Comment le gant Specktr est devenu le contrôleur MIDI indispensable des musiciens

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©D.R
Le 18.09.2018, à 11h30
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Photo de couverture : ©D.R
Après une campagne fructueuse sur KissKissBankBank, le contrôleur midi Specktr, développé par la firme française du même nom, est maintenant disponible. Son principe ? Un gant connecté, qui permet de manipuler le son en bougeant  la main, les doigts d’une manière aérienne. Gadget, révolution ? Prise en main aisée, alambiquée ? Giorgia Angiuli, Leonard de Leonard et Joris Delacroix, trois artistes qui utilisent désormais cette technologie aux allures futuristes ont répondu aux questions de Trax.



Quelles ont été tes premières sensations lorsque tu as enfilé ce gant ?

Giorgia Angiuli : J’ai toujours bien aimé le fait de jouer des notes en l’air, sans avoir de contact avec quelque chose de solide. La première fois que je l’ai utilisé, j’étais chez moi avec mon père, on a commencé à rire et soudain je me suis dit : « ce serait parfait pour mes performances ! ». Le 23 novembre, je sortirai mon album In a Pink Bubble, sur Stil vor Talent. Et je vais faire une tournée spéciale avec pas mal de matériel rose. Je suis déjà en contact avec Specktr, qui va me fabriquer un gant spécial pour l’occasion. 

Leonard de Leonard : J’ai déjà testé pas mal de contrôleurs “alternatifs”. Ils ont parfois comme principal défaut le fait de beaucoup devoir s’adapter à eux. Ce qui m’a le plus agréablement surpris avec la solution de Specktr c’est ce côté super intuitif et naturel.

Joris Delacroix : J’ai été très surpris par la fluidité et la réactivité de la captation des mouvements. J’avais déjà eu l’occasion de tester des appareils midi à distance auparavant et j’étais assez gêné par la latence et le manque de précision. Là ce n’est pas le cas, ça réagit direct.

Est-ce que le fait de ne plus toucher des claviers, de tourner des potards t’a déstabilisé ?

G.A : En fait je joue déjà du Thérémine (Moog), donc j’avais une idée de l’effet que cela procure, de ne pas jouer sur un clavier. J’adore les instruments, le matériel qui permet de vivre ce genre de nouvelles expériences. Donc pour moi, ce gant c’est quelque chose de super intéressant.

L.D.L : Pas vraiment. Chaque interface engendre de nouveaux réflexes, qui ont chacun leurs forces et parfois leurs défauts. On n’écrit pas les mêmes lignes mélodiques ou rythmiques avec une souris, un clavier, un iPad ou un modulaire par exemple. Avec le gant de Specktr, je n’essaye pas de remplacer une autre machine : il me permet d’écrire des mélodies ou de faire des modulations qui changent de mes habitudes.

J.D : Un peu car il faut un temps d’adaptation. Au départ c’est un peu perturbant de ne rien avoir entre les doigts, mais une fois qu’on s’y habitue on découvre une autre façon de jouer, basée davantage sur des mouvements de mains que sur des interactions physiques.

Le Specktr semble tout droit sorti d’un film de science-fiction. Comment l’as-tu apprivoisé ? Une anecdote, une histoire à propos de la prise en main de ce gant?

L.D.L : Oui un peu. Ce que j’ai beaucoup aimé quand je l’ai reçu, c’est le fait de pouvoir directement le brancher sur mon modulaire via leur clef USB fournie (via le module Hermod de Squarp Instruments) sans passer par un ordi ou un iPad, j’ai trouvé cela super élégant.

J.D : Je l’ai apprivoisé assez vite, car j’ai eu la chance d’avoir toutes les explications directement des gens de chez Specktr qui m’ont gentiment reçu dans leurs locaux à Montpellier. Cela dit j’ai trouvé le fonctionnement général assez simple à partir du moment qu’on sait comment faire un mapping midi dans ableton live. Je l’avais pris avec moi sur une tournée pour le montrer aux gens avec qui je bosse, et c’est vrai qu’à chaque fois qu’on le sort ça fait son effet, car on a encore une vision très futuriste du mouvement capté à distance.

