Caen : comment le Nordik Impakt reste l’un des rendez-vous techno immanquables après 20 ans

Écrit par Manon Beurlion
Le 16.11.2018, à 15h46
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©Grégory Forestier
Écrit par Manon Beurlion
Le festival caennais Nördik Impact fêtait ses 20 ans. Retour sur une édition anniversaire mouvementée, aux côtés de Trax.


Il n’est décidément pas chose aisée de se rendre dans le Nord. Après plus de trois heures de trajet assis par terre, la petite ville de Caen nous ouvre ses bras. Temps grisâtre, mais gens chaleureux, c’est ça le cliché, non ? Face au Parc des Expositions, une ribambelle de jeunes s’affairent près des quais. Ambiance Weather Winter : ébriété, cris, excitation et port de baskets obligatoire. Le lieu comporte trois hangars, chacun investi d’une scène, et il suffit de passer de l’une à l’autre par de grandes portes battantes. Lorsque nous franchissons la grande salle, baptisée le « Hall Of Fame », les DJ’s de San Francisco Adriatique, terminent leur set. La scénographie 360° donnent un jeu de lumière blanche à faire pâlir les plus téméraires. Ils sont suivis de près par la Belge Charlotte de Witte
, qui offre le meilleur set de la soirée. Sous les cubes lumineux, elle enchaîne entre percussions brutes et nappes synthétiques. Une techno qui ne laisse personne de marbre : le public se ravit. Au bar, peu d’attente : les bénévoles s’évertuent à faire couler la bière à flot. C’est sous un tonnerre de clapements de mains et de tapements de pieds que Charlotte termine son set.

© Jacob Christ

Nous nous rendons donc dans la seconde salle. Dans la « Wonder Hall » – à ne pas confondre avec le célèbre titre guitare sèche et sable fin pour séduire les jeunes filles en fleur, « Wonderwall » -, le Londonien Randomer s’amuse à brouiller les pistes et croiser les styles. Entre techno, lo-fi et breaks drum’n’bass, le DJ donne un set éclectique à contre-courant des genres. Retour au « Hall Of Fame », où celui que l’on nomme le « Papa », Laurent Garnier, reprend les platines. Devant une foule déchaînée à 3h du matin, il régale avec ses tracks habituels. Sur une techno tricolore, il clôt la soirée du vendredi soir en beauté.

© Jacob Christ

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La journée du samedi est placée sous l’égide de conférence, ateliers de ré-création musicale pour enfants et live. Dans la bibliothèque Alexis de Tocqueville, bâtiment moderne et urbain implanté sur la presqu’île caennaise, Christophe Brault nous raconte 30 ans de musiques électroniques. Celui qui fut acteur de cinéma s’affaire depuis 2008 à expliquer l’histoire des musiques actuelles. Au programme de l’après-midi, le genre électro, qui en cache bien d’autres sous sa cape.

Auditorium plein pour Christophe Brault. Il entame son speech en danse, sur Jesse Sanders et la house de Chicago. C’est l’été 1988, le Summer of love. Le DJ est plongé dans l’obscurité, c’est le public qui fait office de « star » : un starter pack de ravers où drogues et samples font bon ménage. 1987, MARRS sort Pump up the volume, le premier disque fait de plusieurs disques. La scène anglaise se plonge dans l’acid house avec des DJ’s comme Mark Moore. Ils se font rattraper par les premières raves en région parisienne dès le début des 1990. Années où la house s’estompe pour mieux revenir sur le devant de la scène en France « Les meilleurs en Europe mais les meilleurs au monde », rien que ça. Le label FCOM de Laurent Garnier devient une référence : « après le e d’extasy arrive le f ». Tandis que l’Hexagone s’affaire à garder le trône – cocorico -, les Beach Boys de la techno font carton plein. Les triplettes de Belleville – le trio originel – s’imposent sur la scène : Juan Atkins, Kevin Sanderson et Derrick May. Celui-ci côtoie de près la new wave européenne : Depeche Mode, Human League ou encore Orchestral Manoeuvre. Dave Gahan, chanteur de Depeche Mode, est d’ailleurs très « pote » avec Derrick. Des influences que l’on retrouve dans son track « Strings Of Life », paru sous l’alias Rhythim is Rhythim (1987). Entre chaque anecdote, Christophe Brault nous fait écouter des sons et anime ses gambettes, d’un pas de danse galopé. Et du galop de Derrick, on passe au triple galop des débuts de la techno.

Inner City est considéré comme le premier groupe techno. Nous sommes en 1988 : un track « paradise » qui marque le top départ, ce à quoi les Anglais répondront avec le duo LFO. Leurs lignes de basse heavy diffèrent de l’underground de Jeff Mills à la présence rythmique. « On est dans le marteau piqueur », une musique basique faite pour le corps mais « un corps qui a la forme » souligne le conférencier. Les Anglais n’ont pas fini de répondre, par une techno trance portée par la tribu d’Underworld, Moby ou encore KLF. Tandis que les Hollandais et les Allemands foncent sur l’autoroute du hardcore, « jusqu’à 200 BPM, mais là il faut avoir deux ou trois cerveaux ». Manu le Malin ou Biomechanik2 en ligne de mire. 1994 annonce la fin des free parties en Angleterre avec le Criminal Justice Act : « dégagez-moi ça » aurait prononcé le gouvernement. On fuit vers l’Est (tiens, encore) et les soundsystems se développent. Ce sont les débuts de la drum’n’bass, un « rythme 4/4 » avec une basse jamaïcaine. Pour expliquer le genre, Christophe Brault interpelle l’assemblée à coups de breakbeats didactiques : « en drum’n’bass, sur les quatre temps habituels, on saute un rythme. ». 30 ans de musiques électroniques rythmées en trois heures, sous une approche sensible et intuitive. De quoi ensoleiller l’après-midi qui s’annonçait pluvieuse.

© Grégory Forestier


La conférence est à peine terminée que l’on entend déjà résonner le live de la marraine de cette édition, Jennifer Cardini, dans la bibliothèque. L’artiste invite le public à s’approcher, à quelques centimètres des platines, pour un moment privilégié. Lieu de passage, étudiants et famille assistent ainsi à ce live techno entre deux dissertations ou deux lectures. Une méditation culturelle subtile pour faire découvrir aux petits et grands, les musiques électroniques.
Alors que la pluie claque aux carreaux, il est temps de terminer ce week-end. Retour gris à Paris.

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