Comment le Monticule Festival a fait d’une vallée du Lot un véritable Jardin d’Éden électronique

Écrit par Bartolomé Laisi
Photo de couverture : ©Rubens Ben
Le 27.06.2019, à 11h58
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©Rubens Ben
Écrit par Bartolomé Laisi
Photo de couverture : ©Rubens Ben
Entre randonnées, yoga, musique et méditation, la cinquième édition du Monticule se tenait du 19 au 23 juin dernier sur le site du domaine de Gayfié, au coeur de la vallée du Lot. Pour l’occasion, Trax a envoyé un journaliste au coeur de cet évènement qui, chaque année, renforce une communauté convaincue sur le plan musical et, plus généralement, par l’expérience unique et les multiples surprises offertes par le festival.

Surplombant l’éclatante vallée du Lot, le Domaine de Gayfié accueille depuis 5 ans maintenant le festival Monticule, qui s’est tenu cette année du 19 au 23 juin. À l’écart du monde et en dehors du temps, l’événement regroupe un public fidèle dans un seul et même but : profiter d’un endroit où décontraction, plaisir et musique sont les maîtres-mots.

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Il n’y a qu’à gravir la montagne menant au site pour en saisir la spécificité. Ce qui différencie le Monticule, c’est en effet son authenticité. Ici, tout est fait-main, et au-delà de la seule nature, la politique s’applique à l’ensemble de l’environnement du festival et à ceux qui y participent. En libre-service, hamacs, balançoires et petites tables attendent le public. Au-dessus, des sortes de lianes s’agitent au vent tandis qu’un grand toboggan en bois se jette dans la piscine. Les villages environnants n’ont pas non plus été oublié. Ne se contentant pas d’offrir des places aux charmants résidents de Cajarc, situé en contrebas du site, les organisateurs du festival ont décidé de couper les scènes extérieures à 3 heures du matin afin de préserver leur sommeil. Respect.
© Leo Konopizky

Sur les berges du Lot, de nombreux festivaliers lisent ou dorment, appréciant tout simplement le soleil et le calme ambiant tandis que, ici et là, d’autres admirent le paysage ou profitent d’un atelier de Yin Yoga. Au même moment, Jan Schulte alias Bufiman, patron du salon des Amateurs de Dusseldörf, propose sa drum music teintée d’ambient et de sonorités balearic. Plus tard dans la nuit, Shimé ouvre pour la première fois de l’année la scène principale avec sa house sombre et puissante avant que le new-yorkais Curses n’enchaîne avec un set disco-EBM de bon aloi. Nickel.

Près des corps assoupis au son des douces nappes sonores persistant à l’extérieur pendant l’ensemble du festival, l’écho des sourdes basses provenant des deux scènes encore ouvertes se fait légèrement entendre. Dans La Grange, ou plutôt le “Berghain”, comme certains aiment l’appeler, règne une ambiance déroutante. Fumée, stroboscopes et pénombre : les festivaliers quittent le festival pour entrer dans un authentique club. En ce qui concerne L’Atelier (l’autre scène intérieure), « Tu as vraiment l’impression que les gens sont partis faire la fête quelques années à Goa en Inde, ont joués là-bas et exportent cet univers en France avec une trance jouée à la moitié du tempo.», remarque un des organisateurs. Les sets de A Strange Wedding et ANTWN, membres de l’écurie Positive Education s’accordent parfaitement avec cette description. Et si les fans de downtempo sont bien servis, les plus téméraires trouvent également leur compte avec les kicks indus de Parfait et Raär ou, au petit matin, l’électro-techno orientale de l’habitué des lieux Arabian Panther

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Assis sur un des nombreux bancs du festival en journée, on peut apprécier au loin la techno minimale berlinoise de Sascha Funke en dégustant l’un des nombreux plats locaux ou, plus tard dans la nuit, le set des Zenker Brothers, piliers de l’incontournable label Ilian Tape. Réveillé en pleine sieste, on se surprend à danser près de la pool stage sans faire attention au timetable ou au nom de l’artiste en train de jouer – chose assez courante dans ce festival. En regardant a posteriori, on se rend alors compte que ce savant mélange entre techno, rap français et kuduro électronique fut en réalité le fait des membres du crew lyonnais BFDM : Judaah, Low Jack et Simo CellC’est ça aussi Monticule, le passage d’une atmosphère à une autre, et c’est plutôt plaisant. 


© Leo Konopizky

Du rap à techno berlinoise en passant par le rock ou la pop, la découverte musicale est donc de mise pour les festivaliers. Et dans ce joyeux fatras, la performance proto-trance et acid disco du duo The Pilotwings aura marqué les esprits. Certains la décrivent même comme « le plus beau live qu’ils aient jamais entendu ». Pour d’autres, ce fut ce moment d’exception où la scène ambient, d’ordinaire si calme, se muait en réceptacle d’une foule électrisée par un set de hard techno. « C’est ça qui est fou ici, témoigne un festivalier, tu ne sais jamais sur quoi tu vas tomber, et où surtout ! Bientôt, il y aura du hardcore aux toilettes ! », prédit-t-il.

Il faut dire que, pour allier un tel niveau de diversité artistique et de qualité tout en conservant cet aspect intimiste, le festival a tenté par tous les moyens de préserver son ambition des débuts. Pour Eric Schönemeier, la première édition n’était ni plus ni moins qu’une fête géante entre potes. « Vers 8 heures du matin, on voit arriver les policiers, qui disent qu’ils nous avaient cherché pendant 8 heures ! Après les avoir invités à boire un café et prendre de la brioche, ils ont été tellement étonnés de voir que tous les papiers étaient en règle que depuis, nos relations sont très cordiales ». Si le festival a bien grandi depuis cet épisode, et rassemble aujourd’hui quasiment 1500 personnes, l’idée n’est en aucun cas de  continuer à s’étendre, les organisateurs craignant la perte de ce qui fait le charme du Monticule au-delà d’une taille jugée critique. Préserver à tout prix cette fraîcheur, le plaisir de contempler la magnifique vallée du Lot tout en découvrant le meilleur des musiques électroniques actuelles dans une ambiance familiale. Tel est le projet. Et devant son indéniable réussite, point de bilan, mais une évidence : « À l’année prochaine Monticule ! »

© Jeremy Duhr

La sixième édition du festival Monticule a déjà été annoncé du 17 au 21 juin 2020, et les premiers tickets sont à retrouver ici ! 

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