Corse, jet-set et nitrate-fuel : tout le monde parle encore de l’Amnesia

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Thierry
Le 13.04.2021, à 07h39
12 MIN LI-
RE
©Thierry
Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Thierry
0 Partages
Au milieu de nulle part, l’Amnesia fut pendant cinq ans la plus grande discothèque à ciel ouvert d’Europe. Dans ces 2 500  m2, se croisaient voyous, touristes sardes, gamins descendus du village, la famille Hallyday et Laurent Garnier. Façon groupe de rock éphémère, la discothèque a terminé sa trajectoire dans un énorme «  boom  » qui n’a fait que parachever sa légende. Vingt ans après, personne n’a oublié.

Par Thomas Andrei, en Corse. Photographies : Laurent Trapp (ancien light-jockey de l’Amnesia) et collections personnelles de Dumè Milleliri et Michel

Cet article est issu du numéro 231 de Trax Magazine, toujours disponible en kiosques et sur le store en ligne.

La couleur des routes du sud de la Corse oscille entre le rouge et le noir. Le goudron se mêle à la pierre granitique qui donne à la région des allures martiennes. Ce dimanche d’octobre, des SUV blancs font la course sur la longue ligne droite qui relie Bonifacio à Porto-Vecchio. La vitesse des véhicules, mêlée à des bourrasques tièdes, fait danser les ronces et les herbes folles qui cachent les murets arrondis façon haçienda à l’entrée de ce qui n’est aujourd’hui plus qu’un chantier. De l’Amnesia, ne reste que des tas de poussière solitaires et trois bancs de béton grisâtres où les ouvriers prennent leur pause. Depuis 2016, la compagnie Corsyclage s’emploie à recycler les murs couverts de graffitis romantiques de la discothèque, colossale épave longtemps laissée en pâture aux ravages du temps, qui semblait alors encore renfermer les passions de ceux qui l’ont arpentée.

L’Amnesia, c’était quatre murs blancs épurés, repeints plusieurs fois par semaine pour gommer les traces laissées par les noctambules. Dans une alcôve, face à l’entrée, se dressait une sculpture blanche. L’emblème de la boîte s’apparentait au visage amaigri d’un moaï qui aurait quitté l’île de Pâques pour épouser une vie de fêtard. L’Amnesia avait sa propre divinité et était bâtie comme une arène. Des gradins recouverts de coussins aux couleurs chaudes descendaient du ciel. Le matin, le blanc contrastait avec le vert gorgé de rayons de soleil du maquis qui surplombait les lieux et inondait les parages de cette odeur si particulière, mixée à celle des immenses eucalyptus du trottoir d’en face. Les murs ne sont plus, mais les effluves demeurent.

Un avion, un laser et du Johnnie Walker 

L’Amnesia en bordure de la route territoriale T10 est sortie du sol en 1995, petite sœur de trois clubs du même nom situés à Ibiza, Miami et au Cap d’Agde. Elle appartenait à un certain André Boudou, décrit en janvier 2020 comme «  le père envahissant de Laeticia Hallyday  » par les experts de Paris Match. Boudou n’est cependant pas que cela. Fils de pêcheur, il a été pilote moto et rugbyman avant de se lancer dans la night en 1990. Il fréquente cette nébuleuse floue que l’on appelle la jet-set, ainsi que la voyoucratie qui partage souvent sa table. Un jour, ou plus probablement un soir, il rencontre un certain Paul Lantieri. Aujourd’hui, Lantieri gère La Rotonde, brasserie chic d’Aix-en-Provence. Un rapide tour sur Google raconte le passé du personnage, qui a fait l’objet d’une enquête dans le cadre de l’attaque du bar des Marronniers, à Marseille, où trois personnes furent tuées en 2006. En 2007, il est mis en examen pour recel de malfaiteur et association de malfaiteurs avant d’entamer une cavale de six ans.

