Binaural : ce son à 360° peut-il vraiment révolutionner la musique ?

Écrit par Fouad Bencheman
Photo de couverture : ©Cinegears
Le 04.01.2019, à 16h51
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©Cinegears
Écrit par Fouad Bencheman
Photo de couverture : ©Cinegears
Inventé en 1935 par l’ingénieur Alan Dower Blumlein, le son binaural a refait une apparition sur le devant de la scène l’année dernière avec la sortie de l’enregistreur 3D AMBEO de Sennheiser. Décryptage de ce retour en force.


Cet article est originellement paru dans le numéro #210 de
Trax Magazine.

Cinéma Imax, 4K, vidéo à 360°, casque de réalité virtuelle… Pour nous en mettre plein les mirettes, les pontes du divertissement font preuve de créativité. Mais pour choyer nos esgourdes, la foule est plus éparse. En sortant en mars 2018 des écouteurs capables d’enregistrer un son binaural, Sennheiser a tenté de faire amende honorable pour tout un secteur.

C’est quoi le binaural ?

Pour faire simple, le binaural repose sur le même fonctionnement que notre système auditif, à savoir une localisation en trois dimensions. Les variations d’intensité d’un son, perçu comme proche ou lointain, permettent d’apprécier la distance. Le décalage temporel, un son qui nous parvient de côté, tout ça permet de localiser la provenance. Enfin, la forme de nos oreilles, en relief et en volute, modifie la manière dont les ondes sonores nous parviennent. Ces variations sont analysées par notre cerveau qui détermine l’environnement spectral. Un enregistrement binaural est donc capable de déterminer la distance, la position angulaire et la direction des sons écoutés. Jusqu’alors, seul du matériel professionnel onéreux était capable d’effectuer ce type de captation. Le son binaural n’est pas une récente invention technologique. Avec n’importe quel casque audio, il est possible d’en profiter depuis des années. Pourtant, le secteur du divertissement n’est que récemment sorti de sa léthargie en multipliant depuis peu ce type de contenus.

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Une offre grand public qui s’étoffe

De nombreuses initiatives alimentent aujourd’hui le secteur. En 2015, Culturebox, la plateforme culturelle de France Télévisions, coproduisait Séquences, des performances d’artistes (Jacques, Somaticae, Flavien Berger, Chloé…) en binaural. En novembre 2017, le club de jazz zurichois Moods proposait pour certains de ces concerts un mixage en binaural. En février 2018, l’artiste Antoine Bertin et la DJ Piu Piu conceptualisaient Chambre 206 : Imaginary Porn Experience, une expérience « porno-phonographique » en binaural à l’occasion de la Saint-Valentin. En mars 2018, Molécule, alias Romain Delahaye, sortait -22.7°, un album électronique enregistré en binaural au milieu du Groenland. Et fin avril 2018, pour célébrer les 50 ans du mouvement, France Culture transportait Mai 68 dans vos oreilles avec une balade immersive composée de sons d’archives.

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Une locomotive pour la création artistique

Pour que le binaural s’impose comme le standard du futur, la dynamique doit être double. D’un côté, les acteurs culturels doivent éduquer l’oreille du spectateur en multipliant ces projets. De l’autre, chacun doit pouvoir disposer de ces outils de création facilement : la révolution doit passer par l’usage. Quelques objets ont pourtant été lancés, mais ils sont restés dans l’anonymat. En 2011, les écouteurs CS-10 EM de Roland proposaient déjà ce type enregistrement, comme les OpenEars de la société allemande Binauric en 2016. Pour que le binaural se démocratise, il faut aussi que d’autres marques (très) grand public se mouillent. Sony ? Apple ? Bose ? Philips ? AKG ? Qu’importe. A l’instar de l’image avec la réalité virtuelle, le domaine du son a besoin du binaural comme une locomotive de création artistique.

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