“Bitch tracks” : l’histoire de la house la plus fierce que la club culture ait connue

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Paris is Burning
Le 28.04.2020, à 17h17
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©Paris is Burning
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Né à New York au début des années 90, le courant musical qui accompagne la naissance du voguing et sa rencontre avec le clubbing adopte le nom de bitch tracks. Cette house ouvertement queer, cristallisée autour de l’identité doublement minorisée de la communauté homosexuelle afro-américaine, fut la bande-son de son émancipation sur le dancefloor comme ailleurs. Retour sur l’histoire de la musique la plus fierce que la club culture ait connu.

Par Victor Dermenghem

Au début des années 90, à New York, un nouveau genre de house à la fois féministe et queer voit le jour. Sur des beats house explosifs, des queens – de jeunes homosexuels noirs et latinos – prennent la parole, défiant à l’aide de leur humour tranchant quiconque oserait se mettre en travers de leur chemin. À mi-chemin entre stand up comédie façon drag show et club culture, les bitch tracks donnent à l’underground gay new-yorkais un second souffle : la club culture fait son coming out. Retour sur ce courant méconnu et rencontre avec certaines des plus grandes légendes de l’époque.

New York gay, New York noir

Dans les années 70, New York est le foyer ou s’embrase le mouvement de la libération homosexuelle. Nous sommes le 29 juin 1969 au Stonewall Inn, un bar gay situé en plein coeur de Greenwich Village. La fête va bon train quand soudain la lumière clignote. Le signal est clair, la police arrive, les couples se séparent. Les raids sont monnaie courante à l’époque, et tous les motifs sont bons. Alors qu’une poignée de clients sont sur le points de se faire embarquer, une bouteille éclate : personne ne dormira au commissariat ce soir. En quelques minutes, la foule de curieux amassée devant le bar se révolte. Les huits policiers battent en retraite. Trois jours d’émeutes suivront.

Les émeutes de Stonewall, à l’origine de la toute première marche des fiertés, ont éveillé les consciences : ensemble il est possible de lutter. Ce qui ne porte pas encore le nom de mouvement LGBT prend forme. Derrière cette apparente union, la communauté homosexuelle reste pourtant ségréguée. L’universitaire Jose Esteban Munoz tout comme le poète Marlon Riggs l’affirment : la question de l’homosexualité à l’époque est une affaire de blanc.

J’étais immergé dans une mer de vanille. J’en savourais la saveur unique, une qui n’était délibérément pas la mienne. J’évitais de me demander “pourquoi ?”, prétendant ne pas prêter attention à cette absence d’image noire dans ma nouvelle existence gay.

Marlon Riggs dans Tongues United, 1988.

Doublement marginalisée, la minorité de la minorité s’organise. En 1972, la célèbre drag queen Crystal Labeija organise les premiers drag balls réservés à la communauté noire, puis latino. La culture du ballroom, celle documentée par le cultisme documentaire Paris is burning, vient de naître. Les balls sont des compétitions, des jeux de rôles. Les participants s’y affrontent selon différentes catégories dans le but de remporter des trophées, gagner en prestige et honorer leur “house”, le groupe auquel il sont affiliés. La catégorie face, par exemple, récompense le plus beau visage, alors que realness récompense l’interprétation la plus convaincante d’un type de personnage, gangster ou employé de bureau. Sur le runway, la créativité et l’extravagance de chacun s’exprime librement.

Les années 70 sont également marquées par le développement du disco et la naissance du clubbing. C’est l’époque des clubs mythiques, du Loft, du Paradise Garage, de Happy Days… Pendant longtemps, les deux univers existent indépendamment l’un de l’autre. Le ballroom est un secret bien gardé.