De 1989 à 2008, son cousin, Jean-Baptiste Lantieri, était maire de Bonifacio. De 1995 à 2000, Paul et son frère Jean-Simon étaient les grands patrons de l’Amnesia. «  Ce sont des amis proches et des  hommes d’affaires très sérieux que j’estime  », expliquait Boudou au Parisien, après avoir offert l’exploitation du nom aux deux hommes. «  On a fait l’ouverture le 14 juillet 1995, renseigne Éric Multari, serveur ce soir-là et jusqu’en 1999. Paul ne voulait pas ouvrir un vendredi  13, alors on a attendu 00h01 pour faire la bascule. Quand ils ont ouvert les portes, j’ai vu une masse se répandre de tous les côtés. Je suis retourné à mon comptoir et j’ai dit  : “Préparez-vous.” Ça a été une déferlante. » 

Au milieu des années 90, l’ambiance sur l’île n’est pas forcément à la fête. Les guerres fratricides entre deux factions du Front de libération nationale corse (FLNC) s’affichent régulièrement à la Une des journaux et la fête se fait surtout dans des boîtes de camping et les bals de village. Aucun établissement n’excite assez pour que les Bastiais «  descendent  » à Porto-Vecchio ou que les Sudistes «  montent  » à Bastia. L’Amnesia va faire rentrer le monde de la nuit corse dans une nouvelle ère.

«  C’était comme arriver dans un autre pays, se souvient Johann Diani, alors jeune DJ de 20 ans. Les autres boîtes, c’était encore la moquette rouge, les box rouges, les gros projecteurs PAR64 et la boule à facettes. Le DJ était dans un coin. À l’Amnesia, tout était axé autour de la piste, qui était immense. Le son était incroyable.  » Les révolutions de «  l’Amné  » sont nombreuses. Le club possède le premier laser à avoir balayé le ciel étoilé de l’île. Aux robinets des toilettes, l’eau n’est pas froide, mais très chaude, histoire de pousser les assoiffés à la consommation, notamment de whisky Johnnie Walker. D’après Multari, c’est l’Amnesia qui aurait fait du Red Label un réflexe de consommation pour les Corses, qui préféraient jusqu’alors le Ballantine’s.

L’équipe de DJs est constituée de locaux, mais aussi d’Avignonnais et d’un Milanais – un certain Gianluigi Massa – dont les tracks de dance attirent vite les voisins sardes. «  Techniquement, c’était un monstre, souffle Diani. Le premier soir, il commence avec “Missing (Ben Watt Remix)” de Everything But The Girl. Derrière, il met Jamiroquai, le “Space Cowboy” remixé par David Morales. Enchaîné au millimètre. Et “Your Loving Arms” de Billie Ray Martin remixé par Junior Vasquez.  » À ce moment-là, Paul Lantieri pointe le bout de son col de chemise dans la cabine de DJ et lance à Diani  : «  Voilà, tu as vu  ? » Quelques semaines plus tôt, il était déçu que le jeune homme ne connaisse pas ce tube d’Eurodance sorti en Allemagne neuf mois plus tôt. Lantieri est du métier. Il a déjà géré l’Agora, dans la vieille ville de Bonifacio et le Métal Café, derrière le vieux port de Marseille. Pour que son «  international dance club  » fonctionne, il ne lésine pas sur la communication. Chaque jour, il envoie un avion faire le tour de Corse, avec une banderole publicitaire dans la trame. Il survole les plages de l’île sur lesquelles des jeunes filles distribuent des flyers cartonnés.

Une autre nouveauté. «  Avant d’arriver, tu étais déjà convaincu, raconte Jean-Do Bernacchi, alors résident d’une des premières avant-boîtes de l’île, le Maracana, à Bastia. Avant, la pub, c’était des affiches écrites en noir sur fond jaune fluo. Eux, ils faisaient des trucs en quadrichromie. Tout le monde ne parlait que de l’Amnesia. Tu étais tellement conditionné que tu ne pouvais pas être déçu.  » Dès la première année, l’Amnesia marche bien. Éric Multari exagère à peine quand il dit qu’il baissait la tête pour servir à minuit et ne la relevait qu’à 6 heures, pour voir que 3  000 noceurs dansaient encore. La réglementation des boîtes qui fermaient à 5 heures n’était pas encore en vigueur. «  Mais la meilleure année, ça a été la deuxième, assure-t-il. Quand l’autre fou de Corti est arrivé.  » 

