Sexe 3.0 : comment le confinement a transformé nos relations amoureuses

Écrit par Cécile Giraud
Photo de couverture : ©Warner Bros
Le 01.06.2020, à 20h49
07 MIN LI-
RE
©Warner Bros
Écrit par Cécile Giraud
Photo de couverture : ©Warner Bros
En partenariat
avec
Logo logo happn4_opt
Mardi 17 mars, après la Chine, l’Italie et l’Espagne, la France s’est retrouvée confinée. Après deux mois à siffler tout Netflix en chômage partiel, quid de nos relations amoureuses ? Le summer of love tant attendu peut-il avoir lieu à l’heure de la distanciation sociale ? Les applis de rencontre ont-elles permis de nouvelles formes de drague ? Tant de questions sur lesquelles Trax et happn se sont penchés.

4, 6 milliards. C’est le nombre de personnes qui ont été appelées à se confiner dans le monde. Si en deux mois notre sommeil a pu baisser en qualité et notre compte en banque fondre moins vite, les relations amoureuses ont été largement bouleversées. Même dehors, entre distanciation sociale et hygiène irréprochable, le summer of love nous fait tristement coucou de la main. Chez Trax, on s’est demandé comment cette crise sanitaire sans précédent avait pu transformer notre rapport à l’amour. Par quel moyen avons-nous pallié ce manque de contact humain ? Comment les applis de rencontre se sont adaptées à l’heure du date en visio ? Difficile de répondre. Mais un de nos constats est formel : vous êtes de sacrés coquins.

Le retour de la romance à l’heure de la distanciation sociale

Sur happn, 73%* des utilisateurs déclarent que ces deux mois de disette leur a permis de faire le point sur leur vie sentimentale et qu’ils sont davantage motivés à trouver l’amour. Mais ça veut dire quoi au juste, être motivé.e pour trouver l’amour ? Comment entretient-on une relation avec quelqu’un à distance ? On se fait la bise ou pas ? Ce genre question, Canelle, 23 ans, s’en est posée un paquet. En février, elle rencontre une fille en after. Un concert suivant une bière et les deux ne se lâchent plus. Rien de bien sérieux au début, mais assez pour s’écrire chaque jour. « On parle sur Insta, on se Facetime. Très vite, on parle de choses intimes, je sens que j’ai envie de plus, qu’elle ne soit pas seulement de passage. »

Marine, responsable des tendances chez happn, confirme ce retour de la romance épistolaire 3.0  : « On a remarqué que les utilisateur.rice.s ont pris beaucoup plus le temps de se découvrir en s’écrivant, puisqu’ils.elles ne pouvaient pas se voir. On va donc avoir des échanges beaucoup plus intimes et profonds. Quand tu expliques ce que tu fais de ta journée, quand tu décris tes émotions, parles des films que tu vois, des musiques que tu écoutes, tu vas beaucoup plus partager tes valeurs. » C’est le cas de Canelle, dont la relation digitale en confinement lui a permise de se « connecter vraiment à quelqu’un », ainsi que de 62% des utilisateurs de happn déclarant que les liens qu’ils ont tissés avec leur date pendant cette période ont créé un lien plus fort que d’habitude. 

Un dimanche, on décide de faire l’amour en gardant nos vêtements, sans s’embrasser du tout pour éviter le plus possible de contact.

Canelle, Paris

Et une fois déconfiné.e.s ? Qui dit premier date, dit malheureusement risque de contamination. Alors que l’application a remarqué que les discussions étaient plus profondes entre certains utilisateurs, on serait donc plus motivé.e.s à rencontrer moins de monde une fois le nez dehors. En d’autres mots, on ne va pas dater tous ses crushes, on va plutôt choisir de rencontrer ceux dont on se sent le plus proche. Cinémas et bars étant encore fermés dans certaines régions, plus question de se faire du pied sous une table collante de bière. Le temps est venu des ballades, où l’on marche côte à côte en tentant de décrypter les signaux tant espérés à travers des masques chirurgicaux.

