Brésil : la dissolution du ministère de la Culture fragilise encore plus la scène électronique

Photo de couverture : ©Voodoohop
Le 14.01.2019, à 12h17
02 MIN LI-
RE
©Voodoohop
Photo de couverture : ©Voodoohop
Jair Bolsonaro, le nouveau président conservateur brésilien, a annoncé suite à son investiture les premières mesures de son gouvernement. Parmi elles, la dissolution du ministère de la Culture, qui fragilise un peu plus la scène électronique locale.

Mardi 1er janvier avait lieu à Brasilia la cérémonie d’investiture du président brésilien Jair Bolsonaro. Dans les dix jours qui ont suivi sa prestation de serment, l’ex-capitaine de l’armée a fait acter différentes mesures, parmi lesquelles la dissolution des ministères de la Culture, du Développement Social et des Sports. Ces trois départements seront désormais réunis en un seul, à la tête duquel Bolsonaro a nommé l’ancien ministre Osmar Terra. Ce dernier est bien connu et très impopulaire chez les artistes, qui déplorent son manque d’expertise au domaine culturel. Lorsqu’un journaliste lui demande quels sont les problèmes lié aux mondes du sport et de la culture, le ministre répond « Je n’en connais aucun. »

Si elle suscite l’inquiétude des médias internationaux, cette réforme n’est pas bien surprenante au regard du positionnement du nouveau président vis-à-vis de la communauté artistique brésilienne. Peu de temps après son élection, Bolsonaro avait déjà annoncé sa volonté de faire réviser la loi Rouanet, qui visait à soutenir par le biais d’incitations fiscales les individus et les groupes désireux d’investir dans des projets culturels.

   À lire également :
En images : les incroyables 
sound systems totémiques de la tecnobrega du Brésil

Dans le contexte politique ultra-conservateur que connait le Brésil aujourd’hui, cette mesure se fond parmi maintes autres, parfois plus radicales, déstabilisant les domaines de l’écologie ou du social. Le nouveau gouvernement soutient notamment, via son ministère de l’Agriculture, les industries peu soucieuses du respect des territoires indigènes et de l’écosystème amazonien. Il a également évincé du ministère de l’Éducation une agence promouvant la diversité dans les établissements scolaires publics et a supprimé du programme du nouveau ministère des Droits Humains toute question concernant les droits de la communauté LGBTQI+.

Cette dernière n’en est pas à sa première persécution, et il croît en son sein une solidarité souterraine de plus en plus forte, notamment via les initiatives de quelques collectifs undergrounds tels que Voodoohop ou Mamba Negra, auquel le dernier numéro de Trax Magazine (disponible sur le store en ligne et en kiosque) accorde quelques unes de ses pages. Ce duo, formé par des jeunes femmes engagées et radicalement provocatrices, organisait bien avant l’arrivée de Bolsonaro des soirées techno anticonformistes au travers desquelles elles combattent le conservatisme, les inégalités et les discriminations au Brésil. La scène électronique locale, dont le développement déjà précaire se voit une fois de plus fragilisé, est bien forcée de se cultiver dans l’ombre, liant ainsi ses forces à différents réseaux protégeant les minorités. Elle constitue alors un véritable biais de militantisme et de résistance. Reste à savoir comment ces mesures affecteront concrètement l’essor et le rayonnement international de la musique électronique – et plus globalement de la culture– brésilienne, et l’organisation des événements qui y contribuent, tels que l’exportation du réputé DGTL à São Paulo, qui tente notamment d’inspirer les acteurs politiques et culturels du pays via son programme écologique DGTL Revolution.

Newsletter

Les actus à ne pas manquer toutes les semaines dans votre boîte mail

article suivant