Daft Punk : leur interview historique pour la sortie de Discovery en 2001

Écrit par Trax Magazine
Le 26.02.2019, à 19h04
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Écrit par Trax Magazine
Le 26 février 2001 sortait Discovery des Daft Punk. Et puisque 18 ans plus tard, l’album toujours iconique continue de faire parler de lui, Trax Magazine a déterré l’interview du duo publiée dans son 39ème numéro, lors de la sortie du disque.

Par Alexandre Jaillon

Après le phénoménal succès de Homework, dans quel état d’esprit avez-vous attaqué la réalisation de ce deuxième album ?

Thomas : À la base, on ne voulait pas refaire qu’on avait déjà fait, même si on en était très contents. Ça ne nous aurait servi à rien. Les objectifs sont venus au fur et à mesure. Et puis l’environnement a énormément changé depuis Homework. À l’époque, on s’inscrivait dans un mouvement principalement axé sur la danse. On voulait démontrer qu’on pouvait réussir garder le contrôle et la liberté en travaillant avec une maison de disques multinationale sans se conformer aux standards du métier, même en faisant de la house music. Et puis nous voulions œuvrer, comme beaucoup d’autres avant nous et après nous, pour que cette musique soit comprise et acceptée par les gens. Aujourd’hui c’est complètement le cas. La musique underground en tant que style n’existe plus, car elle est partout. Mais l’idée et les valeurs de la house music dans lesquelles on se reconnaît sont toujours l’innovation, la liberté d’expérimenter et de faire les choses sans réelles règles. C’était peut-être notre objectif : être sûrs de ne pas s’enfermer dans de nouvelles règles, garder comme principe de base de faire les choses de façon très libre, en utilisant les moyens de production de cette musique pour s’amuser à créer tout en pensant à recycler certaines choses. C’est la même démarche qu’auparavant mais une finalité différente.

Est-ce que vous avez réécouté Homework depuis sa sortie, et notamment avant d’attaquer Discovery ?

Guy-Man : On passe tellement de temps dessus qu’on a une relation particulière à notre musique : on ne l’écoute que très peu, après. Mais on ne peut pas s’en détacher complètement, on connaît chaque morceau par cœur dans ses moindres détails. Je préfère écouter des artistes que j’aime ou découvrir les nouveautés. En quatre ans, je ne l’ai jamais réécouté en intégralité.

Thomas : Moi non plus… Cela me semble un processus naturel de tourner la page. Mais c’est vrai que ça pourrait être intéressant d’écouter les deux dans la continuité, avec le recul.

Votre façon de travailler a-t-elle considérablement évolué, maintenant que Thomas habite une bonne partie du temps à Los Angeles ?

Thomas : Je continue d’habiter aussi à Paris. En fait, la vraie différence par rapport à Homework, c’est que nos home-studios ne sont plus localisés chez nous. On a des « appartements » de production et on a travaillé principalement à Paris et un peu aux Etats-Unis. Mais on aurait été incapables de faire Discovery dans un énorme studio.

On s’imagine que le processus créatif a été douloureux, notamment dans la choix de la direction à emprunter ou dans celui des titres qui allaient rester ?

Thomas : Ça n’était pas difficile dans le sens où on a su au fur et à mesure ce qu’on voulait faire. La difficulté dans ce cas-là, c’est plutôt de savoir si on va y parvenir ou pas. On avait collecté des idées pendant un moment, on avait une vision d’ensemble qu’il fallait façonner. Au départ, les premières démos étaient très club et ça ne collait pas forcément à notre idée de l’album. S’éloigner de ce qu’on sait faire était une démarche ambitieuse par rapport à nos moyens. On croit en ce qu’on fait, mais c’était un peu inconnu. Il y a un vide énorme au milieu de la musique électronique, là où le rock réussit cette synthèse entre l’énergie et l’écoute domestique. D’où l’idée de jouer avec ces formats de trois ou quatre minutes, avec des éléments qui viennent de l’énergie du club, mais avec dix idées au lieu d’une seule répétée pendant dix minutes. Cette approche différente nous laisse la possibilité de remixer les morceaux dans des versions plus simples ou plus club. C’est un format un peu hybride qui avait disparu de la musique électronique. Paradoxalement, la house a fait voler en éclats toutes les règles de l’héritage du rock, de la soul, de toutes les autres musiques en fait, puis elle s’est rapidement enfermée dans un carcan assez étroit. Alors que son manifeste, c’est vraiment la liberté. C’est quand même la musique dans laquelle les gens avaient le plus de volonté de se remettre en question. On ne voulait pas, sous prétexte qu’on a eu du succès et qu’on a vendu des disques nous limiter à ce qu’on savait faire. On veut continuer à apprendre, à nous amuser.