Judith Duportail, journaliste et auteure du livre L’amour sous algorithme a recueilli beaucoup de témoignages sur cette période si particulière. Elle concède : « on marche une demi heure et assez vite, on fonce chez l’un ou chez l’autre et on oublie la distanciation sociale. » Marine, parle même de changement de rituels amoureux : « les gens ne peuvent pas arrêter de s’aimer. Donc au moment de rencontrer son crush, de nouvelles questions se posent  : est-il.elle à risque ? A t-il.elle été en contact avec une personne à risque ? Suis-je susceptible de le.la contaminer ? ». Canelle, malgré la peur de contamination, a tout de même tenté une technique originale : « le dimanche avant le confinement, je décide de braver le corona pour aller manger des crêpes chez cette fille. On ne s’embrasse pas et on ne se touche pas de l’aprem. On finit par regarder un film et de fil en aiguille, on décide de faire l’amour en gardant nos vêtements, sans s’embrasser du tout pour éviter le plus possible de contact. Oui je sais, ça n’a aucun intérêt, mais sur le coup, ça avait du sens ! »

« Avec le VIH et les IST (infections sexuellement transmissibles, ndlr), le préservatif suffit pour se protéger. Là, on ne peut pas se contenter de mettre un masque pour faire l’amour », alerte le sexologue Gilbert Bou Jaoudé, qui invite les personnes à être conscientes des risques de contamination en cas de rapports sexuels. Il propose, avant de passer à l’acte, de se poser trois questions :
1) Suis-je à risque de développer une forme grave de Covid-19 ?
2) Est-ce que la région où je suis est une région où le virus est très actif ?
3) Est ce que les gens avec qui je suis sont à risque ?
« Si les trois réponses sont non, c’est la fête du slip. S’il y a deux réponses sur trois, c’est une décision personnelle. Il faut savoir mesurer les conséquences psychologiques de l’isolement sexuel et se demander si oui ou non on est prêt.e.s à prendre ce risque-là. Le truc sur lequel j’insiste beaucoup, c’est surtout de ne pas faire prendre de risques aux autres. » Et à Judith Duportail d’ajouter : « Au même titre que l’on se doit de prévenir ses partenaires quand on a une IST, on se doit de faire pareil avec le coronavirus. » À nous donc, d’évaluer notre risque, tout en préservant notre santé psychologique.

Nos sextos ont commencé avec des photos de céleri dû à mon amour inconditionnel pour ce légume. Puis ça a vite dévié vers des échanges plus explicites…

Pierre, Marseille

Le sexto, une valeur sûre ?

Car oui, la solitude est mauvaise pour la santé. Une enquête effectuée à Toronto sur 129 individus mis en quarantaine révèle près de 30% d’états de stress post traumatique et 32% de dépressions. Pour pallier à ce manque de contact humain, pas d’autres choix que de s’en remettre à la drague digitale. S’ils ne doivent pas être confondus avec le cyber-harcèlement bien sûr, les sextos ont pullulé dans nos boîtes de réception. Pour Pierre, c’est une évidence, le sexto est terriblement érotique, même avec des personnes que l’on ne connaît pas : « Sur une appli, j’ai rencontré une nana avec qui la discussion est restée sensuelle, sans débordement. Ça a commencé avec des photos de céleri dû à mon amour inconditionnel pour ce légume. Puis ça a vite dévié vers des échanges plus explicites, uniquement en message et quelques photos juste sexy jamais porno sur Insta. J’ai cru comprendre qu’elle en tirait beaucoup de plaisir…. jusqu’à devenir de vraies parties de jambes en l’air uniquement par messages, avec des orgasmes répétés de sa part. »

Ces deux mois de distance ont mis un sacré coup à ma relation. Au final, le virtuel crée plus de frustration qu’autre chose… J’ai fini par larguer mon mec. 

