Christophe Blanchet, le député du Calvados qui se bat pour rouvrir les clubs

Écrit par Trax Magazine
Le 01.07.2020, à 16h02
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Depuis quelques mois, il ne cesse de prendre la défense des discothèques au sein de l’Assemblée nationale et de plaider pour leur réouverture. Pourquoi ? Rencontre avec le député du Calvados Christophe Blanchet, dans ses bureaux situés à deux pas de l’hémicycle.

Par Simon Clair et Maxime Jacob

Avant d’être député, Christophe Blanchet est surtout un gaillard solide. C’est d’ailleurs en partie grâce à ce natif de Caen que le XV parlementaire – l’équipe de rugby formée par des membres de l’Assemblée nationale – a réussi à décrocher une médaille lors de la dernière coupe du monde de rugby parlementaire qui s’est tenue au Japon en 2019. Pour parvenir à cette victoire, il a fallu la jouer collectif et Christophe Blanchet, posté sur une ligne curieuse entre Louis Aliot et Alexis Corbière, n’a pas hésité à faire tourner le ballon ovale. Mais depuis la crise du coronavirus et le retour à la réalité du jeu politique, le députés du Calvados semble par contre un peu isolé. Car en ces temps post-confinement, cet ancien patron de discothèques s’est lancé dans un combat d’envergure en réclamant la réouverture des boîtes de nuit, face à un monde politique souvent plus intéressé par le rugby que par la nuit et les musiques électroniques.

Tout commence en mai dernier dans l’hémicycle. Ce jour-là, alors que la France est en plein questionnement concernant le déconfinement, Christophe Blanchet prend la parole pour défendre la cause des patrons de clubs. Mais à la simple prononciation du mot « discothèque », des ricanements s’élèvent aussitôt dans les rangs de l’Assemblée nationale, comme s’il n’était pas sérieux d’évoquer le sort des établissement de nuit au sein de l’hémicycle. « Ça faisait déjà plus d’un mois que je disais au gouvernement que lorsque l’on parle de réouvrir l’hôtellerie, la restauration, les bars et les cafés, il ne faut pas oublier aussi les discothèques. Mais ce jour-là, j’ai découvert que les boîtes de nuit n’apparaissaient à aucun moment dans le plan de déconfinement à venir. J’ai donc décidé de prendre la parole pour parler de ces établissements dont personne ne semblait vouloir prononcer le nom, » explique le député installé dans son bureau plutôt discret de l’Assemblée nationale.

Depuis cette prise de position, son téléphone n’arrête plus de sonner et tous les médias ne cessent de lui réclamer quelques mots sur la situation des clubs. Mais parfois, là-aussi, les discussions virent à la mauvaise plaisanterie. « Hier, j’ai fait un plateau TV en visioconférence et à un moment, les intervenants ont commencé à rigoler en disant qu’on transpire beaucoup dans les discothèques. Il y avait un côté méprisant dans cette remarque. J’ai dû hausser le ton pour rappeler que moi, je ne rigole pas avec ça. Ce qui se passe va avoir des conséquences désastreuses. En Bretagne, un patron de club a même commencé une grève de la faim. En tout, c’est 1600 directeurs d’établissements qui ont engagé de leurs finances personnelles et familiales et qui subissent un sentiment de mépris sur cette question. » Pour soutenir le secteur en crise des discothèques, Christophe Blanchet a donc tout de même réussi à fédérer plus de 60 députés autour d’une tribune écrite par Paris-Nuit qui appelle à ne pas oublier les commerçants du monde de la nuit.

Christophe Blanchet, dans son bureau à l’Assemblée nationale. Photo : Simon Clair.

« Je ne suis pas né en discothèque, mais presque »

Pour Christophe Blanchet, cet attachement au monde des discothèques n’a rien d’un hasard ou d’un simple hobby. À 47 ans, ce dernier a toujours baigné dans l’atmosphère des établissements de nuit. « Mon père a ouvert la toute première discothèque de Normandie en 1964. C’était dans une ancienne ferme à Amfreville et ça s’appelait Du Côté d’Ailleurs. Je ne suis évidemment pas né en discothèque, mais presque, » sourit le Normand. Par la suite, à tout juste 16 ans, le jeune Christophe commence à travailler dans les nouveaux clubs et casinos ouverts par son père, d’abord en bas de l’échelle en nettoyant les toilettes ou en assurant le vestiaire, puis à des postes impliquant davantage de responsabilités au sein des établissements en question. À tel point qu’à seulement 20 ans, il ouvre à Caen sa première boîte de nuit – baptisée le Joy’s – avant de suivre en parallèle des études en écoles de commerce qui l’aideront à pérenniser ses affaires et à ouvrir d’autres établissements dans la ville. 

