Aux origines des Chineurs, cette grande famille qui connecte les passionnés de musique électronique

Écrit par Anne-Claire Simon
Photo de couverture : ©Barabaar
Le 20.03.2018, à 12h56
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Écrit par Anne-Claire Simon
Photo de couverture : ©Barabaar
Depuis presque quatre ans, les Chineurs – communauté d’amoureux du son née sur Facebook – ont bien grandi et organisent aujourd’hui leur propre festival aux Puces du Canal à Lyon du 8 au 10 juin. Lucas, un des membres de l’orga’, nous raconte l’histoire de la Chinerie et nous dévoile (en exclu) dix têtes d’affiches de La Chinerie Festival.


Chiner, c’est chercher et trouver de l’inédit – mais aussi le partager à ses potes. Grâce aux groupes Facebook de La Chinerie, les passionnés.ées et curieux.ses se réunissent autour de leurs vibes favorites. Depuis 2014 déjà, les Chineurs se regroupent autour de house, techno, rap, micro ou minimal, et vibes “des origines” (musiques du monde). Peu à peu, la communauté saisit l’Europe – comme à Berlin, Londres, Paris, Lyon, Bordeaux, Toulouse, Nantes ou Rennes – pour se partager les événements à ne pas louper et mettre en avant les scènes locales. Par amour du son, ces Chineurs de tout bord se donneront même rendez-vous lors du festival La Chinerie, les 8 et 9 juin prochains à Lyon. Pour en connaître plus sur leur histoire, leur fonctionnement et la création de ce nouveau festival, Trax est allé questionner Lucas, Chineur invétéré.

Comment la communauté s’est-elle constituée ?

À l’origine du projet, il y a deux amis, qui se sont rencontrés à Lyon, par passion pour les musiques électroniques, au mois d’août/septembre 2014. Ils ont commencé à organiser des soirées house – dans un bar un peu excentré de Lyon – et à l’époque ils n’avaient aucun pote qui écoutaient ce style de musique. Ils ont donc eu l’idée de créer un groupe pour rencontrer des amateurs et essayer de ramener des connaisseurs à leurs nouvelles soirées. Elles n’ont pas du tout marché, mais, par contre, le groupe a décollé. Le réseau s’est agrandi, et peu de temps après la création de Chineurs de House, Chineurs de Techno est né. Puis il y a eu les autres communautés Chineurs, autour du rap ou de la minimal, sans oublier les associations locales de Chineurs dans les grandes et moyennes villes de France – à Paname, à Bordeaux, à Rennes, etc. – ou encore à l’international, du côté de Londres et Berlin. Ces assos ont été créées pour continuer ce qu’on fait sur Facebook, mais dans la vraie vie : échanges de disques, apéros, open platines etc.

Comment la Chinerie fonctionne ? Qui fait quoi ?

Question compliquée. Il y a tellement de personnes impliquées dans diverses missions entre les labels, l’organisation des soirées, la gestion des groupes et la gestion des assos locales qu’on aurait du mal à faire un organigramme. L’important à retenir, c’est que nous sommes tous passionnés et qu’on le fait bénévolement sur notre temps libre, par conviction, et parce qu’on croit en ce projet dans sa globalité.

Comment devient-on admin d’un groupe Facebook de Chineurs ?

Au début, c’étaient plutôt des gens qui se connaissaient entre eux, notamment des amis.es, des DJ’s. Puis ensuite, pour le recrutement des dernières personnes, il a fallu qu’ils.elles fournissent une bio, parlent de leurs goûts musicaux et fournissent une playlist. Il faut montrer qu’on a un minimum de culture house et d’ouverture d’esprit. Et bien sûr des qualités humaines ! Tout est une question de modération pour gérer un groupe. Il y a 7 ou 8 administrateurs.rices dans un groupe Facebook spécialisé dans un genre musical, et 5 ou 6 pour les groupes de ville. Le fait qu’il y ait plusieurs admins sur un groupe, ça permet plusieurs sensibilités aussi, donc c’est important d’être ouvert.

Et toi, tu fais quoi dans la communauté ?

J’ai rejoint le groupe des Chineurs de House début 2015. J’ai commencé par partager pas mal de musiques, mais je me rendais compte que je ne connaissais quasiment rien de ce qui était posté sur le groupe. Puis j’ai capté que le groupe était géré par des admins, qu’il y avait des journées à thèmes, etc. ; l’ambiance m’a tout de suite plu. Avant j’habitais à Bordeaux, donc je m’occupais de l’antenne des Chineurs de Bordeaux. Aujourd’hui, je suis à Lyon donc je travaille surtout sur la programmation du festival, puis je travaille aussi pour le shop de la Chinerie – le disquaire en ligne.