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Comment l’incorpores-tu à ton set up habituel ?

G.A : C’est un véritable contrôleur midi, il y a donc vraiment beaucoup d’options. Dans la dernière vidéo que j’ai réalisée, pour mon morceau « Nothing to Lose », j’utilise un synthé d’Ableton, le « Chord Sweeper ». J’ai mappé le gant pour qu’il joue des notes et pour qu’il contrôle le filtre et la résonance. Et c’est marrant, parce que si tu bouges la main assez vite, tu crées un effet similaire à une pédale Wah Wah.

J.D : Je l’utilise surtout pour faire du contrôle sur de la modulation de certains VST. Le truc nouveau avec ce gant c’est que j’ai la possibilité de faire des variations sur des paramètres de façon plus rapide et plus sensible que si je le faisais en tournant des potards. Du coup je l’utilise sur des sons digitaux que je peux rendre plus humains en les modulant avec un geste plus naturel.

Cette manière différente de manier le son a-t-elle influé sur ton style, sur ta vision de la musique ?

G.A : Absolument. Je suis constamment à  la recherche d’instruments atypiques. J’aime jouer avec des objets vintage, mais j’adore toutes ces nouvelles technologies. Tout ce matériel te donne l’opportunité d’être bien plus créatif, et tu ne prends jamais le risque de succomber à l’ennui.

L.D.L : Pour l’instant je le teste beaucoup pour contrôler mon modulaire ou mes synthé analogiques. Il permet d’avoir une approche plus physique de la création, un peu comme un Thérémine super sophistiqué.

J.D : Je n’irais pas jusqu’à dire que cela a révolutionné ma vision de la musique, car je suis encore très attaché à la version « classique » de la musique électronique qui se fait à base de claviers et de potards. Mais c’est clair que ça montre une nouvelle façon de faire qui se développe de plus en plus. Pour moi le domaine du « air-control » en est à ses débuts. On commence à peine à avoir des appareils fiables à l’image du Specktr, donc maintenant il s’agit d’apprivoiser le concept et de trouver de vraies façons de jouer avec, il y a encore énormément de choses à découvrir et à créer avec ce type d’appareil.

Tu te verrais jouer en live avec ce gant, où le dédies-tu uniquement à la production?

L.D.L : Les deux. J’ai souvent une approche très live de la composition en studio. Le gant me permet de danser tout en composant, c’est très fun.

J.D : Oui j’y pense pour le live, mais j’ai besoin d’avoir davantage de maîtrise pour oser m’en servir devant un public, donc pour l’instant je le garde pour le studio où personne ne me voit !

Selon toi, à quoi ressembleront les technologies/machines qui serviront à produire la musique de demain ?

L.D.L : Je pense qu´elles seront plus adaptées à chaque compositeur. Avec la démocratisation des microcontrôleurs comme l’Arduino ou Teensy ou les imprimantes 3D, on trouve de plus en plus de codeurs artisans qui peuvent développer des solutions alternatives et innovantes. Pareil pour les synthés, il n’est plus rare de voir des filtres Eurorack DIY (Do It Yourself) qui sortent a 10 ou 20 exemplaires seulement.

J.D : On va clairement vers ce type de technologie qui se veut de plus en plus compacte, wireless, facile d’utilisation et collaborative. Cela dit je vois toujours beaucoup d’entrain pour les machines old school et beaucoup de produits de ce type sont encore créés et vendus. Du coup je pense qu’on va vers un vrai mélange des genres, on peut par exemple synchroniser un beat fait sur un téléphone avec un bon gros système modulaire à l’ancienne branché dans le studio de son pote. Perso je trouve ça très cool comme concept.

Pour plus d’informations concernant le projet de Specktr, il est possible de se rendre sur leur site web. Pour observer le maniement du gant par Giorgia Angiuli, c’est dans la vidéo ci-dessous.

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