Copenhague : pourquoi le festival Distortion est la meilleure occasion de découvrir la ville

Écrit par Antoine Buffard
Le 20.09.2019, à 12h11
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Écrit par Antoine Buffard
Retour sur le festival Distortion qui s’est déroulé à Copenhague du 29 mai au 2 juin 2019. L’événement a rassemblé près de 100 000 personnes pour 5 jours de fête intensive, au quatre coins de la capitale danoise.

Photos article : © Jacob Khrist

Il existe plusieurs façons de visiter Copenhague : 360 jours par an, c’est une ville calme au patrimoine foisonnant et à l’atmosphère détendue, remarquée comme l’une des villes les plus heureuses au monde. L’architecture des palais royaux (et rococo) de Frederiksstaden saura vous séduire et le plus vieux parc à thème du monde, les Jardins de Tivoli, vous divertir. Quant au célèbre quartier autonome de Christiania, fondée par des hippies, et autrefois jet à controverses, il est aujourd’hui largement régulé et touristique bien que la vente de cannabis y soit toujours tolérée. De parfaites vacances pour toute la famille en toute sécurité.

Mais depuis un peu plus de vingt ans, cinq jours par an, tout bascule. Une foule compacte envahit les rues pour célébrer une certaine idée de la fête. Bienvenue à Distortion, le rendez-vous incontournable de la jeunesse danoise. On vous racontait l’année dernière l’histoire de ce Français parvenu à placer Copenhague sur la carte des destinations festives. Cet organisateur, un franco-danois au regard malicieux, Thomas Fleurquin. Pour lui, tout commence par des fêtes entre amis et un ardent désir de promouvoir la créativité de la scène locale. C’est aujourd’hui la plus grande fête de rue scandinave, et l’une des plus grandes d’Europe !

96 heures de fête hédoniste sans relâche pour Vikings contemporains

Le festival démarre par deux jours de fêtes gratuites dans les rues où quelque 100 000 personnes se pressent. Majoritairement des jeunes. Un gigantesque chaos organisé d’un quartier à l’autre de la ville et où la Tuborg coule à flots. Quelque part entre la Fête de la Musique et la Techno Parade. Et puis, c’est « Distortion Ø », deux jours de concerts nocturnes avec 10 000 personnes sur un site dédié du port de Copenhague ; six scènes dans une petite forêt sur une île industrielle… Et ce n’est pas tout ce que ce monstre à plusieurs têtes propose ; aux deux premiers formats, il faut ajouter un programme alternatif et expérimental, « Anti Distortion », ainsi que deux nuits de programmations dans les clubs de la ville : « Distortion Club ». 96 heures de fêtes, d’hédonisme sans relâche pour Vikings contemporains.

Nous nous enfonçons un peu plus dans le quartier de Nørrebro. C’est là qu’ont eu lieu les premières fêtes de rues de l’histoire de Distortion. Onze scènes disséminées un peu partout, une vingtaine d’événements. Des enfants vendent des bières chaudes depuis la fenêtre du rez-de-chaussée, d’autres ont branché la chaîne Hi-fi de leurs parents au balcon. Des dizaines de sound-systems « maisons » se rajoutent à la programmation officielle. On se sent porté dans un raz-de-marée blond, de la tête au houblon. C’est d’autant plus impressionnant que le reste de la ville et le reste de l’année sont si calmes. Là, tous ont l’air bien décidés à tout donner pendant ces 4-5 jours. L’apparent amateurisme (signalétique manuscrite, l’impression de ne jamais voir de sécurité, de police ou très peu, pas de barrières) n’est que façade. Le tout est remarquablement bien pensé, mais un effort est fait par l’organisation pour que le public ne le remarque pas. Le résultat est un sentiment de liberté bien supérieur à ce que l’on observe de la plupart des festivals qui pullulent un peu partout.

