C’est confirmé : le nouveau festival incontournable de Madrid s’appelle Paraíso

Écrit par Alexis Tytelman
Photo de couverture : ©D.R
Le 26.06.2019, à 12h05
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Écrit par Alexis Tytelman
Photo de couverture : ©D.R
Cette année, le Paraíso Festival de Madrid a confirmé son statut de référence espagnole des musiques électroniques (et affiliées). Pour sa seconde édition,  qui s’est tenu du 14 au 15 juin 2019, il pouvait en effet compter sur un line up de titan réparti sur les 4 scènes installées, comme l’année dernière, au beau milieu du campus de l’université UCM. Parmi les nombreuses performances ayant marqué l’évènement, plusieurs ont retenu notre attention.


Cette année, le Paraíso Festival a transformé l’essai. 4 scènes (Paraíso, Club, Manifesto et Nido), un panel d’artistes à tomber par terre, le tout en plein centre-ville de Madrid du 14 au 15 juin 2019. 
Pour sa seconde édition, l’évènement s’est à nouveau tenu sur le campus verdoyant de l’université UCM, dont le fameux terrain de rugby s’est changé, l’espace d’un weekend, en chemin de traverse géant pour fêtards enjoués. Retour sur quelques performances ayant marqué un évènement qui, désormais, apparait comme le phare électronique d’une ville longtemps reléguée dans l’ombre de la métropole barcelonaise.

Nicolas Cruz

Sur la scène Manifesto le vendredi soir, Nicola Cruz livre une performance d’une grande précision, sublimée par un magnifique VJing composé de formes mouvantes rappelant l’univers visuel pré-hispanique. Vraisemblablement, les espagnols ont l’air de bien connaître la star du downtempo argentin, et se ruent littéralement devant la scène pour apercevoir l’idole. Non pas simplement des curieux, mais de véritables fans sont présents ce soir-là. Musicalement, on sent que Nicola Cruz s’éloigne de plus en plus de la folktronica pour tendre vers une sorte de slow-techno psychédélique et synthétique avec, par moments, des touches latino-américaines et organiques. Un inversement de la balance dont témoigne notamment un morceau sans titre, flanqué d’un simple émoji flocon du temps de son éphémère présence sur Soundcloud. Un hymne acid house sous kétamine qui restera l’un des moments forts du festival.


Cerrone 

Sans surprise, Cerrone a fait du Cerrone. Lui aussi programmé vendredi soir, à la tombée de la nuit, le vieux briscard a déclenché une avalanche de hits dopés aux sub bass, dont les inévitables 17 minutes de “Love in C Minor”, pour tenir la distance avec les live techno du festival. Bien ancré sur scène, ayant troqué sa mythique moustache et son mulet contre un style plus sobre – lunettes de soleil et cheveux blancs coupés ras – le batteur le plus célèbre de l’histoire du disco s’éclate à mixer ses propres tubes. Le visuel, très léché, est composé d’une succession d’images divisées en petits carrés évoquant clairement l’univers des films Blaxxploitation. Dans le public, beaucoup de trentenaires et de familles visiblement enchantées par la prestation du maître. Cerise sur le gâteau, les fleurs ornant les colonnes d’enceintes ajoutent une légère touche de poésie à un festival qui, finalement, délaisse les luxuriants décors pour mieux laisser la musique parler.

Ross From Friends

Première révélation du festival. Vendredi, au milieu de la nuit, le plafond du chapiteau s’illumine et, par le biais d’une boule disco, crée momentanément un sublime plafond étoilé. L’artiste signé sur le label de Flying Lotus maîtrise son live à la perfection sans sombrer dans le prévisible. Une prestation si dynamique que l’excellent set qui le précède (Moscoman) paraît bien linéaire. Breaks, drops, nappes, excellente spatialisation du son, petite touche lofi et soli de guitare. Tout y est. Un VJing psychédélique, projeté sur un immense écran d’environ 10 mètres de long permet de renforcer l’effet immersif du live, à des années lumières des simples projections sur toile qui, sans doute plus écologiques, demeurent incapables de fournir un rendu aussi net. 10/10.

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Channel Tres

Seconde révélation du festival, le samedi soir. Le rappeur et ses deux backers proposent un savant mélange de g-funk et de house, où les basslines profondes se mêlent aux synthés criards si caractéristiques du style. Et au groupe de danser sur scène avec frénésie, en parfaite synchronisation. De quoi faire entrer une foule à peine arrivée sur les lieux (il est environ 20h), dans un état de transe funky. À noter que l’équipe du Paraíso a pensé à satisfaire aussi bien danseurs hyperactifs que fêtards plus oisifs. Des énormes fatboys installés à 40 mètres de la scène permettent en effet de profiter des concerts dans un confort optimal : affalé sur une grosse masse molle s’adaptant à notre morphologie, une bière à la main et de quoi se repaître dans l’autre. On se croirait dans un clip de Snoop Dogg, ambiance barbecue.

Mentions honorables

Le show endiablé d’IAMDDB, dont le public connaissait les paroles par coeur ; le closing mémorable de Laurent Garnier sur le main stage et l’interactivité géniale de la prestation de KiNK ; le charisme et la sélection de Carista et Peggy Gou ; et la douceur bienvenue du concert de Charlotte Gainsbourg au coeur de la tornade ont également touché leur cible. Mention spéciale également à la mini-scène dédiée aux artistes locaux, qui n’a pas désemplie de tout le festival. À raison.

On ressort du Paraíso relativement comblé sur le plan musical. Les deux soirs ont été riche en émotions et les DJ sets suffisamment variés pour satisfaire les différentes sensibilités d’un public madrilène avide de nouvelles sensations. Les lives, quant à eux, ont pour la plupart tenu leurs promesses. Seul bémol, la répartition des artistes entre les scènes. Là où Bob Moses, Superorganism ou Polo & Pan, qui jouissent d’une audience conséquente, mais très ancrée localement (Canada, France, Angleterre) se retrouvent catapultés sur le main stage, des références mondiales comme Nicola Cruz se trouvent “reléguées” sur les plus petites scènes. À bien y réfléchir, la scène Paraíso n’inclue d’ailleurs aucun artiste espagnol, avec une programmation principalement anglo-américaine et française. Troublant. Mais après tout, le festival reste bien ficelé, et la musique excellente. C’est là le principal.

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