Alors que le disco prône l’exubérance, l’hédonisme et la libération sexuelle à travers la danse, abrité derrière les parois protectrice de la discothèque, le ballroom prône l’affirmation de soi et la ténacité à travers la compétition. Il faut être fierce (féroce), ne pas se laisser faire. Les queens du ball sont celles qui ont le plus de répartie. L’attitude est théâtrale, camp, teintée d’ironie et de second degrés. On lance des shades (piques) à celui que l’on désapprouve, on se livre à sa lecture, exposant publiquement ses faiblesses et insécurités…

Durant la seconde partie des années 80, un rapprochement s’opère entre ball culture et club culture. Une nouvelle génération d’oiseaux de nuit – les Ninjas, les Xtravaganzas – envahissent les balls où un type de performance inédit se développe. Le voguing est une danse, une confrontation. Rapidement la pratique s’exporte. Au cours des années 80, il n’est plus surprenant de voir de jeunes vogueurs se livrer bataille en bordure de dancefloor. Le Paradise Garage, Tracks et son célèbre DJ David Delpino, deviennent des lieux de rendez-vous, des balls quand il n’y en a pas. Les deux cultures fusionnent. C’est à la jonction de ces deux univers que vont naître les bitch tracks : une house ouvertement queer, virulente et insoumise, dont l’arrivée transforme en profondeur le discours et la politique du clubbing.

Sound Factory Club, NYC 1992©D.R

Candice Jordan, mother de toutes les bitch tracks

Yeah, it’s me. Just stopping by to let you know I won’t be needing your lil’ dick services any longer.

Candice Jordan dans “Hateful Head Helen”

Ce sont sur ces quelques mots sans détour que s’ouvre en 1989 un fascinant morceau. “Hateful Head Helen” est un monument oublié de la house. Nous sommes à New York et une certaine Candice Jordan vient tout simplement d’inviter la gente masculine à aller se faire voir. Revenons en arrière…

En 1989, la chanteuse en devenir Sweet Pussy Pauline, encore connue sous le nom de Candice Jordan, sort un single intitulé “Hateful Head Helen”. Durant huit minutes, sur un beat rebondissant ponctué de cowbells, l’artiste distille son humour tranchant. Les anecdotes tirées de son propres vécu s’enchaînent, le mâle virile est tourné en dérision, moqué, dominé. Pour la première fois, comédie drag et house music fusionnent. La synthèse est réussie. Le morceau est une célébration de la sexualité servi tiède, accompagné d’une bonne dose d’autodérision. Un pied de nez à la rhétorique virile du hip-hop dont le ton servira de modèle à toutes bitch tracks à venir.

Le single est un succès auprès de l’underground gay américain. Quelques mois après sa sortie, une copie atterrit entre les mains d’un certain Elis D, alias Junior Vasquez. Membre de la house of Extravaganza, Junior gravite depuis quelques années dans le monde des balls. En 1989, sa carrière est en plein boom. Il est depuis peu le résident d’un club new-yorkais aujourd’hui mythique, la Sound Factory, un immense entrepôt jonché de colonnes de béton situé en plein Chelsea. Chaque week-end, célébrités du monde de la nuit et vogueurs s’y retrouvent. Séduit, Junior embauche Candice. Pendant trois mois, elle performera chaque semaine dans son club et nulle part ailleurs, clause d’exclusivité oblige. De cette rencontre émergera quelques mois plus tard un autre morceau. “Work This Pussy” est un hommage direct au ballroom : échantillonnée puis mise en boucle, la voix de Candice imite le maître de cérémonie en train d’encourager les vogueurs. La club culture et le ballroom viennent d’officialiser leur union.

The Sound Factory

La résidence de Junior devient le nouveau lieu de rendez-vous de toute une nouvelle génération de vogueurs. À la Factory, la culture du ball s’expose librement. Un vent frais souffle sur l’underground gay de la grosse pomme. Enfermé dans son DJ booth suspendu au dessus du dancefloor, trois platines en face de lui, un stroboscope dans le dos, Junior orchestre la danse.

Junior©D.R

Vjuan Allure, l’un des DJs et producteurs les plus influents dans le monde du ballroom, était là. Comme beaucoup de jeunes vogueurs à l’époque, le dimanche à la Factory était pour lui un pèlerinage. Il raconte  : « Junior dénichait des morceaux brûlants qui devenaient des classiques et la semaine d’après on les entendait partout. Il avait aussi ses armes secrètes. Il a attendu deux ans avant de réaliser “Dub Break” et “Work this Pussy”. Pour les entendre, il fallait aller à la Sound Factory, et espérer qu’il soit de bonne humeur. Il y avait un genre de légende qui entourait ces deux morceaux. Tout le monde les attendait et Junior ne les jouait que si le club était vraiment vraiment chaud. »

Les bitch tracks séduisent. Leur caractère insolent en font la bande son idéale pour batailler sur le runway. Suivant les traces de Junior et Candice, une toute nouvelle génération d’artistes passe la porte du studio. Ils ont pour nom Franklin Fuentes, Kevin Aviance, Roxy, Moi Rene et sont danseurs, vogueurs ou drag performers.

