Bruxelles : Pourquoi la capitale belge est si douée pour faire la fête ?

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Jomaya
Le 15.09.2021, à 09h59
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La vie nocturne de Bruxelles est en plein redémarrage, aidée notamment par le budget d’un demi-million d’euros pour 6 projets “Open Air” lancé cet été par la région Bruxelles-capitale. Alors pour comprendre un peu mieux ce qui fait le sel de cette ville si singulière, nous sommes allés voir celles·ceux qui la font vibrer au quotidien afin qu’ielles nous racontent pourquoi la fête est toujours meilleure du côté de la capitale belge.

Propos recueillis par Anne Billoët

Islas (DJ) : « Je suis née dans la région de Londres et j’ai étudié la sculpture et les arts visuels aux Beaux-Arts de Bordeaux. En arrivant à Bruxelles, j’ai travaillé au Beursschouwburg, un centre culturel multi-arts qui m’a permis de rencontrer pas mal de monde. Ce qui m’a marqué dès que je me suis installé ici, c’est à quel point les gens sont accueillants. Du coup, l’ambiance entre les artistes est géniale. Il y a un véritable esprit de famille, comme si nous étions dans un petit village où tout le monde se connait. Nous sommes tous connectés les uns aux autres, tout en avançant chacun dans nos propres directions. Par exemple, mon amie Gurl et moi, nous nous connaissons depuis maintenant plusieurs années, mais notre premier B2B a eu lieu ce mois d’août. Depuis, nous avons créé ensemble un collectif techno, Planet ». 

Walrus (DJ et disquaire pour Crevette Records) : « J’ai commencé à mixer à 16 ans avec des potes, quand on était encore au lycée. Ce qui m’a tout de suite plu dans la scène bruxelloise, c’est qu’on pouvait y inviter des DJs énormes comme Ben UFO ou Ben Klock et qu’ils acceptaient sans problème de mixer avec nous, même si nous n’étions pas très connus. Par contre, ce qui était embêtant à l’époque, c’est que la scène était hyper fermée, très morcelée. D’un côté, tu avais les soirées queer, de l’autre les soirées techno ou les soirées disco, mais il ne fallait surtout pas se mélanger. Tout était assez disparate. Aujourd’hui, tout est bien plus mélangé à Bruxelles. Dans une même soirée, tu peux passer la musique que tu veux. C’est ce que j’aime. Et puis il y a un autre aspect que j’adore à Bruxelles : tout y est un peu secret. C’est du vrai underground. Les choses s’organisent beaucoup par le bouche-à-oreille, il faut chercher pour trouver les bons événements. Mais une fois que tu les as trouvés, c’est des pépites ! »

DJ Pierre, (résident du Fuse depuis 25 ans) : « Bruxelles a beaucoup changé depuis les années 90. À cette époque, quand j’ai commencé à mixer, c’était très techno et ça tournait beaucoup autour du Fuse. C’était le seul gros club de la ville et la plupart des nouvelles tendances partaient de là. Après, le C12 est arrivé, et au fur et à mesure, la ville s’est beaucoup ouverte. Les Français et les Luxembourgeois ont commencé à arriver en nombre, les écoles d’art ont explosé. Aujourd’hui, la scène s’est tellement étendue qu’elle s’est mise à quitter les clubs classiques pour aller se développer à l’extérieur, à l’air libre. Je pense par exemple aux événements au Parc Royal, organisé par le collectif Kiosk radio. C’est en plein cœur de Bruxelles, dans un parc magnifique, avec des personnes de tous les âges et  de toutes les nationalités. Les concerts peuvent y être un soir techno, un soir expérimentaux, un soir disco. Ça fait de très bons before avant de bouger vers des soirées dans un style peu plus ‘blockhaus’. C’est ça Bruxelles : la diversité. »

Pierre, résident du Fuse©Thomas Sweertvaegher / Red Bull

Gilles (DJ et fondateur du label Eating Records) : « Bruxelles est un vivier culturel. Dans les années 90-2000, je suis arrivé de Charleroi, une ville qui était un peu en perte de vitesse d’un point de vue culturel. Bruxelles, c’était l’inverse. Tu commençais ta soirée par un open air, tu continuais en free et tu pouvais finir par une fête en club. Personne ne s’arrêtait. Ici, il y a le choix pour faire la fête ! Aujourd’hui, j’aime bien aller au Café Central vers les Halles Saint-Géry pour écouter de la techno expérimentale. Sinon, il y a aussi le nouveau quartier industriel de Tour & Taxis dans lequel non seulement tu as plein d’open airs mais en plus, comme c’est des halles commerçantes, il y a plein de très bons lieux dans ces nouvelles galeries. C’est assez drôle parce que c’est ce genre d’endroits où – un peu comme au C12 – les gens sortent de clubs au petit matin et croisent ceux qui vont faire leurs courses du week-end ! Je pense que l’énergie qu’il y a dans cette ville vient du fait que géographiquement, elle se situe entre le Royaume-Uni et l’Allemagne. Il y a des influences qui viennent des deux côtés. C’est sans doute ce qui explique l’énorme vague new beat dans les années 80. Comme Bruxelles est un carrefour, ça créé une sorte de synergie entre les différents styles musicaux venus d’un peu partout autour, quelque chose qui se ressent vraiment une fois sur place. »

Gurl (DJ résidente au C12 et organisatrice de la Brüxsel Jardin) : « Je suis originaire du Luxembourg et j’ai déménagé à Bruxelles en 2013, quand j’avais 19 ans. Je connaissais déjà bien la scène bruxelloise avant d’arriver ici, notamment grâce à mon ami Diego Cozzi (connu sous le nom de DJ de Fais Le Beau, ndlr) qui m’a amené au Fuse, aux soirées Catclub et Open the Box ou aux open airs Brüxsel Jardin. C’est cette variété culturelle qui m’a le plus marqué. Là d’où je viens, il n’y a pas beaucoup de disquaires et j’ai toute de suite vu la différence en arrivant ici. J’avais l’impression qu’il y en avait partout. Ça a changé ma vie. J’y vais toutes les semaines et j’y passe la plupart de mes économies. À Bruxelles, il y a toujours des opportunités à saisir. Par exemple, un ami m’a demandé d’enregistrer un podcast pour sa chaîne Open the Record Box, puis j’ai été invité par l’équipe Deep in House pour jouer à une de leurs soirées, ce qui a débouché sur une résidence pour les soirées DIH et plus tard  pour le C12, un club qui a chamboulé la scène bruxelloise ces dernières années. Tout ça s’est fait très naturellement. À force de rencontres à Bruxelles. »

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