Berlin : un photographe a capturé les looks futuristes des fêtes techno post-chute du Mur

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©Tilman Brembs
Le 11.02.2020, à 18h33
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©Tilman Brembs
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Photo de couverture : ©Tilman Brembs
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Berlin, 1990. Quelques mois après la chute du Mur s’ouvre une décennie qui va ériger la ville allemande en capitale de la techno mondiale. Bientôt, cette scène née de la réunification attirera des milliers de personnes. Pour l’instant, ils ne sont qu’une centaine à vivre ces moments de folie. Le photographe Tilman Brembs était l’un d’eux.

Cet article est initialement paru en décembre 2016 dans le numéro 226 de Trax Magazine, disponible sur le store en ligne.

Par Mélody Thomas

Tilman Brembs a la petite vingtaine lorsqu’il débarque, en 1991 à Berlin, où l’Est et l’Ouest commencent tout juste à se mélanger de nouveau, à s’apprivoiser. Sa jeunesse, animée d’un souffle nouveau, balaie sur son passage l’idée d’une identité nationale divisée. « Ce qu’il y avait de fascinant, se souvient le photographe, c’est qu’on se rencontrait pour la première fois. L’Est et l’Ouest se sont unis sur le dancefloor. Avant, on avait des visions stéréotypées les uns des autres. » Face au son, les clichés s’évanouissent. Mais c’est aussi par le vêtement que va s’effacer la frontière qui aurait pu séparer les deux jeunesses.

Le cool, c’est d’être soi. Plus qu’un genre musical, “techno” devient alors un adjectif qui définit une certaine vision du futur ainsi qu’un détournement du présent. Le camouflage, l’orange fluo, l’argenté et ses connotations SF : une nouvelle sous-culture prend vie sous les yeux extatiques d’un Tilman Brembs qui se met alors à chroniquer les nuits blanches de la ville. Une histoire qu’il ne publiera qu’un quart de siècle plus tard dans Over Rainbows (2019), un livre qui compile des clichés pris entre 1991 et 1997. Il décrypte ici les looks utopiques d’une époque où tout était encore à créer.

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©Tilman Brembs
  • 01. « C’est l’une des premières images prises à l’époque. Dessus, c’est moi. Je faisais la billetterie. Le masque à gaz était un classique chez les mecs de la scène hardcore à l’époque, un vrai accessoire de mode. La veste de camouflage sur la combinaison orange, c’est un rappel des tenues des gens qui nettoyaient les rues de Berlin. »
  • 02. « Ce type s’était fait une véritable couronne d’épines pour la soirée. Je crois qu’il voulait se sentir comme Jésus. Il ne l’a portée qu’une seule fois parce que les gens lui on dit qu’il allait finir par blesser quelqu’un. Il m’a écrit un mail de deux pages pour m’expliquer qu’il se sentait très mal à ce moment-là et que cette photo symbolisait pour lui cette période de sa vie. »
  • 03. « Celle-là doit dater de 1992. Les filles avaient beaucoup de pouvoir dans la scène techno à l’époque. Il y avait énormément de féministes, de femmes qui se battaient pour l’émancipation. Ce genre de photos témoigne de leur assurance. La tenue argentée est également typique. On portait souvent cette couleur, elle symbolisait l’espace… Comme la musique que nous écoutions était futuriste, l’idée d’une forme de vie inconnue nous fascinait. »
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©Tilman Brembs
  • 01. « Le camouflage avait une place spéciale dans nos looks. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il n’évoque pas la guerre. En Allemagne de l’Est, les néonazis étaient très actifs et se l’étaient approprié. Nous nous opposions à eux et à leurs valeurs, alors on s’est mis à porter du camouflage pour empêcher qu’il ne devienne leur symbole. C’était un acte militant. »
  • 02. « Là, on a des looks aux antipodes du combo camouflage/masque à gaz. C’était plutôt celui de la “handbag house” ou house de sac à main. Une techno plus facile, plus féminine et plus gay. Nous n’étions pas séparés de cette scène pour autant : on avait des soirées tous ensemble notamment au EVAC, un des clubs cultes de l’époque. Gays, trans : il n’y avait aucune discrimination. Un club devrait toujours être un safe space. »
  • 03. « Il fallait être un raver très hardcore pour porter un masque à gaz en dansant. On en trouvait au marché aux puces. L’esthétique collait parfaitement à la techno industrielle qui émergeait à l’époque. Il y avait aussi bien sûr une dimension transgressive. »
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  • 01. « Ce mec était le parfait condensé de ce qui nous obsédait à l’époque. Il a fabriqué sa tenue lui-même. On lisait des récits de science et de science-fiction, notamment Neuromancien de William Gibson (1984), où il parlait du cyberspace, Blade Runner de Philip K. Dick (1968)… C’était notre idée de ce qui était “techno”, notre idée du futur. On ne voyait ce genre de types que lors des grosses raves, parce que créer ce type de tenue prenait beaucoup de temps ! »
  • 02. « C’est Marusha que l’on voit sur le côté droit. C’était une DJ très reconnue à l’époque, elle avait sorti une reprise techno de la chanson “Somewhere Over The Rainbow” en 1994. Elle était la première femme à avoir autant de succès à l’époque. Le gars qui porte une bûche sur sa tête était un promoteur de musique. »
  • 03. « Le top qu’elle porte vient d’un designer berlinois. Il aimait détruire des vêtements en mettant de la peinture ou des phrases provocantes comme “Je ressemble à un cochon” sur des costumes à la bombe de peinture. Une certaine idée de la provocation. »
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