Le contexte est particulier : au début des années 90 la culture queer de New York est sous le feu des projecteurs. Madonna avec son titre “Vogue”, puis le documentaire Paris is Burning révèlent au monde entier les coulisses du ballroom. Portée par la frénésie de la culture rave en Europe, la house s’exporte et colonise les charts européens. Pour toute une génération d’artiste queer de couleur, les bitch tracks sont une opportunité de briller.

Franklin Fuentes : le créateur

Autoproclamé créateur du genre, Franklin Fuentes est sans nul doute l’une des voix les plus emblématiques de l’underground queer new-yorkais. Il grandit dans la métropole, passe son adolescence à trainer dans le Village et à Time Square. À Brooklyn, deux de ses voisins, Candy Plenty et Pamela Carter, repèrent le talent naturel du jeune garçon. Lorsque Candy fonde la house of Plenty, Franklin l’intègre. Il se souvient de sa première fois sur le runway : « J’avais été choisi pour affronter la beauté du ballroom Richard Ebony. Ce bal est aujourd’hui légendaire. C’est là qu’un membre de la house of Ebony avait volé la cape du roi Henry VIII au musé d’histoire naturelle, juste pour la porter pendant qu’elle défilait dans sa catégorie ! Cette cape vaut plus d’un million de dollars, elle est parée de centaines de rubies, de feuilles d’or, de perles, de diamants… La miss Ebony a été prévenue que les fédéraux l’attendaient pour l’arrêter, elle ne s’est jamais montrée… »

Franklin Fuentes©D.R

Au milieux des années 80, le jeune homme décroche un job à Vinylemania, un disquaire renommé situé à proximité du Paradise Garage. Le gratin de la house s’y retrouve, et le jeune homme fait d’heureuses rencontres. Il y retrouve un ami d’enfance, Dany Tangelia, à qui il prêtera sa voix en 1994 sur le morceau “The Look”, mais aussi et surtout un certain Roman Ricardo, avec qui il fonde le groupe Jack And Gill. Trois EP suivront sur le légendaire label Stricly Rythm. Les disques voyagent vers l’europe, les bitch tracks s’exportent.

Franklin est la voix d’un titre légendaire qui a défrayé la chronique. Au début des années 90, Madonna est elle aussi une habituée de la Sound Factory. C’est là bas qu’elle trouve l’inspiration pour son titre “Vogue”. Elle et Junior collaborent souvent. Régulièrement, la chanteuse laisse des messages vocaux au DJ. Elle se laisse aller, plaisante… Lorsqu’il mixe, Junior utilise certains de ces extraits vocaux pour pimenter ses sets. La chanteuse n’y voit aucun inconvénient, jusqu’à ce que la rumeur d’un release s’ébruite, et que la situation se corse…

Le morceau en question débute par un enregistrement de la chanteuse : « Hey Junior this is Madonna ». La voix de Franklin Fuentes lui répond « If Madonna calls, I’m not here ». Une blague que la chanteuse ne prendra pas à la légère. Produit sans la moindre autorisation, “If Madonna Calls” est un succès planétaire. Pour la première fois une bitch track se classe à la seconde place des charts. Offensée, Madonna ne pardonnera jamais à Junior un morceau qui n’avait pourtant pas vocation à être insultant. Les shades que se lancent les queens, tout comme les yo mama jokes de la culture hip-hop, font parti d’un spectacle performatif constant. Tout est vrai sans l’être. “If Madona Calls” n’est rien de plus qu’un hommage aux queens et à leur cinquième degré grinçant.