Parmi les gens qui ont écouté l’album, certains le qualifient de pop, voire de dance. Quelle description vous paraît la plus appropriée ?

Thomas : C’est aux gens qui collent des étiquettes de le dire. L’une de nos curiosités par rapport à Discovery, c’est justement de voir la perception qu’en auront les gens. Ce sont eux qui déterminent son appellation. Certains pensent que c’est de la house, ou le futur de la house, d’autres que c’est du rock électronique…

Guy-Man : Ou de la pop…

Thomas : On tire un certain plaisir à ne pas rentrer dans les catégories prédéterminées, et à garder notre son et notre légitimité sans être attachés à un mouvement en particulier. L’album part dans plein de styles mais avec une cohérence et une unité à travers le son, qui est peut-être le lien avec ce que l’on faisait avant. Si cette approche fonctionne, ça démontre qu’on peut avoir une personnalité sans refaire le même morceau indéfiniment. Ceci dit, il y a dans l’art en général et la musique en particulier des gens qui creusent indéfiniment dans le même direction et qui parviennent à aller plus profond. Nous, on a choisi de ne pas faire deux fois la même chose : on creuse moins profond mais on survole davantage de paysages. Ces deux approches sont tout aussi valables.

Il y en a aussi qui creusent avec succès dans le sillon des autres. Ça ne vous inspire aucune amertume ?

Thomas : Ça, c’est le problème de ceux qui suivent. Mais ça peut être intéressant, si c’est ce que les gens veulent faire. Certains peuvent devenir très adroits dans ce sens. Si tu le prend comme une piste de bobsleigh, certains fabriquent la piste plus ou moins bien en y mettant du temps, et d’autres peuvent la descendre ensuite avec une plus grande dextérité. L’innovation n’est pas la valeur reine : la musique, c’est de la transmission d’émotions, pour que les gens dansent ou qu’ils soient heureux, et ce n’est pas toujours à travers quelque chose de nouveau. C’est ce qui nous intéresse, mais chaque artiste est libre d’avoir l’approche qu’il veut. Il y a la démarche d’une part, et la musique en elle-même.

Quels sont les disques qui vous ont marqués ces derniers temps ?

Guy-Man : On écoute toujours de la musique, mais pas spécifiquement pour y trouver des idées ou des influences pour nos morceaux.

Thomas : En tout cas, on n’a pas énormément écouté de house depuis Homework.

Guy-Man : C’est clair qu’on en écoute moins qu’avant, d’autant qu’on mixe moins souvent. Mais on ne renie pas notre amour pour cette musique, même si elle a tendance à se répéter un peu ces dernières années. Ça tourne quand même beaucoup autour de la boude disco filtrée, à laquelle on a d’ailleurs contribué. Il y a des trucs vachement bien, mais il n’y a plus le côté un peu avant-gardiste de l’époque. J’ai kiffé Stankonia , le dernier album d’Outkast, ou l’album de Radiohead [Kid A ou Amnesiac, ndlr] par exemple, notamment pour la démarche.

Thomas : J’aime beaucoup deux ou trois morceaux du Radiohead, mais je m’aperçois qu’aujourd’hui je suis davantage sensible à une démarche artistique globale plutôt qu’à un album sur lequel j’apprécie quelques morceaux. Je respecte à 200% leur démarche, c’est une intégrité qui se rapproche d’une prise de position politique. Ou Björk avec l’album Dancer In The Dark. Je l’ai réécouté après avoir vu le film, et la musique prend une dimension démultipliée. On a toujours eu des goûts assez accessibles, même quand les gens nous avaient mis l’étiquette underground ou branché. On revendique l’authenticité de ce qu’on fait, ce qui n’empêche pas que cela puisse être populaire. Un morceau comme “Window Licker” d’Aphex Twin représente pour moi cette synthèse parfaite entre l’expérimental et l’accessible.

Vos goûts musicaux ont-ils considérablement évolué depuis vos débuts dans la techno ?

