Chinese Man : « On mettait nous-même nos morceaux sur Emule »

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Damien Chamcirkan
Le 31.01.2020, à 15h31
04 MIN LI-
RE
©Damien Chamcirkan
Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Damien Chamcirkan
0 Partages
Chinese Man est un groupe, certes, mais c’est avant tout un label. Pour fêter les quinze ans de la structure, leur nouvel album The Groove Sessions vol. 5, prévu pour le 21 février, réunit certes les trois beatmakers phares, mais aussi Baja Frequencia et Scratch Bandits Crew. On a remonté le temps avec High Ku.

Par Brice Miclet

À l’occasion de ses 15 ans, le label Chinese Man a réuni les trois membres du groupe du même nom, Baja Frequencia et Scratch Bandits pour produire un nouvel album de 15 titres : The Groove Sessions vol.5. Une tournée de concerts suivra cette release, et fera entre autres passer les 6 producteurs par Paris, Marseille, Toulouse, Lyon et Nantes. Retrospective sur 15 ans de beatmaking indépendant avec l’un des membres du trio, High Ku.

Chinese Man Records et le groupe Chinese Man ont été créés à la même période, c’était un projet global, quelque chose de pluridisciplinaire que vous vouliez mettre en place à l’époque ?

En fait, le label a été créé quelques temps avant. On commençait à faire de la musique tous les trois, avec pas mal de monde autour. L’idée, c’était de monter une structure ouverte qui nous permettait surtout de faire du vinyle. Il n’y avait pas d’ambition de groupe, on se basait sur des modèles comme Ninja Tune, des labels dont les noms étaient plus connus que leurs artistes. Sur le premier maxi qu’on a fait avec Sly et Zé Mateo, on peut voir sur le macaron que Chinese Man n’apparaît pas en tant que groupe, mais en tant que label, avec nos trois noms de beatmakers. On a gardé ce modèle, mais quand on a commencé à faire du live, il fallait prendre un nom de groupe qui englobe les personnes qui nous aidaient en faisant de la vidéo etc. Prendre le blase du label, c’était devenu logique.

Ninja Tune a inspiré beaucoup de monde via leur modèle en effet…

Oui, Zé Mateo et moi étions DJ à une époque où il y avait certes beaucoup de hip-hop commercial, mais aussi toute une vague instrumentale, très dansante. On mixait ça en soirée. Ninja Tune, Quannum… C’était notre came, notre quotidien, un truc destiné aux DJs.

Vous êtes toujours basés à Marseille, mais vous êtes d’Aix-en-Provence à la base c’est bien ça ?

Oui, mais comme Aix ne correspondait pas tellement au délire musical que l’on faisait, on s’est vite déportés sur Marseille pour monter le label. Cette ville a pris de plus en plus d’importance dans notre démarche. Si on était sur Paris, on ne vivrait pas aussi bien, et les gens qui travaillent avec nous non plus. On a peut-être moins d’exigence, un esprit moins speed, on a un confort de vie, on habite tous dans le même quartier…

Quand Chinese Man en tant que groupe a commencé à avoir du succès, rester indépendant est devenu un principe ?

Au départ, c’était par la force des choses. Mais les gens qui distribuaient nos vinyles trouvaient qu’il se passait quelque chose et nous ont conseillé de faire un CD. Pendant six mois, on a refusé, on était trop attaché au vinyle. Et puis, on a décidé de compiler les trois maxis du label dans un CD. À partir de là, des tourneur, des maisons de disques nous ont approchés, oui. Mais puisqu’on avait eu le temps d’évoluer et de gagner de l’argent en plaçant notre titre “I’ve Got That Tune” dans une pub Mercedes-Benz en 2007, on ne s’est jamais dits qu’on allait signer ailleurs. On allait aux rendez-vous pour entendre ce qu’on avait à nous dire, par correction, mais l’intérêt n’était pas là. On était déjà trop indépendants. On n’allait pas refiler tout notre concept à une major, comme le font pleins d’autres artistes. On aura peut-être jamais le succès d’un artiste en major, mais on a la longévité presque assurée, des gens qui vivent bien autour de nous avec des principes équitables, dans le respect et avec des possibilités d’évolution.

La crise du disque a pu vous refroidir aussi ?

Ce qui a plus joué que la crise, c’est l’apparition d’Internet. À une certaine époque, on aurait peut-être pas eu le choix. Mais la promo, on pouvait la faire seuls désormais. Et puis, le discours des majors était bizarre, ils étaient dans une sorte de protectionnisme du CD. Nous, on avait bien compris que les choses changeaient. Il faut se rappeler de ces messages complètement affolés des maisons de disques et de très gros artistes disant qu’il fallait respecter les musiciens, les faire bouffer en continuant d’acheter leurs disques… Les majors se plaçaient en artistes alors qu’ils sont les premiers à les avoir exploités. L’erreur, et on l’avait déjà vue dans le passé, c’était de refuser une transformation qui avait lieu quoi qu’il arrive. Nous, on mettait carrément les morceaux sur Emule, en téléchargement libre, on se disait que le public était intelligent, et que s’il adhérait au projet, il achèterait l’album. C’est ce qu’il s’est passé.

Cette fameuse pub Mercedes-Benz, ça n’était pas justement en contradiction avec votre esprit de l’époque ?

Ca s’est fait par hasard, le morceau n’était dispo qu’en vinyle. Un de nos potes bossait en agence de pub. Dans ce genre de structures, ils ont des base de données de musique avec lesquelles les créatifs peuvent tester pleins de choses. Il nous a mis dedans, et les gens de Mercedes ont flashé dessus, tout simplement. Mais on préférait être franc, dire : « Ouais, on a fait une pub, on a pris de l’argent qui a ensuite servi à fonder un projet indépendant ». On l’a assumé, ça avait une logique.

Ce modèle indépendant, ça veut dire qu’il n’y a pas droit à l’échec ?

Ca dépend des artistes, mais ce qui est sûr, c’est que le label est encore dépendant du groupe. Si un jour un des albums de Chinese Man se plante, ça pourrait être un problème. Mais contrairement à d’autres, on est beaucoup moins tributaires du succès. Ca ne nous empêche pas de tourner, on est installés à ce niveau.

L’album The Groove Sessions vol.5, dont la sortie est prévue pour le 21 février, est déjà disponible en pré-commande sur le site du label. Toutes les dates de la tournée sont à retrouver ici.

0 Partages

Newsletter

Les actus à ne pas manquer toutes les semaines dans votre boîte mail

article suivant