Kevin Aviance : l’icône de la nuit

Vous avez sans doute déjà entendu son nom, sinon été ébloui par ses onomatopées et sa voix enchanteresse. L’histoire de Kevin débute avec sa rencontre à Washington DC avec la house of Aviance. Le jeune artiste découvre le monde du ball, des drag queens, et est très vite amené à s’installer à New York. Kevin Aviance est un drag performeur, un danseur et un lyp synch artist. Paré de ses plus beaux costumes, il imite ses artistes favoris. Un soir, lors d’une virée à la Sound Factory, porté par le flow de la nuit, Kevin se livre à une performance improvisée.

« La nuit touchait à sa fin, j’étais contre le mur, la lumière venait de s’allumer et j’ai réalisé que j’étais en train de performer. Je n’avais pas réalisé mais tout le monde me regardait », se souvient-il. « Junior est sorti de son DJ Booth et m’a apporté un bouquet de lys. Personne n’était autorisé à entrer dans son booth et il n’en sortait jamais. Je n’arrivais pas à y croire. À partir de là, j’ai commencé à performer chaque week end à la Factory. »

Kevin Aviance©D.R

La house of Aviance est célèbre pour sa musique. C’est aux côtés de Jean-Philippe Aviance que Kevin découvre la magie du studio. Franklin Fuentes l’inspire. En 1996 Jerel Black, l’homme qui a produit “Tyler More” pour Franklin Fuentes, le contacte pour lui proposer de collaborer. Kevin n’hésite pas une seconde. « Je vais chez Jerel, il avait acheté du poulet et du soda. Nous mangeons, buvons, passons un super moment, puis il me joue ce beat, “TAN TAN”. Oh girl, je tenais plus en place ! », raconte-t-il. « On enregistre le morceau, puis je l’apporte à Junior. Il le garde pendant cinq semaines sans le jouer. La cinquième semaine, j’en ai assez, je décide de quitter le club. La porte est littéralement entrain de se fermer derrière moi quand j’entend “TAN TAN”. Junior venait enfin de le jouer. Je me rue à l’intérieur. Girl, c’était incroyable ! »

L’année suivante son single “Din Da Da” se classe numéro un des charts. Kevin devient l’une des personnalités les plus importantes du monde de la nuit new-yorkaise. Il remportera à ce titre deux Glam Awards en 1998 et 1999, tournera des clips avec Madonna et jouera dans de nombreux films.

DJ Relentless alias Jade Elektra : le collectionneur

Alphonso King Jr est l’homme grâce auquel l’esprit des bitch tracks a su traverser les âges. Alphonso débarque à New York en 1992, 30 dollars en poche, un unique contact et des images tirés de Paris is Burning plein la tête. The Electrifying Grace, légendaire drag queen new-yorkaise, l’accueille. Chaque semaine, Grace se produit à Sally, un night club/cabaret spécialisé dans les concours de gogo danseurs. Alphonso y décroche son premier job en tant que DJ : « J’avais amené quelques disques avec moi pour mon premier essai. J’ai joué pendant que Sally mangeait et passait des coups de téléphones. Ça n’a pas servi à grand chose puisqu’en réalité il n’était intéressé que par une chose… Si je savais lire. Ils avaient besoin de quelqu’un capable de lire les titres des disques afin de jouer les bons morceaux pendant les shows. Tous les autres DJs se sont faits virer et j’ai commencé à travailler là bas sept jours sur sept.  »

Le hasard fait bien les choses. Deux des drag queens les plus célèbres du monde du ballroom, Dorian Corey et Angie Extravaganza, se produisent également à Sally. C’est en partie ici qu’un morceau du film Paris is Burning fut tourné. Alphonso multiplie les rencontres et intègre rapidement la prestigieuse house of Labeija. Sa carrière sur le runway sera pourtant de courte durée : le monde du ball ne lui convient pas, la réalité derrière le glamour lui paraît bien insipide. Il dédiera plutôt son temps à sa carrière d’acteur et de musicien.

