C’est quoi ton blaze ? Robert Logan + album en exclu

Écrit par Sylvain Di Cristo
Le 23.09.2015, à 12h09
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Écrit par Sylvain Di Cristo
Ce n’est pas tous les quatre matins qu’on voit poindre un talent pareil. Pourtant, Robert Logan n’en est pas à son coup d’essai.

Texte par Sophia Salhi

À 27 ans, il s’apprête à sortir Flesh, son troisième album, objet musical si radical et audacieux qu’il semble ne pas appartenir à son temps. Versatile, distordu et pourtant mélodique, l’Anglais impose avec nonchalance son univers dark, nourri d’Aphex Twin et Autechre, d’Amon Tobin et Massive Attack.

En 2007, son premier album Cognessence lui vaut d’être taxé de prodige par la BBC, toujours prompte aux louanges. Avec Flesh, Robert Logan ne s’est pas défait de son obsession pour la technologie et de sa tendance à transcender les genres, armé d’une technique au cordeau. Il est aussi compositeur de musiques de film (dont Un Taxi pour l’enfer, nominé aux Oscars) et a collaboré sur son EP Extasis avec Brigitte Fontaine, Grace Jones, Steve Roach et Skye Edwards de Morcheeba.

Flesh (Slowfoot Records), sortie le 25 septembre, en écoute exclusive sur Trax

C’est quoi ton blaze ? Robert Logan

C’est quoi ton blaze ?

Il s’agit de mon nom, j’imagine. J’ai appris que les normands avaient introduit le prénom « Robert » en Grande-Bretagne. Il signifie “brillante renommée”, mais je ne suis pas si célèbre, ici sur Terre. Le nom “Logan” est une désignation territoriale, probablement en référence aux terres de Logan dans l’actuel Ayrshire, en Ecosse. Mon boss de label m’appelle Robot Logon. 

It is my name, I think. I read that the Normans introduced the name ‘Robert’ to Britain. It means ‘bright fame’, but I am not so famous down here on Earth. The surname ‘Logan’ is a territorial name, probably derived from the lands of Logan in present Ayrshire, Scotland. My label boss calls me Robot Logon. 

T’es qui en vrai ?

Je suis un cyborg. J’aime les sons, les insectes et les éoliennes. La technologie et l’édition de fréquences sonores m’enchantent vivement, et j’aime consacrer mes journées à la musique. Il y a de quoi attiser la curiosité, en explorer les sonorités en profondeur.

I am a cyborg. I like sounds, insects, and wind turbines. Technology and editing frequencies greatly thrills me, and what I like to do all day is make music. There is much to be curious about and to dive in deep exploring in sound and music. 



Tu viens d’où ?

Je suis né et j’ai grandi à Londres, mais je me sens surtout lié à la Hongrie, dont est originaire ma mère, parce qu’elle comporte davantage d’entrepôts désaffectés. Tu peux errer où bon te semble et les paysages constituent une importante source d’inspiration. J’apprécie la façon dont certaines structures abandonnées surplombent les plaines, inondées par la lumière rouge et sanglante du crépuscule, et le crissement des sauterelles en arrière-plan. 

I was born in and grew up in London, but I feel the greatest affinity with Hungary where my mother is from, because there is more disused industry there. You can roam where ever you want and the landscapes offer some potent inspiration. I like how some abandoned structures loom over the plains in the blood red light of twilight, with grasshoppers sizzling in the background. 



C’est quoi ton crew ?

Ce sont les machines. Tout ce qui les concerne me ravit, des subtilités de leurs sonorités, du parfum qu’elles dégagent à la sensation qu’elles procurent au toucher. Même les plus cheap, celles en plastique qui produisent des sons épouvantables. Les sonorités atroces et le matériel en mauvais état peuvent être exploités si tu disposes d’une bonne ouïe. 

My crew is the machines. Everything about them, from the subtleties of their sound, to how they smell, to how they feel, makes me happy. Even the cheap ones that sound plastic and dreadful. Dreadful sounding and broken gear can be exploited if you have ears to listen.



C’est quoi ton son ?

C’est plus simple de l’écouter, parce que le fait de modeler des sons et de composer me paraît attaché à un langage tout à fait différent. Je m’évertue à y insuffler de la joie, et je ne pense pas consciemment au genre musical auquel il est associé. Je travaille dur pour concevoir quelque chose qui me satisfait et qui m’excite, et il me semble qu’il y a toujours de nouveaux sons à découvrir.

Il m’arrive parfois de visualiser le son, et je pense que cette musique peut enflammer l’imagination de tout un chacun, s’ils y sont ouverts. Peut-être pourrais-je dire que je désire combiner et structurer les sons d’une certaine façon, de manière à aboutir à quelque chose que je n’ai jamais entendu auparavant et qui récompenserait toute écoute répétée. Cela me paraîtrait idéal si la musique transportait l’esprit des auditeurs, ou les incitait à danser.

It is best to simply listen to it, because modeling sounds and creating music seems to me to be speaking a different language to words. I find creating a great joy and don’t think consciously about what type of music it is that is coming out. I just work hard to construct something that satisfies and excites me, and it seems there are always a new sonic discoveries around the corner.

I do sometimes see sound visually, and I think this music could set people’s imaginations on fire if they are open to it. Perhaps I could say I want to combine and structure sounds in a way I haven’t heard before and in a way that will greatly reward repeated listenings. It would be good if the music melted people’s brains and took them to another realm. Or if it made their bodies dance.

Robert Logan

C’est quoi ta dernière sortie ?

