Comment Park Hye Jin s’est hissée au sommet de la house mondiale en l’espace de quelques mois

Écrit par Alexis Tytelman
Photo de couverture : ©D.R
Le 11.04.2019, à 11h33
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Écrit par Alexis Tytelman
Photo de couverture : ©D.R
En l’espace de quelques mois, la DJ, rappeuse et chanteuse sud-coréenne Park Hye Jin a pris son envol. Propulsée sur le devant de la scène mondiale après un EP remarqué entre leftfield house et darkwave sur fond de textes scandés en anglais ou coréen, cette artiste inclassable est à l’affiche de la scène Blossom du Weather LSM, qui se tiendra le 27 avril de 20h à 10h.

Après le catapultage de Peggy Gou au firmament de la galaxie électronique underground l’année dernière, 2019 pourrait bien être l’année d’une autre DJ issue du pays du matin calme.

À peine 25 ans au compteur, Park Hye Jin (박혜진) a déjà tout d’une grande artiste. En quelques mois, cette native de Séoul a fait irruption sur la scène house mondiale à la vitesse d’un Rafale au décollage. Ce succès s’expliquerait peut-être par une stratégie de communication et de booking bien ficelée par l’agence internationale Decked Out – dont le catalogue compte également Boys Noize, Red Axes et Justice –, ou bien par le fait que la jeune artiste se distingue des autres par une house particulièrement efficace et groovy, faisant fi des frontières de styles et, surtout, du sérieux. 

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DJ, chanteuse, rappeuse, performeuse… Park Hye Jin porte de nombreuses casquettes. Distillant un savant mélange de dream-state house, darkwave, techno lo fi et hip hop, l’artiste intègre d’abord le monde créatif par la voie universitaire, étudiant l’histoire de l’art et la céramique à Séoul avant de devenir résidente du Pistil Club et podcasteuse dans une radio locale (SCR). Elle s’y distingue par une sélection variée et un certain talent au micro. 

Tout s’accélère en 2018 avec la sortie d’un album, sobrement intitulé Park Hye Jin 2018 mixtape. Tous les ingrédients annonçant la déferlante future se trouvent dans le premier morceau, “Be a star”. Alliant une recette ultra-classique – un rythme 4/4 groovy accompagné de stabs house et d’une ligne acide – aux paroles en coréen scandées par l’artiste, le titre prend une autre dimension grâce au clip tourné à l’arrache sur un terrain de foot de Séoul. Park y danse, prend la pose, rappe, crève l’écran. 

Refusant de coller une étiquette sur ce style hybride qui fait son succès, Park Hye Jin préfère suivre son instinct. « Ce qui est “cool” est cool de toute façon. Je suis juste influencé par ce que je trouve cool à un moment donné. », explique t-elle, lunaire. Pour celle dont « la musique est la vie », l’écriture est un exercice naturel et quotidien : « J’écris ce que j’ai à dire tous les jours. Et ça devient les paroles. », tout simplement. Cultivant une attitude débonnaire terriblement efficace sur le plan de la communication, Park ne s’épanche pas beaucoup sur ses influences ou sa vision de la musique. Pour autant, elle ne se ferme à aucune collaboration. « Si un artiste est cool, aime ce que je fais et a bon goût, alors allons-y ! », affirme t-elle. 

Et ça marche, la consécration arrive à peine quelques semaines après avec la sortie de l’EP IF YOU WANT IT sur le label clipp.art, qui reprend la même recette avec une production plus léchée. Les morceaux sont accrocheurs, la voix plus sûre. “I DON’T CARE”, aux accent balearic et lo fi, se distingue et dépasse vite les 500 000 vues sur Youtube. Pour Jes Skolnic, managing editor chez Bandcamp interviewé par Resident Advisor à ce sujet « ce qui fait la qualité d’un morceau house est son adhérence au corps et aux émotions, et c’est quelque chose que Park, contrairement à la plupart des producteurs de house minimale, possède naturellement. Ses morceaux sont non seulement beau, ils sont aussi contagieux. »

Cet EP prometteur permet à Park Hye Jin de sortir de Corée, décrochant des dates dans le monde entier. En 2019, elle fait la couverture de Vogue Korea, joue à l’Opéra de Sydney et pour la radio BBC Radio 6 à l’occasion de la journée internationale des droits des femmes. Une cause importante pour cette dernière, confessant « avoir été traitée plusieurs fois de manière injuste en tant que femme ». Enfin, son podcast pour i-D se retrouve dans la liste des meilleurs mix de février 2019 du magazine Pitchfork. Et la liste va en s’agrandissant. À elle seule, Park Hye Jin parvient à faire exister un genre inédit sur la scène mondiale dont, selon ses mots, elle est la seule représentante : la “k-house”.

À l’affiche des festivals Sónar Hong Kong, Dour et Melt, Park Hye Jin fera ses premiers pas en France lors d’une Boiler Room sur la scène Blossom du Weather festival LSM, qui se tiendra le 27 avril à la Seine Musicale de Boulogne Billancourt. Elle y croisera notamment OCB, du label marocain Casa Voyager et OKO DJ. À la question de savoir si elle prépare quelque chose de spécial pour la première date de sa tournée européenne, Park se contente d’un malicieux et enthousiaste « YES ».

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