Dansez-vous le perreo, cette danse classée X rattachée au reggaeton ?

Écrit par Cécile Giraud
Photo de couverture : ©DR
Le 29.06.2021, à 15h26
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Écrit par Cécile Giraud
Photo de couverture : ©DR
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Le perreo, c’est un peu comme le reggaeton. Personne ne sait exactement qui l’a inventé et tout le monde en revendique la paternité. Ce qui est sûr, c’est qu’à Porto Rico comme dans tout le monde hispanophone, on le danse tard dans la nuit, avec quelqu’un qui nous plaît bien.

Reprenons les bases. Perreo vient de l’espagnol perro, qui signifie « chien ». Le verbe perrear, plus éloquent, se traduit par « dogging », c’est à dire pratiquer le doggy style. « Le perreo est indissociable du reggaeton », expose Farah AlwaysWanna-Dance, chorégraphe et professeure de danse à l’École des danses latines et tropicales de Paris. « C’est une danse très métissée. L’Amérique du Nord y est très présente dans les pas hip-hop, les tenues et l’aspect urbain. Ensuite, on retrouve le Sud, avec tout ce côté macho, puis, enfin, les îles caribéennes avec des pas de dancehall jamaïcain. Tout ce mélange donne quelque chose de très sensuel. » Mais concrètement, comment ça se danse ? Généralement à deux. La femme plie les genoux, se penche en avant et se déhanche. « Derrière, le gars fait des mouvements d’avant en arrière avec son bassin, précise Farah. Ça se joue beaucoup dans les jambes. Les danseuses de reggaeton, elles ont des fessiers… », sourit-elle, en finissant sa phrase par un baiser sur le bout des doigts. L’objectif est clair : mimer l’acte sexuel. «À Cuba, je me souviens de soirées dans des petites ruelles, sans flic ni touriste. Juste une sono, des choses à boire, et tout le monde en train de danser le perreo, les vieux de 70 ans comme les jeunes de 13-14 ans. En France, les parents débarqueraient direct pour nous calmer vite fait. »

L’ambiance décrite par Farah correspond à l’idée que l’on se fait des soirées reggaeton. Mais elle est aussi en contradiction avec les mœurs de ces pays souvent très catholiques. Si bien qu’aux balbutiements du reggaeton, dans les années 1990, les autorités ont tenté maintes fois de faire taire le perreo. À Porto Rico, dans une volonté d’en finir avec la pornographie, la sénatrice Velda Velasquez s’est longtemps opposée à la tenue de ces soirées underground. Dans son livre Remixing Reggaetón : The Cultural Politics of Race in Puerto Rico, Petra Riviera-Rideau, professeure d’études américaines à l’Université de Wellesley, dans le Massachusetts, explique que le perreo était considéré comme un moyen d’objectiver le corps des femmes. « Certaines personnes pensaient même que le perreo encourageait la violence à leur égard, écrit-elle également. En réalité, il était surtout une cible facile en raison des communautés pauvres et souvent noires qu’il représentait. C’est le classisme et le racisme qui ont motivé la haine du perreo. Le gouvernement voulait surtout le maintien de l’ordre dans les quartiers. »

Une scène de perreo en 2019 devant la cathédral de San Juan, lors de la manifestation queer “Perreo Combativo” réclamant la démission du gouverneur de Porto Rico suite à des propos homophobes.©Willín Rodríguez

Depuis quelques années, le reggaeton change de visage. Ses traits nouveaux sont ceux de mega stars comme J Balvin, Guaynaa ou Bad Bunny, l’artiste le plus écouté sur Spotify en 2020 dans le monde. Validé par les grands noms du rap, de la pop et du reggaeton, ce dernier bouscule les codes virils associés à sa musique. Le titre « Yo Perreo Sola » illustre parfaitement cette tendance. Dans son clip, l’artiste y apparaît en drag queen, avec une fausse poitrine, et se déhanche à en faire pâlir les puristes. Quand il n’est pas perché sur des talons de 15 cm, il se pare toujours d’une manucure et d’un peu de blush au coin des pommettes.

Autre preuve que le vent tourne, l’émergence d’artistes féminines comme Becky G, Natti Natasha, Anitta, Bad Gyal, Farina ou Tomasa del Real. Elles sont de plus en plus nombreuses à pratiquer le perreo en solo ou entre copines. Les hommes désertent les clips ou y sont gentiment moqués. « Il est facile de considérer que le perreo soumet la femme à l’homme. Pourtant, c’est elle qui maîtrise le mouvement. Une femme qui embrasse sa sexualité, c’est toujours une forme d’empowerment », commente Petra Riviera-Rideau. Farah constate aussi ce changement : « Il y a quinze ou vingt ans, on partait du principe que la femme était d’accord, sans poser de questions. Aujourd’hui, un jeu de séduction s’est installé. Des hommes viennent à mes cours maintenant. Je pense quils veulent apprendre à bouger comme les femmes. Vu que le perreo reste un mouvement de drague, le message est : “Regarde comment je bouge, toi et moi on va passer un bon moment…” »

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