Pourquoi ce nouveau concept – partager et découvrir des musiques sur Facebook – fonctionne aujourd’hui aussi bien ?

Tout d’abord, il y a l’aspect facilité – le fait de découvrir et d’écouter de la musique en ligne facilement. Les groupes sont des mines d’or alimentées depuis trois ans et demi maintenant, donc on y trouve toujours de la musique à son goût, pour les connaisseurs.euses comme pour les amateurs.rices. Puis pour ceux qui ont de l’intérêt pour ces genres de musiques là, ielles peuvent apprendre davantage à ces sujets, se perfectionner dans leur passion. Je pense que ce qui a beaucoup plu aussi, c’est ce côté décalé, bon enfant et humoristique et je pense qu’ils tiennent à ce que ça continue dans ce sens-là. L’idée c’est de ne pas se prendre trop au sérieux, mais tout de même faire valoir une certaine crédibilité artistique.

Après presque quatre ans de partages, la famille/communauté s’est bien agrandie et vous organisez à présent un festival 100% bénévole et très participatif. D’où est venue cette idée ?

En fait, c’est venu d’un coup de tête ! Quand on s’est rendu compte qu’il y avait pas mal de monde sur la communauté, on s’est dit : « Tiens, pourquoi on ne ferait pas un festival ? » Et évidemment, tout le monde était trop chaud. On a commencé à faire un sondage pour savoir qui voulait participer à l’organisation. Au début, ça a très bien réagi – mais l’engouement pour un projet est toujours énorme au début – avant que l’on perde au fur et à mesure des gens qui étaient initialement motivés. À la base, sur le groupe Facebook du festival, on était 500 membres, puis on a très vite commencé à voir qui allait être vraiment dans le noyau dur, et qui voulait juste être sur le groupe pour suivre un peu comment ça se passe.

Vous avez connu quelques difficultés… mais vous avez vraiment réussi votre com’ !

Oui, on a eu beaucoup de chance pour le crowdfunding, lorsqu’on a réussi à réunir les 20 000€ manquant à la dernière minute, en 24h. La grosse déception a été surtout de devoir décaler le festival en juin 2018, alors qu’il devait avoir lieu en septembre 2017. On devait aussi le faire à Paris à la base, et maintenant, on le fait à Lyon. Les artistes annulent aussi parfois. Mais on est tous très fiers de participer à ça. Je pense que je suis dessus un peu tous les jours depuis novembre.

C’est aussi toute la difficulté d’un festival qui n’est pas « ordinaire », avec une nouvelle manière de s’organiser, sur le mode du participatif…

Exactement ! On a fait du participatif quasiment à toutes les étapes, et notamment pour ce qui est de la programmation. Si on avait été un festival classique, on aurait validé directement nos artistes, tandis que là, on a voulu demander à la communauté par un système de listes et d’options proposées pour ceux qui nous ont suivis lors du crowdfunding.

Pourquoi le fait de tout faire dans la participation est si important pour vous ?

C’est l’image des groupes et de la Chinerie – que chacun.e apporte sa pierre à l’édifice. À la base c’est les membres du groupe qui partagent leurs sons, c’est pas seulement les admins et les fondateurs. Les groupes sont ouverts et chacun.e doit pouvoir se lancer. Quand tu participes financièrement à un projet, tu devrais avoir un droit de regard sur la programmation. Il y a un certain « droit de vote » selon nous. Puis on a aussi renvoyé des goodies, des t-shirts et des playlists, car les gens ont été généreux avec nous.

Vous inspirez-vous d’autres modèles d’organisation déjà existants, à l’étranger par exemple ?

Non pas vraiment. On essaye d’être le plus participatif possible, et ça, on ne le retrouve pas vraiment autre part. Finalement, on crée une sorte de nouveau modèle d’organisation pour monter un festival entièrement bénévole. Après, là où l’on a beaucoup de chance aussi, c’est qu’on est particulièrement aidé sur des questions administratives et de production avec l’équipe de l’Évasion Festival, basée à Lyon aussi. Ce sont des potes et ils nous aident à professionnaliser le festival en nous donnant de très bons conseils, sur les questions juridiques ou de sécurité par exemple.

À quoi ressemblera la première édition du festival de la Chinerie du coup ?

