Le Bureau des Légendes : qui est derrière l’exceptionnelle bande-originale de la série phénomène ?

Écrit par Maxime Jacob
Photo de couverture : ©D.R
Le 15.04.2020, à 18h17
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Écrit par Maxime Jacob
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Acclamée partout dans le monde, la série française Le Bureau des Légendes, réalisée par Eric Rochant, entame sa cinquième saison. Et depuis 2014, chaque épisode est soutenu par une bande originale électronique composée par le producteur français Rob. Rencontre avec un musicien que le cinéma a arraché aux griffes de la pop.

Comment avez-vous commencé à travailler sur la bande originale de la série Le Bureau des Légendes ?

Il y a six ans, Eric Rochant m’a contacté après avoir vu Rock The Casbah, un film de Laïla Marrakchi dont j’avais composé la musique. La réalisatrice m’avait surement recommandée, j’imagine. Je crois me souvenir de ce qu’Eric m’a dit mais je ne suis pas certain que ça se soit passé exactement comme ça. C’était il y a six ans et je fantasme un peu cette rencontre, comme quand on essaie de se souvenir de la première fois qu’on a rencontré son amoureuse. Je crois qu’à un certain moment, Eric m’a fait écouter un morceau de techno minimal, un truc allemand ou peut-être hollandais. Moi, je n’y connais rien à ce genre de musique. C’était presque comique, parce qu’Eric qui est mon ainé, m’initiait à cette forme de musique de jeunes que je ne comprenais pas et dont je ne savais rien. Il me faisait écouter cette musique parce que c’était tout simplement ce qui le faisait kiffer à ce moment-là. Et c’était très intelligent de sa part parce que ça a créé en moi des sensations étranges. J’ai été désarçonné. C’est cette perplexité que j’ai essayé de restituer dans la bande originale du bureau des légendes : une musique froide, répétitive et assez distante, forcément originale.

Comment travaille-t-on concrètement sur une bande originale de film ?

C’est comme si on essayait, pour chaque nouveau film, de créer un langage qui serait commun à l’œuvre, au réalisateur et à moi, le musicien. Ça commence par une longue discussion avec le réalisateur. Il doit expliquer son idée. C’est très difficile d’avoir cette conversation, parce que parler de musique est une chose périlleuse, si on ne veut pas coller d’étiquette ou raconter de banalités. Ce langage qui remplace les mots, c’est la musique du film. Concrètement, je pars toujours du script lui-même. C’est comme si j’étais un enfant à qui on lisait un texte. J’imagine dans ma tête ce que sera le film, donc je compose d’abord la musique du fantasme du film. Je ne connais pas la tête des acteurs, la durée des séquences. Je commence à composer en liberté totale. Avec le temps, le travail évolue mais j’ai été bien dirigé par Eric. Il me disait « Là, j’ai besoin de plus de tension, là, d’un thème plus dramatique » mais, en vérité, il y a eu peu d’aller-retours.

Quelle fut votre première impression à la lecture du script du Bureau des Légendes ?

Je dirais que c’est ce mélange de grande complexité dramatique, d’espionnage, de contre espionnage, de voyages mêlés à une exploration extrêmement intime des personnages. On mélange un aspect film d’auteur à la française à des problématiques d’espionnage très techniques. Et en musique, ça se traduit par une musique à cheval entre l’illustration d’une tension géopolitique et des thèmes très romantiques, introspectifs et sentimentaux.

Qu’est-ce qui vous plait dans la composition de bandes originales ?

J’étais un artiste pop, j’ai sorti deux albums, j’ai fait des clips, des tournées. Et j’étais assez mal à l’aise dans ce monde là. J’étais mal à l’aise avec les journalistes, avec les formats radio. J’avais des aspirations qui partaient dans tous les sens. Je voulais faire du rock, des chorales et de la techno en même temps. Pour faire une carrière discographique avec ces aspirations, c’est difficile : le public ne comprenait surement pas ce que je faisais. Donc j’ai fait deux albums qui se sont cassés la gueule. Le cinéma, ça m’a permis de me trouver. Les réalisateurs m’ont demandé de faire des musiques étranges, hors format, qui se renouvellent d’un genre à un autre, ce qui était exactement ce dont j’avais envie. Et, en prime, on me donnait des moyens industriels pour produire.

Vous aviez sorti une suite de maxis, Dodécalogue sur Institubes, un label de musique électronique français des années 2000. Quel est votre rapport à la musique électronique ?

Ce serait une longue conversation si l’on devait déterminer la place qu’occupe la musique électronique dans ma façon de composer. Ce qui est certain c’est que j’utilise des modes de production modernes, électroniques, des synthés. Ce sont mes copains. Mais j’ai une façon un peu old school de les utiliser. J’aime beaucoup être dans le mélange, se faire se côtoyer des instruments acoustiques et électroniques. Je ne fais pas de différentiation entre les deux. Que je travaille avec un orchestre symphonique ou un synthé, j’adopte la même approche.

Quelles sont les BO de films qui ont été importantes pour vous ?

Mes grands chocs qui, inconsciemment, m’ont donné envie de faire de la musique de film, sont des musiques de mon enfance. Un compositeur de BO, Shuki Levy, qui avait fait la musique de Capitaine Flam, de Musclor, des Mystérieuses cités d’or. Je ne sais pas ce qu’il est devenu mais je l’imagine bien se la couler douce au bord d’une piscine de Miami. Quand je réécoute cette musique, je comprends d’où je viens, elle est faite d’arpèges aux synthétiseurs, de séquences. Je pourrais aussi citer les musiques des premiers Polanski composées par Krzysztof Komeda, comme Rosemary’s baby ou Le bal des vampires.

Est-ce qu’on pense à James Bond de temps en temps quand on compose une musique de série d’espionnage ?

James Bond c’est finalement très loin du Bureau des Légendes. C’est très glamour et dans l’action et l’explosion. Je dirais que mon travail c’était de faire le contraire d’une BO de James Bond. Mais avec le recul, on se rend compte que même quand on cherche à s’éloigner du stéréotype, on finit par reproduire un peu les mêmes schéma. Malotru (Mathieu Kassovitz, dans Le Bureau des Légendes) est lui-même une sorte de super héros : un agent secret, c’est immortel, ça ne fait que renaître de ses cendres perpétuellement.

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