Comment Anaco, DJ et nouvelle programmatrice de La Machine, est en train de conquérir Paris

Écrit par Trax Magazine
Le 02.06.2022, à 14h06
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C’est à la Machine du Moulin Rouge où elle officie comme programmatrice, que Anais Condado, Anaco sur scène, nous reçoit. La DJ franco-espagnole, fraîchement passée par ses premières Nuits sonores, évoque avec entrain son background, ses débuts et projets d’artiste infatigable. On l’aura vite compris, Anaco est de celles qui en veulent.

Par Aimée Le Goff

Large sourire entre des cheveux détachés, la voici qui nous convie sur le toit de La Machine, « un secret bien gardé » où il fait bon profiter du printemps. C’est qu’il y en a, des choses à dire. Programmatrice passée par les cases communication et production, DJ aux influences infinies, résidente sur Rinse France depuis 2018, membre active du collectif Barbi(e)turix… Anaco multiplie les casquettes et les dates.

Comment s’est construit l’univers de cette DJ désormais à la tête d’un club incontournable ? Pour esquisser une piste de réponse, il nous faut remonter le temps. L’adolescence à Bilbao, en Espagne, est baignée dans la mákina qu’écoute son grand frère, contrebalancée par sept années de piano. Le goût pour la musique est prononcé, la vocation précise. « À 12 ans, je voulais devenir DJ, ça m’a toujours portée ».

Les choses s’accélèrent à Bordeaux : « Je m’appliquais à commenter les sets partout où j’allais, je lisais les reviews, je collectais les flyers des événements… C’était comme faire mes devoirs ». Puis Anais intègre le collectif Crème Fraîche avec qui elle organise, en parallèle à ses études de communication, les Virées électroniques, premier festival bordelais à mettre en avant la culture électronique. « C’était hyper stimulant. On a fait venir beaucoup d’artistes de la scène française mais aussi internationale. On a accueilli Mall Grab pour sa première tournée française. »

Je jouais pour les copains, dans les soirées… J’étais une des seules femmes à mixer

Anaco

Cette période d’ébullition est l’occasion de commencer à mixer sur vinyle. Le premier qu’elle achète à 18 ans, « DJ Steaw du label Rutilance Recordings, recroisé bien plus tard ! » ouvre la voie d’une collection pléthorique, d’abord garnie de house, son amour premier. « Je jouais pour les copains, dans les soirées… J’étais une des seules femmes à mixer ». À Londres, où elle découvre la culture bass et garage lors d’une année de césure, c’est un nouveau déclic. « Je vivais en colocation avec des DJ, on avait tous des platines, on passait notre temps à mixer. C’est là que j’ai commencé à me professionnaliser ».

Une fois installée à Paris, une rencontre déterminante avec Théo Muller, alors programmateur de la Chaufferie – salle du bas de la Machine – lui ouvre les portes de l’établissement, puis d’autres. S’ensuivront dates et résidences, notamment au Hasard Ludique, à la Concrète, au Trésor… et en novembre dernier, au Positive Education de Saint-Etienne.

À la question du style qui la définirait le mieux, Anaco refuse l’étroitesse des cases et résume plutôt : « C’est un savant mélange de choses qui transmettent la fête. J’ai été longtemps imprégnée par la club culture des années 90. On retrouve beaucoup de house dans mes sets, mais aujourd’hui je me tourne aussi vers la bass, les univers garage et techno ». Si son spectre musical est aussi large, c’est, dit-elle, grâce à l’expérience acquise dans de nombreux bars, mêlée à ses années de résidence chez la radio Rinse France. « C’est formateur : j’ai appris à observer un public, à capter le bon moment. Je n’hésite pas à balancer un morceau de reggaeton au milieu d’une soirée techno. Ce qui compte, c’est que les gens continuent d’apprécier ».

Dans le puit, insondable, de ses inspirations, quelques noms jaillissent tout de même : Chez Damier, Rosalía « depuis son tout premier album, très flamenco », et Jane Fitz, qu’elle érige au rang des meilleures DJ du monde. « C’est l’exemple même de l’artiste qui se concentre sur le Djing, un art à part entière. Je l’ai vue jouer sur vinyle pendant 6 heures. À chaque fois que je la vois, c’est une claque ». Pour Anaco non plus, la priorité n’est pas à la composition. On pourra en tout cas compter sur elle pour embraser les dancefloors estivaux, dont celui du Domaine national de Saint-Germain-en-Laye le 10 juillet, à l’occasion de Lost in a Moment.

Côté Machine, Anais aimerait bien y voir Arca, et entend défendre la musique indépendante, proposer des line-up aussi pointus qu’éclectiques. Prôner, toujours, une fête inclusive, safe et décomplexée. Sa prise de poste plutôt récente – décembre 2021 – est pour elle un symbole fort, l’affirmation d’une cohérence entre ses projets artistiques et sa carrière professionnelle. L’exemple, aussi, qu’en matière d’inclusivité les choses bougent dans le milieu. « Sans mon background de couteau suisse, je n’aurais pas eu cette confiance, soutient-elle. Aujourd’hui je suis fière de faire partie de ces femmes programmatrices de plus en plus nombreuses ».

On conclura sur un rêve. Trois, même. Des lieux de légende où espérer mixer un jour ? « Le club londonien Fabric, Le Panorama Bar du Berghain et le Razzmatazz, à Barcelone ». À l’écouter, nul doute que les rêves deviennent réalité.

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