A Marseille, le collectif Southfrap Alliance mélange rap français et techno hardcore

Écrit par Alexis Tytelman
Photo de couverture : ©Marion Magda
Le 14.03.2019, à 13h41
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©Marion Magda
Écrit par Alexis Tytelman
Photo de couverture : ©Marion Magda
A l’aube de son premier anniversaire, le collectif SouthFrap Alliance emmené par Bogoss Lacoste et DJ 13NRV est en passe de rréussir un tour de force : la fusion du rap français et de la techno hardcore. A Marseille, le mélange séduit autant les teufeurs que les fans de rap.

Trax s’intéresse dans son numéro 228 à l’intérêt que suscite le rappeur JuL au sein de la scène électronique en France. A Marseille, d’autres collectifs entreprennent de mélanger rap grand public et musique underground, à l’image de Southfrap et Casual Gabberz.

Dans le sillage de Casual GabberzSouthfrap Alliance marquait le coup en mars 2019 avec la sortie d’une première compilation rassemblant les nouveaux acteurs d’un mouvement en pleine effervescence, le frapcore – ce savant mélange de hardcore et de samples de rap français. « Envahir tout le Sud de Bordeaux jusqu’à Nice », tel est le mot d’ordre de Bogoss Lacoste, fondateur du collectif qui s’apprête à fêter son premier anniversaire avec une nouvelle compile. Pour Trax, il a accepté de raconter la genèse et l’esprit du projet.

« On en avait marre qu’il ne se passe rien alors on a pris les rênes », explique cet habitué du Molotov, premier lieu à accueillir les artistes de la scène frapcore en construction dans les Bouches-du-Rhône. Constatant l’absence d’événements et de labels dédiés au frapcore, il tente de rassembler ses aficionados avec son ami DJ 13NRV, membre de Metaphore Collectif, et Nidhogg. « J’ai l’impression que la scène commence à bouger et que de plus en plus de gens se mettent à faire du frapcore dans toute la France », remarque t-il, déplorant que beaucoup de teufeurs marseillais considèrent encore le style comme « trop mainstream », lui préférant la psytrance ou l’acidcore. 

Pour lui, l’objectif de Southfrap est à la fois de populariser le genre et de rompre ces barrières entres les styles. Bogoss Lacoste est né à Hanovre, en Allemagne, où il grandit jusqu’à l’âge de sept ans. “Le gabber me rappelle mon enfance, constate-t-il. Je me souviens de sons hardcores qui passaient à la radio allemande quand mes parents prenaient la voiture”. Adolescent dans la Cité phocéenne, il baigne dans la culture rap du Sud de la France. “J’écoutais, Iam, la Fonky Family comme tous les jeunes de mon âge”, se rappelle-t-il. Alors que les souvenirs de hardcore s’estompent, le jeune musicien va être rappelé à ses origines par un certain Evil Grimace. “C’est le titre 3 litres qui m’a complètement rappelé à ce son gabber”. Dans ce morceau, le producteur mélange punchlines de rap hardcore et gabber. C’est Evil grimace, affilié au collectif Casual Gabberz, qui introduit le terme frapcore, mélange de trap et de techno hardcore. “Il y a quelque chose de convergeant entre ce que devient le rap et l’esthétique du hardcore”, constate le Marseillais, faisant référence à des artistes comme Ghostemane et à la scène trap punk américaine, influencée autant par Three Six Mafia et Memphis que par le hardcore. Il y a un an naissait donc le collectif Southfrap  avec une première compilation sobrement intitulée Dans Tes Morts, dont les morceaux font le lien entre rap français, footwork, drum’n’bass, reggaeton et musique arabe à grands coups de kicks distordus et de synthétiseurs dignes de la B.O de Need For Speed. En témoigne l’édit de “L’école du Micro d’Argent” de IAM, signé Seul ensemble, véritable hymne speed-jungle ponctué par des couplets de Shurik’n passés à la moulinette d’un effet flanger agressif. Par contraste, le morceau de NIDHOGG, ” AH OUI OUI OUI” reprend les parties vocales du morceau culte des marseillais de Guirri Mafia sur un rythme soutenu.

Depuis, bogoss Lacoste a eu l’occasion de collaborer avec des rappeurs comme le montpellierain Faya. L’esprit Southfrap, confie t-il, réside également dans le mélange des publics rap, hardcore et queer« On veut pas jouer dans des clubs où les pintes sont à 8 euros et où il n’y a que des blancs qui écoutent de la tech house ou du funk », s’exclame t-il en caricaturant à dessein. Revendiquant cet esprit underground, il cite en exemple ses liens avec Paillettes, un collectif « queercore », marseillais dont la marque de fabrique est le mélange des sonorités hardcore et d’une électro-pop abordant des thématiques queer.

Concernant le second volume de la compilation, à paraître le 13 mars prochain à l’occasion de l’anniversaire du collectif, « ce sera dans tes morts », conclue t-il en riant. En attendant, le premier volume est à écouter ici.

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