Thomas : Ils s’affinent au fil du temps, mais on réécoute tous les morceaux qu’on a aimés et on ne les aime pas moins qu’avant. On n’est jamais revenu sur nos goûts musicaux, même pas sur ce qu’on avait quand on était petit. D’ailleurs, ça s’entend sur Discovery: on y a intégré beaucoup de nos goûts d’enfance, même des choses qu’on affectionnait quand on avait cinq ans. Ce sont des sons qui nous touchaient plus qu’un groupe ou un artiste en particulier. C’est un peu comme si on avait juste repris les éléments de plusieurs jouets pour en créer un nouveau. Sur “Money For Nothing” de Dire Straits, il y a une guitare mortelle sur une dizaine de secondes, et ça peut être terrible de la mettre en boucle.

Discovery évoque de nombreuses références appuyées aux années 80, entre autres Van Halen, Supertramp ou Rondo Veneziano. Est-ce que ce sont des influences que vous revendiquez ?

Thomas : Comme des groupes de sons, oui. Que ce soit le solo de guitare de Eddie Van Halen dans “Beat It” de Michael Jackson, ou du tapping dans AC/DC, ou Supertramp pour le son du clavier dans un morceau. Ce sont des références dans les sensations qu’ils procurent. Mais tous ces clins d’œil ludiques n’ont pas été samplés, on a joué absolument toutes les parties. Beaucoup de morceaux de house sont uniquement basés sur un sample qui produit beaucoup plus d’effet que le morceau intégral dont il est tiré. C’est cette idée qu’on a voulu appliquer à notre démarche, retrouver certaines émotions et sentiments sans se demander si c’était bronché. C’est le plaisir à l’état pur, sans aucune honte.

Franchement, j’ai été complètement scotché par ces références. Est-ce que vous vous êtes demandés si cette démarche pouvait choquer le public ?

Guy-Man : On a avant tout voulu se surprendre nous-même, et c’est sans doute encore plus violent que si on avait voulu surprendre le public. Mais on ne s’est jamais demandé si c’était de bon ou de mauvais goût.

J’imagine que vous avez du faire écouter des titres au fur et à mesure de leur réalisation. Quelles étaient alors les réactions ?

Thomas : Non, on ne l’a fait écouter à nos amis uniquement quand il a été terminé. Il n’y a que deux personnes qui aient suivi notre processus créatif. Quand on travaille entre un an et demi et deux ans sur un disque, il est normal que les gens qui entendent le résultat de ces centaines d’heures de travail en 60 minutes soient secoués par la première écoute. C’est l’absurdité de l’art. On voulu rendre les choses très compactes, pour se donner ensuite le loisir de les “décompacter”, de complètement les exploser dans des versions alternatives. On va d’ailleurs faire des mixes différents de certains morceaux de l’album, en samplant notre propre matière première. C’est clair que c’est difficile d’assimiler ce travail en une heure, mais ce n’est pas de la provocation.

Les seuls invités qui vous accompagnant sur Discovery sont Romanthony, DJ Sneak et Todd Edwards, tous trois issus de l’underground. Vous n’avez pas été tentés de faire appel à des guests venant d’un autre univers que le vôtre ?

Thomas : Pas du tout. On a des sensibilités très proches, la même ouverture d’esprit, et ça nous intéressait de travailler avec eux sur une palette d’émotions qui dépasse le cadre du dancefloor. On était sur la même longueur d’onde, dans l’humour ou dans la mélancolie. On voulait que se dégage une ambiance optimiste qui ne se limite pas au son ou à la danse.

Guy-Man : Je ne pense pas qu’on tombe dans un truc boursouflé ou trop kitch. On a beaucoup réfléchi sur l’album comme un tout sur son architecture, que ce soit dans la production ou dans l’ordre des morceaux. On ne s’est fixé aucune limite dans nos délires, pour ensuite les recadrer de façon équilibrée et balancée.

L’influence du disco, soit dans les arrangements d’arpèges ou dans la structure des morceaux, semble finalement plus forte qu’avant, même si elle est parfois moins évidents dans le son…

Thomas : C’est vrai que Homework était plus minimal et plus house, Il y avait davantage de silences, comme il peut y en avoir le sur le morceau avec Todd Edwards. Par contre, il y a aussi d’autres morceaux où il n’y a pas de silence, où il y a toujours un son qui occupe l’espace. Je ne sais pas. On s’est amusé autant avec le rock, le heavy metal ou l’électro, même si on s’est peut-être plus focalisé autour d’un style précis au départ.

Hormis le choix des guests, aviez-vous une volonté délibérée de laisser vos influences black à l’arrière-plan ?

Thomas : Je ne crois pas. “Too Long”, “Short Circuit”… Il y a un dosage plus ou moins volontaire entre des morceaux aux atmosphères plus ou moins froides ou chaleureuses.