Parfois, je finis par produire une musique assez sèche, assez minimaliste, dont la vie prend forme à travers des changements infimes, mais Flesh me semble comporter une surcharge sensorielle. Cela ne marche pas comme ça pour d’autres personnes, mais en ce qui me concerne, une densité intense et des détails bien mesurés sont à même d’égaler l’extase. Ce qui me plait, c’est lorsque la musique comporte quelque chose de funeste, qu’elle évoque la fin du monde, en s’apparentant au jugement dernier.

Le sujet de ma dernière sortie pourrait correspondre à l’exaltation créative, à l’aspect récréatif des idées naissantes. Bien entendu, cet aspect appliqué à la violence naturelle, la beauté de ce tout ce qui nous entoure, lorsqu’elle est mécanique et engendrée par l’homme, mais aussi la structure charnelle d’un champignon ou d’une tarentule, de même que les expérimentations qui nous amènent en dehors des limites de la chair… tout cela contribue à la création musicale, d’une façon définie, mais qui demeure néanmoins mystérieuse. A mon avis, Flesh est assez accessible. Il pourrait fonctionner dans des raves.

Sometimes I end up creating music that is very dry and minimal and where the life comes from microscopic shifts, but ‘Flesh’ seems to be about sensory overload. It really doesn’t work like this for some people, but for me the right kind of intense density and detail can equal ecstasy. I like it when music sounds like the world is coming to an end, like Judgement Day.

My last release is maybe about the joy of creation, the playground of ideas. Of course, the playground of violence in nature and the beauty of all that surrounds us, whether it is mechanical and man made or the fleshy body of a fungus or tarantula, as well as experiences that take us outside the confines of the flesh….Those things do feed into the music in some definite but mysterious way. ‘Flesh’ is quite accessible to me too. It might work at raves.



Tu fais quoi en live ?

D’ordinaire, je suis accompagné d’un batteur, Frank « Admiral » Byng, et d’un formidable musicien, Ben Cowen, sur un synthétiseur Moog. Il s’occupe de lancer certains de mes samples et compose les mélodies via un softsynth sur son laptop.

I usually play with a drummer called Frank ‘Admiral’ Byng, and also a wonderful musician called Ben Cowen who plays the Moog and is triggering some of my samples and playing melodies from softsynths off his laptop. 

Le truc le plus WTF qui te soit arrivé ?

Il n’y en a pas tant que ça. De temps à autre, une personne (très) en colère vient me voir pendant que je me produis et me demande de jouer quelque chose de plus joyeux. Je ne pense pas jouer quelque chose de sombre alors je leur réponds généralement qu’il ne s’agit pas d’un DJ set et que je ne dispose de rien d’autre.

Je pense que le sentiment le plus terrifiant m’est venu lors de mon passage au Royal Festival Hall, en première partie de Grace Jones. Du fait du sound check, ou plutôt du fait qu’il n’y en ait pas eu. C’était un privilège pour nous, bien entendu, de contribuer à sa soirée, mais au moment même de commencer, j’ignorais si nous pourrions produire ne serait-ce qu’un seul son. Le son est un élément primordial dans la musique, donc cela me semblait vraiment problématique.   

I don’t have so many of those. Sometimes a very angry person has come right up to me while I am playing to tell me to play something happier. I didn’t think I was playing anything dark and I usually politely tell them I am not Djing and my music is all I can play.

Perhaps the most horrific feeling was the sound check, or rather the complete absence of one, when supporting Grace Jones at the Royal Festival Hall. It was of course a privilege for us to play on her night, but right to the point to before we began I didn’t even know if we would make a sound. Sound is very important in music, so this felt like a big problem. 

Robert Logan

Y’a quoi dans ton iPod ?

Ces derniers temps, j’apprécie la musique électronique africaine, quelque chose qu’un ami m’a filé. C’est incroyable, cela m’incite à appréhender la rythmique et l’assemblage d’une manière différente. Sinon, de la musique bulgare, arménienne et du folk hongrois… Egalement des chants diphoniques mongols. Récemment, j’ai renoué avec la musique de Susumu Yokota, surtout l’album The Boy and the Tree. 

Recently I have been enjoying some African electronic music that a friend lent me. It is amazing and inspires me to think of rhythm and structuring in a different way. Also some Bulgarian, Armenian and Hungarian folk music… some Mongolian throat singing. And I got back into Susumu Yokota again recently, especially his album ‘The Boy and the Tree’. Its soundworlds and pacing are magical.

C’est quoi la suite ?

Je m’applique actuellement à la production d’une bande originale orchestrale pour un documentaire, avec Ivor Guest, et j’ai d’autres projets avec d’autres artistes. Nous verrons s’ils ont apprécié ce que nous avons accompli jusqu’ici. En dehors de ça, je veux simplement continuer à composer ma propre musique. Cela prend du temps d’appliquer des idées, et je sais pertinemment qu’au travers des sorties précédentes, je n’ai fait qu’en effleurer la surface. Je pense que la prochaine sera très différente de ce qui l’a précédée. Mais c’est assez encourageant lorsque les autres soutiennent ce qui est achevé, cela te permet de continuer à explorer de nouveaux domaines sonores.

I am currently doing an orchestral score with Ivor Guest for a documentary and doing things for other artists. We’ll see if they like what we’ve done so far. Apart from that, I just want to keep making my own music. It takes a long time to realise some of the musical ideas I want to realise, and I know with the releases I have already put out I have only scratched the surface. I think that what I put out next will be very different to what has come before. But it is very helpful when people support what you have already done so that you can keep exploring new sonic terrain.

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