Comment faire de sa voix un instrument sur Ableton avec DeLaurentis

Écrit par Jean Paul Deniaud
Le 04.04.2019, à 12h11
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Écrit par Jean Paul Deniaud
Petites astuces créatives et conseils de pro pour libérer l’inspiration musicale avec Ableton Live. Ce mois-ci,la productrice DeLaurentis explique comment utiliser sa voix comme matière sonore pour ses morceaux, et déployer l’émotion.


Cet article est originellement paru dans le numéro #219 de Trax Magazine.

Je viens d’une famille d’artistes. Mon père, musicien de jazz, a été pianiste-arrangeur pour Claude Nougaro. J’ai donc commencé par écouter beaucoup de musique avant d’apprendre le chant et le solfège au conservatoire, puis de chanter dans des clubs de jazz. Je compose et improvise depuis toujours des mélodies, des suites harmoniques et des chansons, au piano ou au synthé. Comme je fais partie de cette génération de bedroom producers, je me suis bien sûr mise à la M.A.O. J’ai appris en autodidacte, avec Cubase et Logic. Mon objectif principal ? Retranscrire avec un logiciel l’émotion première et l’inspiration que l’on peut avoir avec le chant et/ou le piano. Mes références, plutôt des femmes productrices avant-gardistes, comme la pionnière de l’électronique Laurie Anderson, ou, plus proche de nous, Björk et Imogen Heap. Ces artistes ont réussi à mettre la technologie au service de leur voix, en capturant ses multiples aspérités de timbre, d’harmoniques, d’inflexions, de résonances, et en les modélisant, les transformant et en leur donnant des rôles qui n’existent pas dans le monde de l’acoustique.

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Lorsque la source est la voix humaine, cela amène quelque chose d’immédiatement familier et touchant, même si le son est traité ou passé dans une machine. Plus encore même, si la voix est retraitée. C’est en découvrant le logiciel Ableton Live et son contrôleur dédié, le Push, que j’ai pu approfondir ce travail et développer mon langage. Le déclencheur a d’abord été la volonté d’aller seule sur scène. Pour la petite histoire, mon partenaire d’alors m’avait planté pour une date : j’avais 4 mois pour apprendre à jouer mon répertoire seule. Je me suis enfermée jour et nuit, j’ai utilisé des tutos sur Internet et le site d’Ableton Live et petit à petit, je me suis rendue compte que sur chaque morceau, tout ce que je voulais était réalisable : mettre un effet sur ma voix, la boucler et jouer une ligne de basse en même temps… Au final, j’ai appris à me servir du logiciel et du Push et j’ai joué en live les 6 morceaux de mon premier concert solo. Depuis, je passe beaucoup de temps à travailler ma voix, pour chaque composition. Je capte des idées vocales à la volée, les rejoue, les traite avec différents effets (reverb, delay, time stretch, modulation, vocoder, harmonizer, filtre, pitch…) qui me donnent de nouvelles idées. En live, c’est la même chose, et le Push est le meilleur instrument pour l’improvisation. Je trouve un enchaînement de piano qui me plaît, le rentre dans un synthé avec une petite structure et j’improvise la voix par dessus. Je me suis créée une session par défaut avec des pistes et différents effets qui me permet d’enregistrer mes idées, les arrêter, changer le tempo, les pitcher tout en improvisant. C’est vraiment super intuitif. Par exemple, j’adore la fonction « Convert audio clip to midi ». Toutes les notes que je chante se dispersent sur chacun des 64 pads, me permettant de les rejouer en restant dans l’harmonie, avec de nouvelles possibilités.
 
Pour mon dernier EP « Classical Variations Vol.I », le Push m’a permis de revisiter des œuvres classiques inscrites dans notre inconscient collectif, tout en respectant la partition et en y insufflant une touche personnelle. J’y ai beaucoup utilisé la voix comme matière sonore, en sound design, avec un des nouveaux effets d’Ableton Live 10 que j’adore, « echo ». Grâce à lui, on découvre derrière une prise de voix naturelle une multitude de nouvelles couleurs et de formes insoupçonnées qui stimulent encore plus profondément notre inspiration. La voix peut alors devenir l’ingrédient unique pour créer un morceau entier. Et même si, à la fin, cela ne ressemble plus à une voix, il reste quelque chose d’unique que n’auront jamais des synthés ou une boîte à rythme. Il n’y a rien de plus personnel et unique qu’une voix. L’utiliser sous toutes ses formes par le biais de la musique électronique permet un son totalement singulier.

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