Sally’s, New York©D.R

Et c’est surtout en tant que DJ qu’il s’épanouit. En 1994 il quitte Sally et commence à mixer dans divers clubs et bars gay. L’argent qu’il gagne est aussitôt dépensé, sa collection de bitch tracks prend forme. Ouvert de minuit à huit heures, le Js’ Hang Out est ce que Fiona Buckland, auteure du livre Impossible Danse, décrit comme un “sex club”. Un lieu d’extrême liberté constitué d’un sous sol et d’un bar de taille modeste où, à côté d’une immense jarre remplie de préservatifs, un écriteau rappelle à la clientèle que le léchage de testicule est strictement interdit. Alphonso s’y produit régulièrement. « Kevin Aviance et Franklin Fuentes me regardaient jouer et me snobaient. Ça m’agaçait. », se rappelle Alphonso. « Alors j’ai appelé mon amis Calvin Roberts qui est producteur, et quelques mois plus tard je sortais “Why Are You Gaggin” et “Bitch you look fierce” sous le nom de Jade Elektra. J’ai fait ces deux morceaux pour me moquer d’eux et le plus amusant dans tout ça c’est que ni l’un ni l’autre ne l’ont compris. Tous m’ont complimenté. »

Cette histoire cristallise à merveille l’essence des bitch tracks. Le record signé sur Progressive High s’exporte bien, notamment au Japon où il se vend particulièrement vite. En 1997, Alphonso entame sa première longue résidence aux côté de l’artiste Harmonica Sunbeam. Au départ organisées dans un bar sur Christopher Street, les Sunday Tea Dance se rekocalisent rapidement à l’Escuelita – l’un des uniques clubs noirs et latinos de Time Square. L’aventure durera 12 ans et deviendra un rendez-vous incontournable pour tout vogueur qui se respecte. Le concept est simple : Harmonica assure le show, Alphonso la musique, comédie et concours de strip s’enchaînent, et à la fin de la nuit tout le monde finit par danser. « Tous les kids venaient aux sundays de Sunbeam. Peu à peu elle incorpora le ballroom au format de son show. Des batailles avaient lieux, ou alors une légende du voguing était invitée sur scène. Puis le patron du club, qui au début détestait les bitch tracks, a réalisé à quel point les vogueurs étaient cool et commença à organiser ses propres mini balls chaque dernier dimanche du mois. »

Alphonso King Jr, alias DJ Relentless©D.R

Alors que la Sound Factory a depuis des années fermé ses portes, Alphonso garde l’esprit des bitch tracks vivace. Sa vaste connaissance du sujet contribue à bâtir sa réputation. En 2000, le patron de Rebel Rebel Records le contacte. L’homme cherche à comprendre ce que sont les bitch tracks et désire en commander pour son magasin de disques. Plutôt qu’une longue définition, Alphonso enregistre un mix. La série de mix “Relentlessy Cunty” par DJ Relentless voit ainsi le jour. Les CDs enregistrés pour l’occasion se vendent en un éclair. Cinq autres volumes suivront. Uploadés sur Napster, puis sur Limewire, les mixtapes voyagent, donnant corps à un genre jusqu’alors peu documenté. Aujourd’hui encore, ce fabuleux travail d’archive sert de référence à quiconque s’intéresse à l’histoire du genre.

Si le genre se fait aujourd’hui discret, l’esprit des bitch tracks est plus que jamais vivant. Plutôt que dans la house, c’est dans le hip-hop que la bitch attitude fleurit. Le béton se couvre de roses et d’épines. Au cours des années 2010, le rap se queerifie. Dans les pas de Mykki Blanco et Le1f, une nouvelle génération vient chambouler l’hétéronormativité du game. Cakes Da Killa, Jay Boogie, Zebra Katz, Daï Burger font de leur non conformisme identitaire et sexuel une force. La branche féminine du rap a elle aussi su adapter l’héritage de Candice Jordan. De Khia à Meghan The Stallion en passant par Lil Kim et Nicki Minaj, elles sont aujourd’hui des centaines à renverser la rhétorique du hip-hop à leur avantage, faisant de leur statut de “bad bitch” une fierté féministe. La femme-objet du rap se réapproprie son corps, le game change. Pure circonstance ou effet à long terme, Young Thug en 2016 en viendra même à adopter la robe. Aujourd’hui, féminité ne rime plus avec faiblesse. La bitch attitude n’y est peut être pas pour rien…

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