo de couverture : ©Kasia Zacharko
Après avoir marqué de sa griffe l’underground new-yorkais, et avoir imprimé ses remixes dans l’inconscient collectif, LSDXOXO se dit prêt à passer « de l’ombre à la lumière ». DJ et producteur, le musicien vient de sortir Dedicated 2 Disrespect, un premier EP dans lequel il troque ses samples contre un micro et des machines. L’antichambre d’un album à venir, qui s’annonce déjà comme l’une des sorties majeures de l’an prochain.

Maître dans l’art du sampling et de l’édit, LSDXOXO reste, après dix ans de carrière, un artiste mystérieux. Originaire de Philadelphie, le jeune homme a grandi dans une ville à taille humaine, où « on sait apprécier la dance music » : « Philadelphie m’a donné le goût de la musique. La dance music y était appréciée à sa juste valeur – notamment la Baltimore Club Music qui m’inspire encore beaucoup aujourd’hui ». Enfant « timide »,  LSDXOXO trouve rapidement dans la musique une façon de faire entendre sa voix librement. « Au lycée, j’étais un élève discret qui avait du mal à s’exprimer. J’étais noir, gay… ça m’a pris du temps avant de comprendre qui j’étais en tant qu’artiste, mais surtout en tant que personne. C’est en posant des mots sur mon identité que j’ai compris que la musique pouvait être un moyen de me faire entendre. J’avais 13 ans lorsque j’ai commencé à produire pour mes amis : on avait des goûts musicaux un peu barrés, et des envies qui n’appartenaient qu’à nous-mêmes. On me demandait de produire un édit de tel morceau dans telle vibe, et c’est comme ça que sont nés mes premiers titres »

La musique de LSDXOXO a donc toujours été motivée par un besoin de s’affirmer, mais aussi une envie de s’adresser à ses communautés. Installé à New-York au terme de ses années de lycée, l’artiste intègre le collectif GHE20G0TH1K, et pénètre les secrets de la communauté ballroom locale. « J’ai toujours produit dans l’optique d’offrir des outils, un langage commun qui puisse faciliter le dialogue entre des personnes qui ne viennent pas forcément du même background ». Avec ses mixtapes Fuck Marry Kill et Body Mods, le jeune musicien assoit un style bien à lui, caractérisé par des BPMs élevés, des drums érotiques et des samples iconiques extraits de tubes de Depeche Mode, Rihanna, Ariana Grande ou Massive Attack. 

De New-York à Berlin

Abandonnant New-York pour s’installer à Berlin en 2018, c’est dans la capitale allemande que LSDXOXO a nourri de nouvelles ambitions : « En arrivant ici, j’ai arrêté de produire un moment. Je voulais affiner mon style et j’avais besoin de me concentrer sur les aspects techniques de la production. Je savais que, pour progresser en tant qu’artiste, je devais apprendre à produire sans samples. J’ai appris à utiliser des machines pour me libérer des logiciels, à écrire mes propres textes et, surtout, à les incarner moi-même au micro ». Fruit de cette remise en question et de cette refonte de son univers, Dedicated 2 Disrespect est le projet le plus abouti de LSDXOXO à ce jour. Si le producteur a toujours affirmé son envie de voir les musiques électroniques et la culture pop se fondre sur le dancefloor, il incarne désormais lui-même ce mariage avec la grâce et l’aisance d’un artiste providentiel.

Signé sur le prestigieux label XL Recordings, Dedicated 2 Disrespect est donc un manifeste, celui de l’existence de LSDXOXO en tant qu’artiste pop à part entière. Impatient d’entamer cette nouvelle ère de sa carrière, le musicien assure que cet EP n’en est que la première pierre : « D2D est un pont entre ma musique passée et celle que je prépare actuellement ». Décidé à pousser plus loin son expérimentation, l’artiste travaille aujourd’hui à la production d’un premier album qui s’annonce comme un nouveau tour de force radical : « Mon album devrait surprendre pas mal de monde. J’ai voulu embrasser mon éclectisme en mêlant des influences industrielles, new-wave, rock, pop… Je me distancie encore un peu de la dance music, ce qui me permet d’expérimenter pour la première fois avec un groupe de musiciens. Il y a du violoncelle, de la guitare électrique, du piano… » 

Fusions et réappropriation

Si LSDXOXO s’est si souvent illustré dans le mélange des genres, dans les fusions inattendues et dans les édits iconiques, c’est que le producteur ne reconnaît pas de frontière perméable entre les écoles musicales : « J’aime que les genres se superposent, qu’ils se nourrissent. C’est de cette manière que la musique peut créer une conversation entre les cultures. Et il n’a jamais été aussi crucial qu’aujourd’hui d’unir les gens autour de la créativité, de l’art et de la musique ». Une philosophie qui va de pair avec sa détermination à déconstruire la binarité des genres, une particularité emblématique de cette génération de producteurs·trices queer qui n’en finissent plus de repousser toutes les frontières soniques.

Ces dernières années, les artistes LGBTQI+ tels que SOPHIE ou Arca se sont révélé·e·s de plus en plus nombreux·ses à tailler les genres comme pour raconter leurs histoires et affirmer un droit d’exister en dehors des cases de la société. « Être queer a toujours été synonyme d’une volonté de réunir, de célébrer ensemble et de mettre certains sujets sur la table. C’est sûrement la raison pour laquelle tant d’artistes queers tentent d’expérimenter et de jouer avec les codes de l’art. Nous combattons les règles, les traditions, les étiquettes, et donc les genres musicaux. Cette volonté de réunir les genres est un reflet inhérent de notre philosophie et de nos identités qui refusent d’être classifiées »

Artiste queer afro-américain déterminé à ne respecter aucune règle, LSDXOXO rappelle aussi l’origine des musiques qu’il défend : « Les gens ne le réalisent pas forcément, mais ces sons sont nés au sein de nos communautés avant d’être affinés par des artistes comme Kraftwerk ». Aujourd’hui, le musicien se réjouit de voir les minorités, mères de la dance music, se réapproprier cette culture dérobée : « C’est excitant d’appartenir à cette génération décidée à réclamer les musiques électroniques pour les ramener vers celles et ceux qui les ont enfanté. Il y a eu des milliers d’artistes noirs et d’artistes queer, producteurs de musique électronique, qui n’ont pas rencontré le succès qu’ils méritaient ces deux dernières décennies. Aujourd’hui, grâce aux débats politiques qui animent le monde entier, je crois que nous nous sommes à nouveau créé l’espace que nous avions perdu ». L’humilité mariée à un sentiment de fierté, LSDXOXO conclue avec l’émotion et la passion qui le caractérisent : « C’est là l’un des aspects de mon travail qui compte le plus pour moi ».   

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