Avec le temps, Christophe Blanchet devient aussi représentant syndical des acteurs de la nuit sur toute la région Normandie. C’est là qu’il s’initie davantage à la politique et constate que le monde de la nuit est trop souvent dénigré par les autorités. Pour lui redonner une forme de crédibilité, il monte alors des opérations avec la sécurité routière et les 43 discothèques du Calvados : « On a fait installer dans les boîtes de nuit des énormes affiches montrant des accidents de la route et des voitures encastrées dans des pylônes, avec des plaques d’immatriculation se terminant toujours par 14. On proposait aussi des éthylotest et l’entrée était gratuite pour celui ou celle qui ne buvait pas. C’était le principe du Sam qui a ensuite était repris partout. » En 2014, soucieux de ne pas devenir un patron de club un peu ringard et déconnecté de la jeunesse, Christophe Blanchet se tourne définitivement vers la politique. Il met ses affaires en location-gérance et s’engage sans étiquette trois mois avant que Macron lance LREM que le Caennais rejoint dans la foulée. En 2019, comme il sait qu’on peut lui reprocher de potentiels conflits d’intérêts sur la question des discothèques (son frère travaillant toujours dans le domaine), il choisit de s’inscrire sur le registre public des déports de l’Assemblée nationale, s’excluant ainsi de certains votes sans s’empêcher pour autant de participer aux débats qui agitent l’hémicycle. 

J’ai décidé de prendre la parole pour parler de ces établissements dont personne ne semblait vouloir prononcer le nom

Christophe Blanchet, député du Calvados

Soirées sauvages

Depuis quelques mois, malgré le fait que certains des membres de LREM ne soient que peu réceptifs à l’idée d’une réouverture des clubs, Christophe Blanchet mène donc un combat acharné. Car pour lui, laisser les portes des discothèques fermées revient à laisser la nuit se developper de manière anarchique : « Les jeunes veulent s’amuser et ils vont continuer à faire la fête même si les discothèques sont fermées. On l’a vu avec la fête de la musique par exemple. Mais tout ça risque de se faire sans contrôle sanitaire. Aujourd’hui, dans tout le territoire, il y a de grands rassemblements qui sont organisés dans des maisons, des salles privées ou des châteaux loués pour l’occasion. Les entrées y sont à 20 ou 30 euros avec alcool à volonté. Il est difficile d’y contrôler les mineurs et la surconsommation d’alcool. Ça va à l’encontre de tout ce que le monde de la nuit a toujours cherché à contrôler par mesure de sécurité publique. Plutôt que de laisser faire, essayons d’encadrer ces jeunes. » Pour éviter les soirées sauvages comme celle que l’on a pu voir aux Invalides, en plus de la réouverture des établissements de nuit, Christophe Blanchet aimerait voir l’instauration de certaines règles comme le contrôle de la température et l’obligation d’avoir téléchargé l’application Stop Covid pour pouvoir entrer en club.

Pour le moment, le ministre de la santé Olivier Véran ne cesse de répéter qu’une réouverture des discothèques n’est absolument pas envisageable, sous peine de connaître une situation semblable à celle de la Corée du Sud qui a vu apparaitre de nouveaux clusters sur les dancefloors de ses clubs fraichement rouverts. « Il ne faut pas systématiquement comparer avec ce qui se passe ailleurs, surtout quand il s’agit de cultures aussi éloignées de la nôtre, s’agace Christophe Blanchet en se redressant sur son fauteuil. Si on veut comparer, regardons ce qui se passe en Angleterre où on rouvre les pubs. Milan, pourtant foyer du virus, rouvrent aussi ses discothèques. Et qu’on ne me dise pas qu’Ibiza ne rouvre pas. Là-bas, 90% de la clientèle la plus fortunée vient d’en dehors de l’Europe et ne pourra pas voyager. C’est donc avant tout une question économique. » 

Fièrement affichée dans son bureau, la médaille décrochée l’année dernière par Christophe Blanchet et son équipe du XV parlementaire est gravée du nombre 3776. C’est en mètres la hauteur du mont Fuji, la plus célèbre des montagnes de l’archipel du Japon où se tenait la compétition. Un sommet colossal qui ne semble pourtant pas si impressionnant dans ce contexte de crise post-covid. Car cet été, le combat dans lequel s’est engagé le député du Calvados pour parvenir à la réouveture des discothèques semble être une montagne finalement bien plus difficile à gravir.

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