De la farine et des people

En 1996, Philippe Corticchiato, dit Corti, est déjà une vedette. Il passe à la télé dans Bains de minuit, émission présentée par Thierry Ardisson depuis  Les Bains Douches. Celui que L’Express qualifie de «  dieu de la nuit  » ne loupe l’ouverture de l’Amnesia que parce qu’il est en prison. «  Dans mon dossier, il y a écrit “trafic international de stupéfiants”, raconte Corti, plein de sarcasmes. Mais ça, c’est la France. J’avais eu le Papagayo à Saint-Tropez et on est venu me chercher pour une histoire de shit qui s’est commuée en histoire d’ecstasy. Sans saisie, sans rien. Il n’y avait pas de preuves matérielles.  J’ai quand même fait une paire d’années.  »

J’étais rentré dans la boîte en voiture, jusqu’au milieu de la piste. 

Philippe Corti

Corti n’a pas grandi en Corse, mais sa famille est originaire de Francardu, au cœur de l’île. C’est avec une boule au ventre de la taille d’un boulet de canon qu’il arrive entre les palmiers qui forment une haie d’honneur devant l’Amnesia. Il est persuadé que les Corses vont le juger «  plus sévèrement qu’un DJ français.  » En début de soirée, l’ambiance est bonne, mais pas suffisamment pour le sorcier chauve de Saint-Tropez. Alors, il coupe la musique, et balance I Muvrini. Il se saisit du micro et lâche  : «  So Corsu anch’eiu.  » Je suis Corse, moi aussi. «  Ça a crié de tous les côtés, assure-t-il. Il y a eu une véritable clameur. J’ai senti une forme de fierté. Derrière, j’ai mis “Freed From Desire”. Et la Corti-mania était lancée.  »

À l’époque, tout le monde s’arrache DJ Corti, qui met l’ambiance et connaît tout le monde. «  J’avais eu Saint-Tropez et toute la jet-set pendant quatre ans, enchaîne-t-il. Les gens ne s’y amusaient plus. La Corse était méconnue et je leur ai dit de venir.  » Les people débarquent alors en masse. David Hallyday boit trop, Bernard Tapie rigole avec ses potes en polo alors que son fils exige un box réservé qu’il finit par obtenir en épluchant les liasses de billets. Yannick Noah oublie de régler ses bouteilles de vodka et vient s’excuser le lendemain. Karl Zéro, lui, ne reviendra jamais payer son gin. Devant un Édouard Baer hilare, Frédéric Beigbeder vire une danseuse italienne d’un podium et danse avec le caleçon rentré dans les fesses. Derrière les micros défilent aussi les 2B3, Gloria Gaynor et les interprètes de la Macarena. L’ambiance peut être résumée par les flyers des soirées « Licence to déconne », qui montrent DJ Corti avec des lunettes noires, une arme automatique et l’ombre d’un requin-marteau. Des soirées «  sans filtre  », lors desquelles il laisse des blancs et peut passer d’AC/DC à Dalida avant de revenir sur Technotronic.

«  Pour te faire comprendre le truc, quand la boîte était pleine, avant de mettre Gala, j’arrêtais la musique et je partais pisser un coup. Pendant six minutes, il n’y avait plus de son. Les gens hurlaient. Les videurs m’accompagnaient jusqu’aux toilettes. Je traversais la foule comme Johnny Hallyday. Puis je revenais et c’était la folie.  » Corti se spécialise dans la création de scènes qui impriment à jamais la légende d’un établissement. Il fabrique des souvenirs. Une nuit, il essaye d’escalader sa cabine de DJ, en passant par la fenêtre « comme un alpiniste. » Paralysé par l’alcool, il reste coincé. Les clients beuglent d’horreur le temps que les videurs parviennent à le déloger de son perchoir. Sur la page Facebook créée en hommage à l’Amnesia, un habitué évoque «  la Cabriolet 306 de Corti.  » L’animateur éclate d’un rire rempli de fierté. «  J’étais rentré dans la boîte en voiture, jusqu’au milieu de la piste.  » Derrière, sa voix se pare d’une émotion plus profonde. «  Mais mon plus beau souvenir à l’Amnesia, c’est d’avoir fait venir Laurent Garnier.  »

«  Les dieux et leurs saints s’en rappellent encore  »

