Au Pays de Galles, une rave accusée d’avoir fait fuir des écureuils

Écrit par Aude Juglard
Le 13.06.2016, à 16h02
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©Hadra Festival 2014
Écrit par Aude Juglard
Au Pays de Galles, les associations de défense des animaux se soulèvent après qu’une rave de trois jours a fait fuir les écureuils roux des bois de la région de Ceridigion. Un fait divers qui renoue avec l’argument souvent utilisé de l’impact des festivals et de leur décibels sur la faune. 

Plus de 2 000 teufeurs se sont retrouvés dans les bois à la frontière de Llanddewi Brefi et Llanfair Clydogau – au Pays de Galles – durant les trois jours de week-end du dernier Bank Holiday. L’événement a provoqué un soulèvement des experts de la faune sauvage qui accusent les nuisances sonores d’avoir fait fuir l’une des plus importantes populations d’écureuils roux – une espèce en voie de disparition.

D’après le Dr Lizzie Wilberforce, dans le Telegraph : « Les animaux peuvent s’accoutumer à des nuisances régulières, le problème advient lorsqu’un événement s’installe sur une zone normalement vierge de tout passage. Il y a très peu d’activité humaine sur ce site et les effets de la rave sur la faune locale peuvent s’avérer beaucoup plus importants que la simple fuite des écureuils. » Le conseiller municipal de Llanfair Clydogau a affirmé sa volonté d’empêcher qu’un tel événement se reproduise, soulignant qu’en prime, beaucoup de déchets avaient été laissés par les participants.

Décibels et cause animale

Ce fait divers n’est pas un cas isolé. L’argument de l’impact écologique des festivals et particulièrement des raves a souvent été brandi par les autorités publiques pour défendre leur interdiction – de manière plus ou moins justifiée. 

En avril 2015, l’Association pour la protection des animaux sauvages hésitait à porter plainte contre les organisateurs d’une teuf installée sur des parcelles protégées lui appartenant – près de Châteauneuf-du-Rhône. La directrice de l’association dénonçait les conséquences pour la faune et la flore de cette réserve sauvage où ils interdisent habituellement le passage d’engins motorisés : « Si les terrains ont été nettoyés [par les organisateurs], ils sont piétinés, et les dégâts causés par le passage des engins motorisés sont importants. »

Décibels et faune

Légende : Fantazmatek energy sound

L’argument écologique n’est cependant pas toujours brandi de manière justifiée. Au contraire, il est souvent instrumentalisé pour appuyer des interdictions s’avérant plus liées à la frilosité des élus locaux qu’à une véritable volonté de protection environnementale. On pense notamment à l’interdiction d’exploitation du site de Lans-en-Vercors par le festival Hadra. Après huit éditions sur la même location, le festival s’est fait expulser par le nouveau maire sans justification valable, à part que l’événement ne correspondait pas à « l’image familiale de la station » et surtout que, « pendant quatre jours, les marmottes du Vercors ne siffl[ai]ent plus »…

Décibels et faune

Les raveurs ont parfois été pointés du doigt afin de détourner le regard du public de certaines actions douteuses. Ainsi du cas de mort de deux dauphins dans un aquarium en Suisse, en 2011. Le personnel de l’aquarium avait dans un premier temps mis en cause la rave party qui s’était tenue à proximité du bassin et dont la puissance de décibels aurait tué les dauphins. Mais s’agissant du huitième décès de dauphin en seulement trois ans, la piste d’un empoisonnement aux antibiotiques a finalement été favorisée. Les associations de défense des animaux s’étaient déjà soulevées contre les conditions de vie « inacceptables » des animaux de ce delphinarium.

La part des choses est difficile à faire entre réalité des faits et instrumentalisation. D’autant que l’esprit rave prône fréquemment un mode de vie alternatif plus respectueux de l’environnement que nombre des élus locaux qui reprochent aux teufeurs leur irresponsabilité écologique. Le festival Hadra Trance met chaque année un point d’honneur à ratisser les déchets après son passage et a même mis en place un plan de compensation carbone qui permet le financement de projets écologiques. De même, face aux accusations, l’édition 2016 du Teknival s’est voulue un exemple d’autogestion et de respect en se donnant pour objectif le « zéro impact » sur l’environnement.

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