Comment Maya Jane Coles est devenue l’une des productrices majeures de son temps

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©D.R
Le 19.11.2019, à 18h20
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Photo de couverture : ©D.R
Avec Full Circle, deuxième album sorti sous son alias Nocturnal Sunshine le 12 novembre dernier sur I/AM/ME Records, la productrice anglaise Maya Jane Coles prouve une nouvelle fois que les carcans musicaux ne sont pas à son goût. Au risque de déplaire, et tant mieux.

Par Brice Miclet

Dans la carrière d’un artiste, le cap des dix années passées à composer et à figurer parmi les acteurs d’une scène musicale est toujours un moment fort. Une sorte de boucle enfin bouclée. Avec son nouvel album, intitulé Full Circle et sorti le 1er novembre, Maya Jane Coles confirme que malgré un succès éclair à ses débuts et les quelques pauses discographiques motivées par le besoin de se retrouver, son statut est resté le même : celui d’une productrice majeure de cette décennie, dont les alias et les projets différents n’ont altéré ni sa cohérence, ni son talent.

En 2012, elle parvient à faire fructifier son nouveau statut : fondation de son label I/AM/ME, puis premier album Comfort, un an plus tard. C’est cette sortie qui, d’une certaine manière, entérine ses talents de touche-à-tout, faisant d’elle une véritable technicienne du son qui tient à intervenir dans absolument toute les étapes de la production de sa musique (et c’est bien plus rare qu’on ne le croit dans les musiques électroniques), qui chante à l’occasion, et qui revisite la house singulièrement. Parfois critiqué pour son manque de prise de risque, pour inviter uniquement des valeurs sûres, Comfort filait au milieu des incursions pop, patte qu’elle gardera toute sa carrière.

Le son d’une ville

Toute ? Non. Son alias Nocturnal Sunshine était justement le moyen de sortir de cela. C’est peut-être cette facette de sa musique qui est, finalement, son aspect le plus personnel. On l’avait senti dès ses débuts avec l’excellent maxi “Can’t Hide The Way I Feel”. Lorsqu’elle enchaînait les Boiler Room à Johannesburg, en Ecosse ou à Moscou, ses deux personnalités transpiraient et faisaient transpirer sans difficulté.

Full Circle est un album totalement assumé, dans ses excès, ses travers et ses réussites. Sa voix y est omniprésente, l’éloignant de la culture club (voie qu’elle avait déjà moult fois empruntée par le passé), mais l’audace la caractérise aussi. En témoigne le premier single envoyé au front, “Pull Up”, où elle convie Young M.A, rappeuse new-yorkaise qui a marqué 2019 avec son très attendu album Herstory In The Making. De là, Full Circle vrille, et dans le bon sens du terme. Aucun carcan, rien à faire des genres : des titres comme “I’m Ready”, ou le plus abstract “Fuck Fame” avec le talentueux rappeur anglais Cha$ey Jon£s… Maya Jane Coles semble alerte quant aux sonorités qui marqueront 2020.

Comme dans la carrière de la productrice, il faut avoir un esprit aventureux pour se plonger dans cet album. Nocturnal Sunshine est certainement son alias le plus britannique concernant le son. C’est grâce à ce nom qu’elle a su apprivoiser l’évolution des genres musicaux se succédant en tête de proue londonienne. Des vestiges dubstep, jungle, UK garage, quelques virages grime (pas forcément dans la rythmique, mais dans l’esprit et les outils employés)… Il y a une évidente recherche de continuité, d’héritage et d’envies ponctuelles. L’homogénéité dans les albums est parfois vue comme une obligation, et il n’y a certainement rien de plus ennuyant comme fausse bonne idée. Qu’un album parte dans tous les sens, prenne des chemins différents et nécessite plusieurs écoutes pour en comprendre la couleur et l’intention, c’est une bonne chose. Full Circle en est la preuve.

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