Corti et Garnier se sont rencontrés des années plus tôt à l’An-fer, un club de Dijon. Cela tombe bien, car, à l’époque «  les DJs français ne voulaient pas venir en Corse, assure Corti. Ils pensaient que c’était un endroit de paysans.  » Ces messieurs n’auraient daigné rejoindre l’île qu’après que le directeur artistique ait vanté l’ambiance «  magique  » de l’Amné, qui «  vibrait de haut en bas  » sous l’effet d’une «  frénésie collective de bonne humeur.  » Garnier accepte l’invitation sans hésiter. Lantieri, lui, est d’abord réticent à l’idée de plonger sa boîte dans le monde de la techno. «  Sauf que ce n’était pas de la techno, mais le mec qui a inventé la techno, lui explique Corti. Laurent, il prend les gens et les retourne. Il a créé une osmose entre branchés corses, gens de 50 ans et bourgeois parisiens qui ne pensaient pas un jour danser sur ça. Toutes les planètes étaient alignées.  »

En 1999, Garnier accepte un rôle de directeur artistique afin de pallier le départ de son pote Philippe, transféré un an plus tôt chez le grand rival de Via Notte, à Porto-Vecchio. «  Je trouvais qu’il n’y avait plus aucune considération pour le travail que j’avais fait, évacue l’intéressé. Les gens m’ont suivi. J’ai vidé l’Amnesia.  » La fréquentation de l’Amnesia décline sous l’effet du départ de Corti, certes, mais aussi de la rénovation entreprise par Via Notte pour se mettre à niveau. Certains assurent que le gratin de la région aurait aussi très mal pris de se faire refouler le soir de l’anniversaire d’Eddy Barclay. 

Néanmoins, si un sondage était lancé, il semblerait que l’élection de la meilleure soirée reviendrait à l’ère Garnier. Cette nuit-là, la tête d’affiche s’appelle Carl Cox. L’événement est annoncé en Une de Corse Matin par une photo du Britannique et de Lantieri à bord d’un hélicoptère. Alors que Cox est en train de dîner, Garnier se pointe par surprise. Il lui annonce qu’ils joueront tous les deux. Les caméras de M6 filment le défilé de New Beetles qui se garent sur le bitume éclairé par les néons bleu clair de l’Amnesia. À l’intérieur, circuler est un combat, accéder au comptoir, une mission, tant la foule qui sue ses cachetons dans des jeans trop larges est compacte. Au carré VIP, Julien Clerc et Guillaume Durand respirent mieux.

La page Facebook décrit l’événement ainsi  : «  La plus exceptionnelle, intense, joviale, sexuelle, fiesta que la terre ai jamais portée. Les enceintes inondèrent d’un souffle musical brûlant chaque recoin de l’Île de beauté, les dieux et leurs saints s’en rappellent encore, témoins qu’ils furent, pour la première fois, de cette nouvelle sorte d’agitation humaine.  » L’auteur exagère sans doute un peu, mais chaque personne interrogée sur cette soirée a le débit qui s’emballe au moment de l’évoquer. Jean-Do Bernacchi  : «  C’était un énorme bordel. Une techno entre 130 et 140 bpm. Les gens dansaient partout, en petits cercles, avec les jambes écartées et les bras qui se baladaient. Ils n’avaient pas l’air de comprendre ce qu’il se passait. Je me souviens m’être posé plusieurs fois pour observer cette ambiance, qui était totalement nouvelle pour moi. Je ne savais même pas que ça pouvait exister. J’étais émerveillé.  »

On aurait dit un prophète. Il arrive, il se penche et cherche des disques pendant un moment. Puis il lève un vinyle en l’air, comme une auréole. La boîte était à l’envers.

