À écouter : Le sensationnel collectif australien Haiku Hands sort un premier album décoiffant

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©DR
Le 10.09.2020, à 12h51
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Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©DR
Fondé entre Melbourne et Sydney, le collectif emmené par trois chanteuses a sillonné les scènes du monde avant de sortir son premier album intitulé Haiku Hands. Douze titres entre second degré, énergie et performances artistiques qui passent comme un TGV hurlant.

Par Brice Miclet

Sur le papier, les Haiku Hands sont trois : Beatrice Lewis, et les sœurs Mie et Claire Nakazawa. Oui mais voilà, les Haiku Hands ne sont pas un groupe, mais un collectif. Et elles tiennent à le rappeler. Sur scène, une quatrième énervée, Mataya Young, les rejoint, et une volée de producteurs les accompagnent en studio. Tout cet agrégat de personnalités fortes venues d’Australie propose aujourd’hui son premier album éponyme, une explosion de pop-rave électronique tendance hurlée et scandée, parfaitement taillée pour la scène.

Alors oui, ça fait toujours bien de dire que la musique ne se limite pas à ceux qui sont sur la pochette de l’album. Mais pour le coup : « Dans Haiku Hands, il y a des photographes, des stylistes », ajoute Claire Nakazawa. « Toutes les formes d’art sont traitées de manière égale chez nous. » Cette mentalité s’explique par le fait que la bande ne s’est pas formée par hasard, mais par la réunion de multiples artistes issus des scènes de Melbourne ou de Sydney en un aréopage homogène, qui carbure depuis désormais trois ans. Avec un objectif de départ, jouer dans les festivals, qui ont un rôle central dans la culture musicale australienne.

Pas le temps

Les choses sont allées vite avec un premier single, “Not About You”, en 2017. On y discerne déjà une forme de froideur effrénée qui secoue d’entrée, et qui ne serait pas sans rappeler l’époque fulgurante de The Ting Tings, les guitares omniprésentes en moins et l’évidente attirance pour les musiques électroniques (et tout ce que dix ans de sono mondiale peuvent infuser dans la tête des artistes) en plus. Pourtant, Haiku Hands avance masqué, à raison de deux singles par an, pas plus, et ce jusqu’à aujourd’hui. Il faut dire que le fait de vivre dans des villes différentes, d’être accaparés par de nombreuses activités artistiques annexes et par les demandes de concerts n’aide pas la productivité studio.

Pendant cette période qui voit le collectif devenir l’une des sensations scéniques de son pays, les tournées s’enchaînent, et ce malgré le peu de matériel sonore à disposition des auditeurs. Sur scène, on se rend vite compte que pointe chez ces artistes une influence hip-hop indéniable, très old-school. Pas boom-bap, non, mais plutôt héritée des années 1980, époque où les boîtes à rythmes et les synthétiseurs faisaient la loi dans le rap américain. Dans l’attitude, dans les voix, dans le style vestimentaire, c’est un peu de New York époque Def Jam qui transpire. Mais la comparaison s’arrête là.

Retourner les termes

Haiku Hands tourne beaucoup entre 2018 et 2019, sillonnant l’Europe de l’Ouest à vitesse grand V, ouvrant plusieurs fois pour leurs compatriotes de Tame Impala, puis retournant au pays pour assurer les premières parties de Bloc Party pendant leur tournée australienne. La réputation se fait par le spectacle, tout ce petit groupe l’a bien compris. « Notre but n’est pas d’avoir de bonnes chansons, en tout cas ça n’est pas le but ultime », argumente Claire Nakazawa. « Ce qui compte, c’est le rythme, c’est l’énergie et l’attitude. »

Oui mais voilà, quand on sort un premier album, il faut bien avoir de bonnes chansons à proposer. “Manbitch” est le single envoyé au front, totalement second degré, parfois volontairement ringard et clinique. « On prend ce terme ‘bitch’, qui est péjoratif pour nous qui le chantons, et on le tourne en ridicule », explique Claire Nakazawa. « On a voulu le transformer en quelque chose d’inclusif. C’est bien plus intéressant que de l’utiliser comme tout le monde le fait. Je pense que les hommes doivent avoir cette réflexion, se mettre concrètement à la place des femmes en retournant les termes. »

Victimes de la mode

Les douze titres contenus dans la tracklist peuvent également offrir des influences beaucoup plus house, comme sur “Fashion Model Art”. Un morceau qui, là aussi, moque l’aspect pédant d’une partie de l’industrie de la mode. « Pourtant, on est à fond dans cette forme d’expression, ça n’est pas le problème. Mais à force de se prendre trop au sérieux, les gens finissent par ne plus donner de sens à ce qu’ils font. Tu vois ce sentiment où tu débarques dans une soirée et où tout le monde est tellement dans son délire mode que ça en devient gênant ? C’est ça, c’est ce que raconte le titre. »

À de rares exceptions, Haiku Hands sait se faire plus mélodique, délaisse les couplets scandés pour le chant et la volupté. Comme sur “Car Crash”, composé et écrit par Claire, qui fait office de respiration dans un album qui fonce. « Nous sommes des gens expressifs », explique-t-elle. « Agressifs musicalement aussi, peut-être. Nous aimons l’inattendu. Nous voulons avoir la possibilité, la liberté de faire ce que nous voulons, de condenser tout ce qui nous anime en un album. C’est pour cela qu’il y a des choses très différentes : parce que nous sommes un amas de personnes différentes. » C’est aussi simple que ça.

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