Nour, Lyon

Mais cette pratique si connue de la génération Y convient-elle à tout le monde ? A-t-elle permis à coups sûrs de tenir deux mois sans siestes crapuleuses ? Pour Nour, c’est un « non » assuré : « Définitivement c’est pas mon truc mais j’ai dû travailler mes best nudes en me cachant la gueule par peur du revenge porn (pratique consistant à se venger d’une personne en rendant publique des contenus dits pornographiques l’incluant dans le but de l’humilier, ndlr). Durant les deux premières semaines, j’avais les hormones en feu ! Certainement parce que je savais que c’était parti pour une longue abstinence. Du coup on a sexté avec mon mec au début et je dois avouer que comme tout le monde était dans le même état que moi, je flirtouillais vite-fait avec d’autres mecs sur Insta. Mais au bout de 2/3 semaines j’étais habitué à la situation et je me suis lassé des relations virtuelles. Le gros hic est qu’on se voyait que depuis janvier donc ces deux mois de distance ont mis un sacré coup à l’élan de la relation. Au final, le virtuel crée plus de frustration qu’autre chose… j’ai fini par le larguer. »

S’adapter puis tout recommencer

Qu’en est-il des personnes pour qui gérer la solitude revient à résoudre une équation à deux inconnues ? Marine nous raconte les craintes observées chez les utilisateurs de happn et déplore le regard malveillant parfois porté sur les sites de rencontre : « Les gens ont eu peur de ne plus croiser personne sur l’application. En réalité, en ville, dans un rayon de 250m, au final, il y a du monde ! Et pour ceux qui vivent à la campagne ou ceux qui sont partis s’y réfugier, on a étendu notre géolocalisation à 90 kilomètres. Il y a encore beaucoup de préjugés sur les applis de rencontre, alors qu’on a un véritable rôle de maintien du lien social. » En effet, l’appli qui propose de « retrouver qui vous croisez » a dû adapter son offre pour ses clients, habitués à texter quelques jours puis se rencontrer très rapidement. Plus encore, l’appli française prévoit une toute nouvelle fonctionnalité, disponible dès le lundi 8 Juin : le visio dating. « C’est une tendance qui a beaucoup émergé pendant le confinement. Même si les applis de rencontres ne sont pas toutes équipées pour faire un visio, les personnes vont se débrouiller avec WhatsApp, FaceTime ou Skype pour se rencontrer en vidéo. L’avantage, c’est que tu peux en partie reproduire tout le rituel que tu fais pour un premier rendez-vous : tu te fais belle.beau, tu as le petit stress juste avant qui fait toute la beauté des premiers rendez-vous. Le fait d’avoir ces outils-là ont peut être permis de se retrouver dans la quête amoureuse, de savoir que l’on plaît ! C’est la raison pour laquelle nous avons lancé notre fonctionnalité vidéo chez happn ! »**

Sextos, video dating, messages vocaux… l’amour post-confinement ressemble bel et bien à une romance 3.0. Certain.e.s y voient le mal du siècle, d’autres le signe d’une libéralisation des mœurs, parfois même la sensation de devoir tout recommencer. « J’ai vécu cette période comme une parenthèse absolument à part dans nos vies », analyse Pierre. « Il convient d’en sortir et de recommencer tout à zéro. Mais j’ai adoré cette expérience, je constate que nous avons tou.te.s les mêmes désirs, que nous voulons les exprimer avec la même puissance. » « Moi, je me suis sentie comme une ado », confie Canelle. « T’es scotché.e sur ton téléphone toute la journée sans avoir la liberté de sortir quand tu veux. » Nour, lui, se dit qu’il redoublera d’efforts la prochaine fois qu’il devra gérer une relation à distance.

Drôle de période donc, que ces semaines de digital love. Une véritable capsule éphémère où la technologie rentre dans l’intime, tout en modifiant drastiquement notre rapport à l’amour. Pour conclure, laissons les derniers mots au sociologue Jean-Claude Kaufmann, pour qui le phénomène des applis de rencontre « ne s’agit de rien de moins que d’une révolution sexuelle ». Et nous y assistons certainement.

*Étude réalisée in-app en 2020 par happn.

**Happn lance la fonctionnalité vidéo à partir du lundi 8 Juin en France.  Rendez-vous sur l’appstore ou le playstore pour l’essayer !

Newsletter

Les actus à ne pas manquer toutes les semaines dans votre boîte mail

article suivant