Guy-Man : “Digital Love” ou “Aerodynamic” sont marqués rock et les gens se focalisent dessus, ce qui occulte peut-être le côté black. Mais si on prend morceau par morceau, les influences funk sont là, que ce soit plutôt roots ou plus digital.

Vous chantez sur plusieurs morceaux. C’était pour répondre au besoin d’une implication personnelle plus forte dans vos morceaux ?

Guy-Man : C’est surtout une option qu’on n’avait pas exploitée jusque-là, même si elle est évidente. On n’est pas des chanteurs de première, c’est sûr, mais trafiquer et jouer avec nos voix permet de créer des ambiances qui rappellent plein de choses, que ce soit les Buggles ou Zapp.

Thomas : On a des souvenirs de chansons interprétées par des artistes qui n’étaient pas chanteurs non plus, mais qui parvenaient quand même à procurer un frisson. La maladresse nous intéresse également, car elle constitue parfois la magie d’un morceau à travers une émotion imparfaite. On utilisait déjà nos voix sur le premier album, de façon plus répétitive, mais ça avait, visiblement moins marqué les gens.

Avez-vous dû faire des compromis, notamment l’un envers l’autre ?

Thomas: On n’aurait pas mis autant de temps si on ne l’avait pas fait exactement, comme on voulait.

Guy-Man: On a vraiment des goûts musicaux très proches et on reconnaît en général immédiatement un son ou un sample que l’on va l’utiliser, sans être obligé de faire des dizaines de démos pour un album. On avait peut-être 16 ou 17 titres pour en sélectionner au final 14.

Est-ce que vous avez été surpris par le décalage entre l’impact commercial de “One More Time” et les réactions plutôt négatives de gens qui vous soutiennent depuis “Da Funk” ?

Thomas : On apprend au fil du temps que le chose la plus importante à laquelle on peut se rattacher c’est nos certitudes. “One More Time”, c’est l’exemple même d’un morceau qu’on aime beaucoup et qu’on a vraiment fait de façon totalement intègre, sincère et naïve. Ce côté naïf n’est pas vraiment branché.

Ça n’est pas forcément une question de branché ou pas, beaucoup de personnes n’ont pas accroché sur le morceau ou l’ont compare á Eiffel 65 ou Cher…

Thomas : Oui, mais nous on l’aime. C’est une question de sensibilité. On a toujours été très surpris d’être sur le même longueur d’onde que les gens. Il y a bien un moment ou ça devait arriver.

La légitimité de la scène électronique a été essentielle à vos débuts. Aujourd’hui, il vous semble plus important d’être sur la même longueur d’onde que le grand public ?

Thomas : Non, sur NOTRE longueur d’onde. Le plus important, c’est de croire en ce qu’on fait et de la faire de façon intègre parce qu’on est sûr que de nous. C’est la manière dont on a toujours fait les choses et à laquelle on restera fidèles. On n’a pas fait “One More Time” pour le grand public, ni Daft Punk pour l’underground. On a fait ça pour nous, même si on savait qu’il y avait deux lectures différentes, dans l’album quand on l’écoute de façon indépendante. Cela nous intéressait de revenir après quatre ans d’absence avec un morceau qui affirmait Daft Punk One More Time”. Ça a été plus ou moins accepté et compris, mais on est libre de faire la musique qu’on aime. Désolé pour ceux qui n’ont pas apprécié.

Vous êtes au-dessus de ce genre de critiques ?

Guy-Man : On est au-dessus de rien du tout, mais la position du petit milieu ne signifie plus rien aujourd’hui. L’underground de quoi ? On passe maintenant directement de l’underground au mainstream, comme Mirwais avec Madonna.

Thomas : La musique électronique, la house et la dance music se confondent aujourd’hui avec la pop, et la perception du public a sans doute évolué. Si personne n’avait compris “One More Time”, on aurait peut-être pu se poser des questions.

Guy Man : Cela n’est qu’une facette de ce qu’on fait. Heureusement qu’il y a des gens qui n’aiment pas.

Qu’est-ce qui vous fascine tant dans les 80’s, alors que vous étiez si jeunes ?

Thomas: Ce n’est pas tant l’époque que la période de notre vie pendant laquelle on était enfant. Ce qui nous fascine, c’est la naïveté avec laquelle on aborde la musique à cet âge. Si on était né dix ans plus tôt, l’album aurait sans doute sonné différemment.

Guy-Man: Ce sont des références à l’enfance, mais il y a une palette d’influences plus large. On ne fait pas un revival eighties. Il a d’ailleurs commencé sans nous. Et il finira sans nous.

