Le collectif queer extrême ParkingStone met le feu aux poudres avec sa dernière compil

Écrit par Sarah Pince
Photo de couverture : ©Jan Durina
Le 12.11.2020, à 18h03
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©Jan Durina
Écrit par Sarah Pince
Photo de couverture : ©Jan Durina
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Le collectif à l’origine des soirées queer ParkingStone vient de dévoiler une compilation sans concession : une bombe de 17 tracks intitulée BLIST, quatrième volet de ses VA hybrides. Il aura carte blanche à la Gaîté Lyrique le 20 novembre prochain pour un show audiovisuel qui promet d’être explosif. À cette occasion, son·a co-fondateur·rice Simon.e Thiebaut révèle à Trax les dessous d’un des collectif-labels les plus audacieux de la capitale.

Depuis cinq ans, ParkingStone enflamme les dancefloors parisiens avec ses soirées queer extavageantes et pluridisciplinaires aux couleurs du monde, en prônant l’inclusivité, la diversité et la tolérance. Après le Trabendo, le Chinois, la Jarry, ou la Marbrerie, le crew s’installe cette fois-ci à la Gaîté Lyrique dans le cadre de la série d’événements en collaboration avec Underscope. Il invite à cette occasion Sentimental Rave et des lives de bod, Thoom, CECILIA, et DAEMON & FALSE PRPHT. Un spectacle audiovisuel qui promet d’être percutant, à retrouver en livestream le 20 novembre prochain.

Depuis décembre 2019, le collectif ambassadeur de la scène LGBTQI+ à Paris est aussi devenu label. Dans la lignée des soirées ParkingStone, la jeune maison de disques promeut une scène révoltée et radicale qui démolit les frontières entre les genres. Après une première compilation tryptique Dandélion comptabilisant au total 51 tracks, le crew dévoile un quatrième opus presque iconoclaste intitulé BLIST, invitant Nkisi, Gabber Eleganza, Gabber Modus Operandi, Eli Osheyack et autres artisan·e·s de cette nouvelle scène hybride intrigante. Ça donne un son sombre aux tonalités noise, ponctué de scream, de breaks et kicks à 160 bpm. En somme, une bande-son apocalyptique pour exorciser la rage de la “génération sacrifiée” et la scène électronique face au mur de la crise actuelle. Entretien avec le·la co-fondateur·rice du collectif, Simon.e Thiebaut alias Drame Nature, photographe, acteur·rice, promoteur·rice et figure incontournable de la nuit parisienne.

Drame Nature©Jan Durina

Comment est né le label de ParkingStone ?

L’évènement ParkingStone existe depuis désormais 5 ans. Avec le temps, nous aspirons tous·tes à faire évoluer nos projets et les diversifier intuitivement. Après 25 soirées organisées en Île-de-France, de Vincennes à Montreuil en passant par la Villette puis les quais de Bercy, l’association a marqué un temps d’arrêt. Il devenait impossible de subsister économiquement en proposant la même qualité de programmation artistique avec un prix d’entrée raisonnable tout en versant des sommes démesurées en termes de taxes et frais de coproduction.

Après six mois d’inactivité, ParkingStone a sorti fin 2019 sa compilation rétrospective Dandelion. Celle-ci avait pour but de réunir la majeure partie des artistes invité.e.s au cours des éditions passées. Divisée en 3 volumes, elle propose les productions inédites de 51 d’entre elleux. La compilation téléchargeable à prix libre sur Bandcamp a été plus que bien reçue.

De là, ParkingStone s’est tout naturellement labellisée et plein de nouvelles perspectives se sont offertes à moi. J’ai eu l’opportunité d’organiser pour Christine and the Queens (Because Music) la release party de son EP La Vita Nuova. Je travaille désormais en collaboration avec Brice Coudert (Underscope, Concrète) pour la visibilité et la distribution des compilations et Fany Corral (Loud and Proud, Kill the DJ) me soutient quant à la potentielle sortie physique de celles-ci. Je ne peux en être que reconnaissante.

Sentimental Rave©Melchior Tersen

Quelle est la ligne artistique de votre compilation ? Comment sélectionnez-vous les artistes qui y paraissent ?

Le label n’aura pas de ligne artistique différente que celle instaurée via les évènements depuis déjà quelques années. Il s’inscrit dans la lignée de ce qui a déjà été mis en place. Comment la définir ? En terme d’esthétique… Hybride ? Apocalyptique ? Post internet ?… Les diverses collaborations avec des artistes tel.le.s que Sam Rolfes, Helin Sahin, Norman Orro, Stephen Mayer, Tea Strazicic ou encore Kevin Bray parlent d’elles mêmes (pour ne citer qu’elleux).