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On finit par s’asseoir autour de grandes tables en bois et ses bancs étendus sur trente mètres de long au milieu d’une place. Vins natures et mets locaux nous mettent dans les meilleurs dispositions avant d’aller profiter de ce qu’Anti-Distorsion nous réserve dans un quartier voisin : un remarquable DJ set en plein air de Dirty Sound System et les Oktober Lieber dans la bibliothèque royale voisine, des performances entrecoupées de discussions. Les Français sont toujours bien représentés à Distortion. Cette année encore, la programmation est vaste et reflète la popularité de l’évènement. Un certain penchant pop avec quelques artistes du moment, beaucoup de techno et de house, de tech-house évidemment, toujours de la disco quelque part, et le cœur de la scène danoise pour enrober le tout.

Il faut garder des forces pour les clubs du soir auxquels le pass du festival donne accès (full pass 75 € environ ou 550 DKK Couronnes) : Dense & Pika au Culture Box avec Tim AndresenÂme au Pumpehuset accompagné de Marcus Worgull et Matthew Dekay.

Harengs, bateau & techno

On aperçoit Thomas courir discrètement pour tout voir sous tous les angles, observer les effets de ses scénarios sur ses invités. On suit sa troupe de joyeux lurons sur un bateau-mouche parqué au pied du palais. Sur le trajet qui nous mène vers le site principal du festival, Distortion Ø. L’arrivée sur le site par l’eau est féérique. Refshaleøen est une ancienne île devenue presqu’île, autrefois utilisée par les chantiers navals. Une ambiance de petit paradis hippie de luxe ; les maisons sont désormais parmi les plus chères de la ville et les restaurants gastronomiques poussent. On se baigne depuis les pontons en béton. Le décor est composé de gigantesques bâtiments industriels, vestiges d’un passé révolu.

Et nous voici partis pour deux nuits de festivals. On ère et on se perd régulièrement. Le site n’est pourtant pas immense. Il occupe la totalité d’un petit bois situé à cet endroit. Mais là encore une attention toute particulière est faite pour que l’on perde rapidement ses repères. Les lumières sont douces et pas présentes partout. On emprunte des petits sentiers de terre pour se rendre d’une scène à l’autre. L’illusion d’être en pleine nature est totale sur certaines scènes, et contraste avec le décorum industriel des autres. Par exemple : le fameux Tekno Tunnel, une structure de containers en forme de tunnel et remplie à bloc de techno extrême. 
On se chauffe sur le hip-hop US de 070Shake avant d’être bien mis en jambes par DJ Tennis sur la scène Rave. Nos héros du soir sont Channel Tres et notre héroïne absolue : Deena Abdelwahed. Mention spéciale pour l’ambiance hi-energy de la scène disco avec les sets de Jayda G et Hunee.

Des paillettes au royaume des elfes

Rebelote le samedi pour un parcours qui commence une nouvelle fois par la scène Urban. Les performances de l’Anglaise Nadia Rose, et de l’Américaine Rico Nasty nous mettent sur le droit chemin et nos booty shake. Et sans trop de transition, on se retrouve derrière KiNK sur la scène Rave pour ne rien rater de ses geekeeries. Puis l’on préfère délaisser quelque temps l’autoroute du plat pays pour les bas-fonds industriels du français I Hate Models, en closing de la scène live. Un bref passage par les Adana Twins et nous filons côté Disco Stage. La Hollande y est bien représentée par le Dekmantel Sound System suivi de Young Marco. On danse le sourire aux lèvres en secouant les cheveux et les bras en l’air. Des paillettes au royaume des elfes.

La nuit de samedi est bien avancée. Au point que c’est vraiment dimanche. Nous ne sommes plus que des petits lutins errants dans notre petit bois sur un bout de continent. Les scènes ferments les unes après les autres et site se vide progressivement. Une dernière surprise nous attend. On suit Thomas et Grö dans un champ voisin, un sound-system est rebranché. L’after n’est pas annoncé officiellement, mais les vrais savent, et le son repart jusqu’à midi.

Si vous voulez découvrir la magnifique ville de Copenhague, Distortion est le meilleur moment pour vous y rendre. Chaque année le premier week-end de Juin.

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