Jean-Do Bernacchi

L’Amnesia offre à l’île certaines de ses premières soirées techno, genre dont Bernacchi connaît l’existence sans avoir trop eu l’occasion d’en écouter. Ses potes et lui ont vu Garnier aux Victoires de la Musique et se font tourner un CD de Carl Cox. Point barre. Docksides aux pieds, il observe l’Anglais entrer en cabine. «  C’était super théâtral. On aurait dit un prophète. Il arrive, il se penche et cherche des disques pendant un moment. Puis il lève un vinyle en l’air, comme une auréole. La boîte était à l’envers. Tout le monde criait, les bras en l’air.  » Bernacchi rit et se dit  : «  Regarde ça. Le mec n’a pas encore mis un disque et c’est déjà le feu.  J’ai croisé un pote le mois dernier qui m’en parlait encore.  » Cette nuit-là, certains des jeunes DJs présents découvrent qu’on peut  « faire danser les gens sur de la musique qu’ils ne connaissent pas » et se mettront  à acheter des vinyles de house. « On a pu jouer des disques qu’on n’aurait pas jouer avant.  » Cependant, la sauce prend difficilement avec les patrons de boîtes de la région bastiaise. «  En fait, ça n’avait été possible que grâce au contexte, comprend Bernacchi. C’était le pouvoir de l’Amnesia.  »

«  Une belle mort  »

Puis l’Amnesia explose. Littéralement. Le 15 avril 2000, à 6  h  30. L’énorme «  boom  », déclenché par les cinq cents kilos de nitrate-fuel placés à cinq endroits de l’établissement, se fait entendre à des kilomètres à la ronde. Vingt ans après, alors que la rumeur d’une Amnesia qui renaîtrait bientôt de ses cendres prend de l’ampleur, la police n’a toujours pas élucidé l’affaire. Aux comptoirs de l’île, on se plaît à raconter qu’on en sait plus que les flics  : «  Tout le monde sait qui a fait ça. Tu es vraiment le seul à ne pas le savoir  », balance-t-on, entre deux lampées de Johnnie Walker.

Tout le monde sait qui a fait ça.

Un amateur de Johnnie Walker

Le mystère ne traîne que le temps de se resservir et la première version offerte est en principe la plus enivrante. Ici, on avance que les propriétaires du Via Notte auraient envoyé un commando se débarrasser de la concurrence. «  Si tu ne le mets pas, je te donne même les noms.  » Discret jusqu’alors, un autre homme s’emporte  : «  Tu dis vraiment n’importe quoi  !  » Lui aussi, connaît la vérité, plus rationnelle. Il rappelle que Lantieri avait fait l’objet d’un redressement fiscal quelques jours plus tôt et que la boîte possédait une sacrée assurance. Ceux qui n’ont rien à raconter acquiescent en silence. Chacun joue au plus informé, se convainc qu’il détient la vérité, même s’il n’est en fait sûr de rien. Ça marche pour les attentats, mais aussi les règlements de compte et les soudains départs d’un joueur de foot des équipes locales.

Philippe Corti ne discutera pas l’affaire, mais se souvient parfaitement du coup de fil qui lui a annoncé la nouvelle. Il travaillait, chez Ardisson, au 93 Faubourg Saint-Honoré à Paris. Une fois le téléphone raccroché, il quitte la pièce. Ardisson demande  : «  Mais où tu vas ?  » Corti rétorque  : «  Je vais fermer la bouteille de gaz, on ne sait jamais.  » Le DJ descend ensuite au bar d’en face, tenu par un Corse. Il entre et commande son classique  : une vodka pomme. Il n’est que 11  h  30, le patron est un peu surpris. Corti justifie  : «  Eh, l’Amnesia a sauté.  »  Le tenancier s’exécute et lance  : «  Alors je m’en bois une moi aussi.  » Sûrement habitué à narrer cette fable, Corti laisse le temps à son interlocuteur de rire avant de reprendre. Il ajoute être, plus tard, revenu sur la scène de crime. Il a même embarqué un morceau de la cabine de DJ, qui traîne toujours dans une pièce de sa demeure arlésienne. «  Sincèrement, je trouve que c’est une belle mort, achève-t-il. Comme pour Basquiat, Jim Morrison ou Amy Winehouse. Ils sont morts au sommet de la gloire, en pleine force de l’âge et de la création. Ils n’avaient pas tout donné, mais ils vont rester ad vitam aeternam dans l’esprit des gens.  Ça entretient le souvenir collectif, le fantasme. Ça fait vivre la légende. On m’a dit qu’ils pensent rouvrir l’Amnesia. Si ça se fait, ça va exploser, au bon sens du terme. Les gens iront avec des paillettes plein les yeux.  »

0 Partages

Newsletter

Les actus à ne pas manquer toutes les semaines dans votre boîte mail

article suivant