Comment We Love Green tend à devenir un festival « zéro déchet »

Écrit par Gil Colinmaire
Le 16.04.2019, à 14h45
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©Maxime Chermat
Écrit par Gil Colinmaire
Avec leurs milliers de résidents momentanés, les festivals sont de véritables villes éphémères sortant du sol chaque année. Et comme ces dernières, ils font face à une problématique majeure : des tonnes de déchets à retraiter. Si certains déplorent encore les océans de gobelets le lundi matin, d’autres s’attaquent à la source, alliant sensibilisation et solutions innovantes. De nouvelles initiatives pour faire la fête en pensant à demain, en partenariat avec We Love Green.

Cet article est initialement paru dans le numéro #219 de Trax Magazine, disponible sur le store.

Sur le ciel lumineux se découpe une étrange silhouette à l’allure raffinée. Bras arqués repliés délicatement vers le sol, la gigantesque méduse bleutée offre son ombre aux festivaliers venus s’abriter du tumulte environnant. Fait notable, les près de 400 kg de la créature sont faits de plastiques recyclés récupérés en mer et dans la nature. Nouveau Monde, son petit nom, est l’œuvre imaginée par Stavy Architectes pour We Love Green 2018, et elle symbolise à elle seule la vision du festival en matière de gestion des déchets. C’est l’un des nombreux axes de travail écoresponsables qui lui ont valu de remporter, pour la sixième fois l’an dernier, le prix « Outstanding / Hors du commun », délivré par l’ONG A Greener Festival, aux côtés du Boom Festival (Portugal) ou du DGTL (Amsterdam). En 2018, pas moins de 74 % des déchets produits par l’événement parisien ont été revalorisés. 25 000 mégots ont aussi été transformés en objets divers dans la première usine française dédiée, via le travail des entreprises MéGO! et CKFD. Une politique mise en valeur : bâches recyclées et poubelles dédiées au tri s’alignent fièrement sur le site.

Une mesure simple, encore trop peu ancrée dans les mœurs, pourrait bientôt se démocratiser. Au Bois de Vincennes, parmi les écriteaux guidant les individus indécis vers le conteneur approprié, figure une étrangeté. Ici, les assiettes, couverts et gobelets rejoignent les restes de plats. Entièrement biodégradables, ils sont bons pour un lent processus de compostage avant d’être transformés… en énergie. Au total, près d’1,5 tonne de résidus organiques a intégré l’an dernier le circuit de collecte mis en place par le 12e arrondissement de Paris. Avec, en fin de processus, leur transformation en biogaz, une énergie renouvelable obtenue par dégradation naturelle, la méthanisation. Même les aliments atterrissant dans les gosiers des festivaliers ont droit à leur revalorisation. « On ramasse à peu près 60 tonnes issues des toilettes sèches, précise Yvain Brochot, gérant de la Scop Gink’oop spécialisée en événementiel, qui installe sur We Love Green les cabines. Elles seront transformées en terreau normé via un processus de compostage naturel pour être utilisé en amendement dans des exploitations agricoles. » Un engrais naturel qui permet l’économie de 2,4 millions de litres d’eau et d’une quantité considérable de produits chimiques, dans les champs comme pour l’entretien de sanitaires traditionnels.

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Si l’utilisation d’objets recyclés ou biodégradables est un premier pas positif évident en faveur de l’environnement, les festivals et autres grands rassemblements peuvent aller encore plus loin. C’est l’objectif de Zero Waste France, une association promouvant auprès du grand public, des politiques et collectivités locales, le « zéro déchet » et le  « zéro gaspillage ». « Le recyclage est indispensable mais il ne suffit pas car il ne peut être pratiqué indéfiniment et consomme de l’eau et énergie », explique Flore Berlingen, représentante de l’association et membre du jury de sélection des start-up de We Love Green 2019. « Notre approche générale est que tout déchet jetable est à éviter. Quand on produit quelque chose, c’est comme un investissement en matière et en ressources. Le but est de le faire durer le plus longtemps possible. » Une idée partagée par les organisateurs du festival parisien, qui placent la réutilisation des objets et matériaux bruts au cœur de leur projet scénographique, récupérant le matériel délaissé par des professionnels partenaires. Ils sont épaulés par Co-Recyclage, start-up sociale fondée il y a cinq ans en réponse à un manque flagrant de solutions dédiées sur le marché. « On leur fournit beaucoup de bois, notamment plus de 200 palettes, pour construire le mobilier et les décors », détaille Renaud Attal, cofondateur de l’entreprise, qui pousse lui aussi l’engagement jusqu’à optimiser les transports et les partages de véhicules de livraison entre différentes structures locales. « On veut faire en sorte que les festivals travaillent main dans la main et que les gros événements puissent aider ceux qui ont moins de moyens, confirme-t-il. La culture, comme toute notre société, ne peut être décorrélée des notions de développement durable ou de solidarité. Il suffit juste de s’en donner les moyens. »>

Près de 75% des déchets de We Love Green ont été valorisés en 2018 et les objectifs 2019 sont encore plus ambitieux pour le festival-laboratoire devenu un véritable terrain d’expérimentation pour l’évènementiel.

Rendez-vous le 1er et 2 juin, en plein cœur du Bois de Vincennes.

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