Vous avez choisi de vous afficher publiquement derrière des masques de robot. Cumulés avec l’utilisation intensive du vocodeur, est-ce que vous ne craignez pas de déshumaniser votre musique ?

Thomas : C’est un accident suite à l’explosion de notre sampler. C’est pratique parce qu’on a plus besoin de mettre de masques. On est assez content de notre nouveau look, finalement, on se sent bien avec. C’est l’image publique de ce qu’on fait avec une esthétique ludique.

Guy-Man : Le côté entertainment nous intéresse. Ça fait partie des à-côté de la musique, d’un concept global.

Daft Punk est-il en passe de devenir un divertissement global ?

Thomas : Avec quand même un questionnement sur la valeur de l’innovation qui est essentiel. Ça ne nous intéressait pas de remettre des masques, mais pas plus de péter les plombs et de montrer nos têtes. Cette représentation pose aussi des questions sur les liens entre la fiction et la réalité. Daft Punk n’est pas virtuel, ce n’est pas Lara Croft, puisque c’est nous qui faisons la musique.

Est-ce que vous avez l’intention de reconduire l’expérience de la scène ?

Guy-Man : Pas cette année, parce qu’il y a énormément de contraintes pour monter un live, et qu’on va vraiment se concentrer sur la Daft Club pour lui fournir du contenu.

Le Daft Club est pour vous un développement essentiel ? Qu’est-ce que vous allez proposer concrètement ?

Thomas : C’est primordial. C’est vraiment au cœur du projet Discovery. Concrètement, ce sont des surprises. Et une fois de plus, c’est mystérieux.

Guy-Man: Le CD physique et la carte sont des points de départ qui permettent de découvrir une autre facette de notre univers.

La carte, c’est une sorte de clé d’accès ?

Thomas : Ce n’est pas la clé, parce que c’est une clé donnée gratuitement avec le CD.

À partir du moment où tu es obligé d’acheter quelque chose pour l’obtenir, c’est pas vraiment gratuit…

Thomas : Tu n’es pas obligé. Toi, tu achètes le paquet de lessive pour avoir le cadeau à l’intérieur ? On est dans un marché où les gens vendent des disques, et nous, on a décidé de donner un truc en plus par rapport aux autres.

La concept de fan club n’est pas un peu antinomique avec…

Guy-Man : Ce n’est pas un fan club. Un fan a une démarche pour s’inscrire qui dépasse le simple fait d’acheter un disque. Là, si tu achètes le disque, tu as le choix de profiter du club ou pas, ou même de ne pas avoir d’ordinateur et d’en avoir rien à foutre. T’es pas forcément fan, mais c’est une opportunité.

C’est un peu le fan club moderne, quand même, à l’heure du numérique et d’internet…

Thomas : Non. C’est la possibilité d’implémenter la technologie et ce que représente internet à nos yeux, pour s’exprimer dans une démarche multimédia, c’est tout. C’est Un service facultatif. Ce n’est pas la raison pour laquelle les gens vont acheter ou non un disque. La Corte est gratuite, mais entre parenthèses, c’est notre société qui la paie, pas Virgin. C’est le prix à payer pour avoir une totale liberté artistique, que ce soit sur internet ou pour nos visuels.

C’est un investissement dans l’innovation, donc ?

Thomas : C’est, un investissement créatif, pas commercial. Quand les gens nous disent que c’est du marketing pour essayer de vendre plus de disques, c’est comme s’ils disaient que d’essayer de faire la meilleure musique possible c’est du marketing. C’est… Enfin, bon. On s’est rendu compte que quelle que soit la direction dans laquelle on va, il y a toujours des gens qui ne sont pas contents. Donc on s’attache à ce qu’on considère être aujourd’hui l’innovation. On est content que des maisons de disques comme Virgin et des sociétés de haute technologie apprécient nos idées et s’y associent, malgré toutes les pressions pour que des choses comme ne se fassent pas. Ça a été un an de négociations pour y parvenir.

C’est également une façon de contrôler ce qui se fait autour de Daft Punk sur internet ?

Thomas : Pas de contrôler internet, de contrôler ce qu’on fait. Il y a un amalgame et les gens imaginent parfais qu’on est manipulateurs, alors qu’on ne prétend contrôler que ce qu’on fait jusqu’au moment où on le partage avec le public. Mais on n’aurait peut même pas dû en parler. Notre démarche a toujours été complètement artistique. C’est sans doute pour ça que ça marche. Le plus important pour nous, c’est la liberté.

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