À la manière d’un semestriel, chaque nouvelle compilation marquera une atmosphère musicale nuancée et composée de mes derniers coups de cœur ou de plus anciens que je n’ai pas encore eu l’opportunité de booker. Elles se composeront d’une scène majoritairement internationale, d’une sélection inclusive, aussi bien d’artistes indépendant.e.s issu.e.s des générations post label SoundCloud que d’autres beaucoup plus incontournables. 

J’ai aussi eu la chance d’en découvrir plusieurs par le biais de festivals ou plus spontanément dans des lieux alternatifs pré-pandémie, ce monde d’avant. Je pourrais citer par exemple comme références la Creepy Teepee (Kutna Hora), Nature Loves Courage (Sougia) et Les Urbaines (Lausanne). 

Comment décririez-vous le son de cette compilation ?

BLIST est particulièrement sombre. BLIST résonne comme “blisters” (cloques) et “blast” (explosion) ; très viscéral. Elle me paraît représentative de cette année 2020 désastreuse aussi bien sur le plan politique que sanitaire. Au niveau du style musical, elle se situe à la frontière des genres mais demeure profondément expérimentale. Il s’agirait pour moi d’un mélange de noise aux nuances corrosives, de sonorités néo punk, métal et doomcore. Il y a quelques aspects jungle dans certains morceaux ou indus dans d’autres aussi.

Pour Lorenzo Targhetta, ingénieur son qui a mixé et/ou mastérisé la plupart de la compilation, il s’agirait d’« une sélection de morceaux extrêmes en lutte contre toutes les formes de silence actuelles … Ils véhiculent une affirmation presque punk, voir metal et même noise, et même si aggressive pour certain.e.s, c’est à l’opposé d’une résignation décadente. » Vecteur Dissident, mon assistant la considère d’« hybride, tentaculaire et intense ».

Joe Pascale, artiste 3D de la cover, a très bien su personnifier la noirceur de cette compilation. Cette créature fictionnelle, comme habillée de chair, est à la croisée des imageries véhiculées par le cinéma d’horreur, de réalisateurs tels que Cronenberg ou encore Yuzna et l’esthétique générale de la musique hardcore (référence aux fameuses pochettes Thunderdome et leurs produits dérivés par exemple).

©Joe Pascale

Le label se décrit comme étant multidisciplinaire. Quelles disciplines sont mises à l’honneur sur cette compilation ? Comment ?

Je préfère même le terme transdisciplinaire. ParkingStone l’est, oui. Dans le sens collégial, anti-white cube. Il y a une sorte de travail curatorial pour chaque évènement où liveshows côtoient scénographies, performances et DJ sets. Les lieux qui accueillent ParkingStone ont été jusqu’alors des nightclubs/salles de concert avec des plages horaires spécifiques mais je verrais sans souci ce projet sous d’autres formats ou dans d’autres espaces safer dans le futur. Pourquoi pas dans des lieux plus institutionnels, sur plusieurs jours tel un festival ou encore avec un engagement plus radical.

Le but de cette association étant la promotion de la création contemporaine, musicale et plastique sous toutes ses formes, toutes minorités confondues. ParkingStone reste toujours ouverte aux propositions de collaboration. Par ailleurs, trois d’entre elles n’ont malheureusement pu aboutir en 2020 à cause du coronavirus dont un évènement à Rotterdam et deux projets avec de très bons collectifs qui partageaient la même vision.

J’avais commencé à organiser en début d’année deux autre projets complémentaires à ParkingStone dont un nommé CLUB VISAGE, un fundraising event où tout l’argent récolté avec les entrées revenait à une ou plusieurs personnes trans incapables de pouvoir financer les opérations chirurgicales liées à leur transition. La seconde étant OESTROGEN – avec un teaser au placard depuis bientôt un an – qui a la volonté de s’affranchir un peu plus encore du format club et d’être plus féministe en représentant uniquement la scène trans, queer fem, femmes racisées et/ou cisgenres. Bye patriarchy, white supremacy and male fragility.

CECILIA©Stefan Schwartzman

Quelle est l’histoire de vos soirées ? Comment sont-elles nées ?

