Comment les data sont devenues un enjeu essentiel dans l’industrie musicale

Écrit par Célia Laborie
Photo de couverture : ©Maxime Chermat
Le 02.12.2022, à 17h38
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©Maxime Chermat
Écrit par Célia Laborie
Photo de couverture : ©Maxime Chermat
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Chaque jour, près de 100 000 morceaux sont mis en ligne rien que sur Spotify. Et forcément, il faut beaucoup de savoir-faire pour se retrouver parmi cet océan de titres. Pour cela, l’un des outils les plus importants, ce sont les métadonnées, ces informations reliées à un titre qui permettent d’identifier ses créateurs, son style, son label, mais aussi de savoir où il a été écouté, par qui et à quel moment. Notre guide pour comprendre l’importance des data dans l’industrie musicale. 

Pour permettre à un titre d’être correctement référencé sur les plateformes de streaming, et le rendre plus visible auprès des auditeurs, une étape est essentielle : le renseignement des métadonnées. Mais d’après Alexandre Mahout, directeur du développement et des répertoires au sein de la Sacem, beaucoup d’artistes ignorent encore l’importance des data dans le monde de la musique en ligne : « on pense souvent qu’une fois qu’on a uploadé son titre via un service de distribution, le travail est terminé. Mais ce n’est que le début : on vient de déposer son titre dans le plus grand magasin de la Terre, et c’est le moment où il faut se demander comment faire pour que l’auditeur soit au courant qu’il existe. », insiste-t-il. 

Parmi les métadonnées à renseigner à tous les coups, on compte le titre de l’œuvre et de l’enregistrement, le nom des créateurs et de l’interprète, le style… Mais à cause des nombreux homonymes, ces informations ne suffisent pas toujours à caractériser un morceau. C’est là qu’interviennent des données un peu plus techniques : les codes ISRC et ISWC, sortes de plaques d’immatriculation numérique permettant d’identifier des titres de façon certaine. Le code ISWC (pour International Standard Work Code) permet de caractériser une œuvre, et peut être obtenu au moment où on la dépose à la Sacem, tandis qu’un code ISRC (pour International Standard Recording Code) désigne un enregistrement, et peut être obtenu via des sociétés de droits voisins, des maisons de disque ou des distributeurs. 

« Une vraie méconnaissance des enjeux » 

Dans la musique électronique, et notamment chez les bedroom producers, l’importance de ces données est souvent oubliée. Elles s’avèrent pourtant essentielles pour rendre sa musique visible, mais aussi pour percevoir ses droits. Lorsque les plateformes de streaming musical transmettent leurs chiffres d’écoute à la Sacem, cette dernière est chargée de retrouver les créateurs des œuvres streamées pour leur verser les droits d’auteur. « Beaucoup d’artistes diffusent leurs enregistrements avant même d’avoir déposé leurs œuvres dans une société de droits d’auteur, ou d’avoir obtenu les codes qui permettent d’identifier le titre à coup sûr. Il y a une vraie méconnaissance des enjeux, même chez certains poids lourds de l’industrie », note Julien Lefebvre, responsable stratégie digitale à la Sacem. Si les métadonnées ne sont pas bien renseignées, et que le titre écouté n’est pas déclaré à la Sacem, les artistes courent le risque de ne pas toucher de droits sur les écoutes en ligne – même s’il est possible de toucher des droits rétrospectifs en déclarant ses oeuvres jusqu’à 18 mois plus tard. 

Pour David Duriez, DJ et créateur du label Brique Rouge, cette méconnaissance vient du fait qu’ « initialement, les musiques électroniques ne sont pas des musiques de streaming : elles sont faites pour des diffusions en live, en festival, en club… Pourtant, aujourd’hui, avec les livestreams et la synchro, un titre peut devenir viral du jour au lendemain ». Le renseignement des métadonnées a d’ailleurs aussi son importance pour l’identification des titres joués en club, qui peuvent aussi permettre de récolter des droits d’auteur aux producteurs. 

Pour en savoir plus sur d’identification des morceaux joués en club, rendez-vous ici.

Le rôle des data analysts

Autre preuve de l’importance prise par les métadonnées ces dernières années : le métier de data analyst s’est peu à peu imposé dans l’industrie musicale, pour dider les labels à étudier les chiffres des plateformes de streaming, de YouTube et de Shazam. Leurs analyses permettent de savoir où les titres performent le mieux et auprès de quel public, mais aussi de connaître l’impact des événements promo ou des concerts sur les écoutes. Autant d’informations essentielles pour mieux cibler son marketing et même anticiper les tendances. Pour Julien Lefebvre, « aujourd’hui, avec le numérique, la création musicale est de plus en plus accessible, et la distribution aussi. Pourtant, le fonctionnement de l’écosystème reste très opaque et complexe, même pour les artistes eux-mêmes » — d’où l’importance de faire de la pédagogie autour des données, devenues de véritables mines d’or. 

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