Le festival sera sur deux jours les 8 et 9 juin, avec 13 heures de musique par jours, de 12h à 1h. Il y aura 5 scènes pour les 5 grandes familles de la Chinerie – house, techno, micro/minimale, rap et les origines. Le festival aura lieu aux Puces du Canal, en banlieue de Lyon, qui est une des plus grandes places de brocanteurs d’Europe – ce qui correspond bien au principe de « chiner » évidemment !

Le lieu nous plaît beaucoup, car il y a déjà des espaces de loisirs et d’animations, auxquels les festivaliers auront accès – comme des murs d’escalade, des trampolines ou des stands de réalité virtuelle. Il y aura même une salle de laser game qui servira aussi de scène pour des musiques un peu plus expérimentales – avec des ambiances assez obscures, entre la techno, l’ambient et l’électro.

En plus de l’évènement principal en journée, 2 afters officiels du festival auront lieu. Le vendredi, ce sera une soirée house organisée par Encore au Transbordeur. Le samedi, La Chinerie investit le complexe du Ninkasi Gerland pour proposer 4 scènes de musiques mêlant techno/electro/break et bass. Et outre ces afters, des OFF’s sont organisés dans divers lieux de Lyon. Au total, ce sont plus de 70 artistes qui seront présent sur ces 3 jours de festival.

Côté artistes, ça donne quoi ?

Après avoir décortiqué les résultats du vote, on peut aujourd’hui vous annoncer déjà (en exclu !) nos 10 têtes d’affiche – une sélection de 2 artistes par genre. En rap, on a Ichon et Kacem Wapalek. En house on a Young Marco et Marcellus Pittman. En micro et minimal, on a Sonja Moonear et S.A.M.. En techno, on a Umfang et Zadig. Et pour la scène des origines, on a Awesome Tapes From Africa et Habibi Funk. On a décidé d’offrir une plage horaire de 2 heures minimum par DJ, donc sur une journée, il y aura 6 ou 7 artistes à passer sur les scènes électros. Pour ce qui est des Chineurs des Origines, on a souhaité aussi inviter des groupes. Comme pour les rappeurs, leur performance devrait durer entre 45min et 1h. Notre programmation, outre le fait qu’elle ait été participative, est pensée dans l’idée de promouvoir les têtes montantes européennes et de faire découvrir des artistes au public – dans la continuité de l’image des groupes de Chineurs donc.

On pourra aussi chiner ?

À côté des 5 scènes musicales, il y aura en effet une brocante de disques organisée en partenariat avec le disquaire Chez Émile de Lyon – celui qui distribue les disques du label La Chinerie. Le but de cet événement sera surtout d’inviter de grands disquaires européens, voire mondiaux, qui sont présents sur les marchés du vinyle depuis des années. Parallèlement à ça, il y aura des séries de conférences sur les thèmes de l’industrie du disque et sur le vinyle, ainsi que sur la consommation musicale et le digital. L’idée est de profiter de la présence des disquaires pour avoir des intervenants de qualité à ces sujets.

Quels sont vos projets futurs après le festival ?

Déjà, le but sera de pérenniser le festival évidemment. À part ça, les équipes continuent de développer le label, de faire des événements. L’idée aussi, c’est de faire en sorte que les admins puissent se rencontrer, entre les chineurs des différentes villes par exemple – qu’un chineur de Rennes, un de Nantes et un de Rouen puissent se rencontrer par exemple, parce qu’ils sont dans le même bassin. Moi, lorsque je monte à Paris, je rencontre souvent les Chineurs de Paname. C’est comme une famille quoi !

Un blog est aussi en développement. Le but serait de rassembler le maximum les gens de la communauté et mélanger tous les styles représentés par la Chinerie. Il y aura des podcasts, des playlists, des actus, des articles sur ce qui se passe sur les groupes et les événements de chaque partie de la Chinerie, mais aussi des interviews d’artistes qui pourront parler de leurs sorties. L’idée est de fournir une plate-forme pour centraliser tout ça – pour les gens qui participent au projet et pour ceux qui suivent. Les groupes Facebook ont leur limite, car il faut trouver les infos sur chaque groupe, alors que là ce sera plus centralisé. La sortie du blog ne devrait pas tarder !

Finalement la communauté de la Chinerie, c’est la réussite d’Internet et de son univers social de la fin des années 2000.

Oui en quelque sorte. À la Chinerie, c’est la dimension humaine qui nous tient à cœur. On s’est organisé sur Internet à la base, mais maintenant on organise des soirées et un festival ; c’est une étape fondamentale du projet. Car c’est par là qu’ont commencé les garçons : en organisant des soirées justement !

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