Tout à commencé par une simple envie commune avec l’artiste queer Marcel Alcala de marquer son premier passage parisien avec un évènement mêlant performances, productions plastiques et musique underground. Nous étions déjà tous deux dans la sphère artistique et l’évènementiel. Notre première rencontre remonte à la School of the Art Institute de Chicago en 2011. ParkingStone a débuté dans le squat La Jarry, un immense parking rempli de stoners ! La soirée n’avait pas pour but de prendre une telle envergure. Mais le principe de communauté/chosen family était déjà bien présent. Théo Demans (collectif Touche-Touche) qui a réalisé au moins 5 scénographies pour ParkingStone m’accompagnait déjà, au même titre que Bonnie Banane qui y avait fait un concert pour l’occasion.

Tout était plus simple en terme d’organisation et gestion. Les évènements éphémères avec de nouveaux concepts florissaient. ParkingStone a juste su susciter un engouement du public plus prononcé que pour les autres. En parallèle, j’organisais aussi les Thunderbreak avec une esthétique Sci-Fi et des installations immersives avec Laetitia Bech. Il y avait également les I’ve Seen The Future qui existaient déjà, créées par Metta World Peace, Mosca Muerta et Yann Gonzalez ou les Gina XXX par Dora Diamant qui nous a quitté récemment beaucoup trop tôt. Toutes ces nuits avaient un réel but fédérateur. Et comme répondait Dora dans une interview pour Mixte Magazine à la question « ta nuit est-elle militante ? » : « Évidemment, dans le sens où les gens qui vont s’accrocher à la nuit ne sont peut-être pas capables de s’en sortir le jour. ».

À quel type de public s’adressent-elles ?

À l’image des artistes invité.e.s : niche, inclusif, non-binaire, racisé, LGBTQI+. Pas trop dédié à la panoplie du genre HSBC (Hommes-Straight-Blancs-Cisgenres) même si on reste « friendly » !

Comment imaginez-vous l’avenir de la fête en cette période d’arrêt du monde de la nuit ? Quel sens donner à la dance music dans un monde où l’on ne danse plus ?

Technopol a organisé une série de tables rondes en visioconférence à ce sujet : Danser demain. Maxime le Disez m’a contacté pour intervenir lors de la première session qui a eu lieu le 9 mai. D’autres ont vu le jour depuis. Je vous conseille d’aller voir les replays. Pour moi personnellement, il n’y a pas de réelles solutions ou de moyens de substitutions et ces évènements sont essentiels à notre communauté. Il s’agit pour nous d’un endroit de rencontres et de résistance politique plus que les autres. 

Les streaming ne servent qu’à nous faire patienter dans un monde pour le moment à l’arrêt. Mais fuck la réinsertion ! Par ailleurs, ParkingStone en collaboration avec Underscope va bientôt sortir le sien. STAY TUNED. 4 heures dans la salle de la Gaîté Lyrique avec un mapping vidéo à 360° répartie en 6 gigs différents. 

Thoom©Mohamad Abdouni

bod [包家巷] et Thoom qui font partie de la compilation BLIST avec leurs side projects respectifs piano princess et Khadije feront un live. Thoom d’origine libanaise, vient de sortir son debut LP Pork il y a trois mois. From Tucson, bod [包家巷] est un artiste visuel et expérimental non-binaire très prolifique qui a récemment composé Music for Self Esteem paru chez YEAR0001. Un autre live sera celui de CECILIA. D’origine canadienne, elle a annoncé son LP Adoration via Halcyon Veil et en 2020 Charity Whore en Limited DVD édition. Un prochain LP ne devrait pas tarder à sortir. False Prpht et Daemon se réuniront pour la première fois pour proposer un live en fusionnant leurs productions. False Prpht aka Warren est tout simplement l’un des membres du groupe de Richmond Prison Religion. Sa musique oscille entre blown-out trap et contemporary destructive club music. Prochain LP à paraître bientôt ! Quant à Daemon, d’Oakland, il a sorti il y a tout juste une semaine un 5 titres avec ENDGAME, artiste également présent dans la compilation BLIST. Son premier LP ÆOS est sorti chez Intelligent Models, le label de Chino Amobi. Sentimental Rave se chargera du closing. Inutile de vous la présenter ! En tant que Drame Nature, je me chargerai du warm up. Une partie des visuels seront les créations d’Eté Meurtier et pour beaucoup courtesy of the artists.

Toutes les informations concernant cette soirée à la Gaîté Lyrique sont à retrouver sur la page Facebook de l’événement.

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