Astropolis jour 2 : Rave up !

Écrit par Jean Paul Deniaud
Le 06.07.2015, à 00h20
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Écrit par Jean Paul Deniaud
Après un premier jour épique, on enchaîne pour une longue journée sous les cieux Bretons, et une nouvelle preuve qu’après 21 ans, la rave est toujours bien vivante à Brest. Astropolis, on t’aime !

21h. La porte de la chambre claque derrière une silhouette qui part, nous réveillant dans un merdier que nous ne nous expliquons pas tout de suite. Verres vides et pleins, bouteilles dans le même état, mal de crâne et odeur de tabac froid, la 203 du Vauban est retournée et nous aussi. On rassemble nos souvenirs… A priori tout avait pourtant commencé calmement. Le set tech house joué sur la terrasse ensoleillée de l’hôtel historique de Brest nous avait réveillé en rythme et alors que certains tapaient la pétanque au Mix’N Boules un peu plus bas en ville, nous étions descendus au sous-sol de l’hôtel assister à l’avant-première d’un docu sur la naissance des raves à Paris, au travers du portrait de l’icône de l’époque Pat Cash.

Ex-TAZ Citizen Ca$h (1987-1994) from Ex-TAZ Citizen Ca$h (1987-1994) on Vimeo.

Avec ce soleil, pas grand monde dans la salle mais tout de même l’organisateur pionnier Manu Casana, la compagne de feu Liza N Eliaz, Yvette Neliaz, et bien sûr l’équipe d’Astro. De quoi remuer quelques souvenirs de ces premières fêtes sauvages dans les parkings et les tunnels confidentiels de Paris, et de se donner un coup de motiv’ avant le grand bain rave du soir. Fin de projo, on descend vers le port rejoindre le gros millier de personnes venus prendre l’apéro sur l’esplanade Beaurivage. Ça descend des bières dans une atmosphère bon enfant face à la mer et la techno de Yann Lean puis la tech-house de Eeko, le résultat d’un échange avec les Québécois de Piknic Electronik. Aux dires des habitués, on avait rarement vu une foule si dense. Impressionnant et très jolie mise en jambe pour la soirée qui vient.

Le Manoir de Keroual ©Jacob Khrist

Après quelques pas de danse bien sentis et les premiers verres de circonstance, on garde le rythme : direction le manoir de Keroual. La fête n’a pas encore commencée mais rendez-vous est pris sur la route, à la crêperie Le Blé Noir, où l’on s’amuse à taper la complète œuf-jambon-fromage avec Marcel Fengler ou Oniris, sous couvert d’un bonne bolée de cidre. Le soleil disparaît, et tout le monde est fin prêt. Go Keroual ! À l’approche des remparts, les basses grondent déjà et l’excitation est palpable. Au fur et à mesure des éditions, on a appris à faire sien cette vieille demeure médiévale et son parc attenant. Tel coin de mur ou telle allée à nouveau empruntée ravive les souvenirs des fêtes passées, et au milieu d’un public déjà massif on se sent déjà comme à la maison.

Déco au poil, comme d’hab ©Jacob Khrist

Boules de lumières dans les arbres, structures métalliques volant au-dessus de la cour du manoir, réverbères en forme d’ampoules géantes et hallucinées surplombant les bars, comme chaque année, un effort tout particulier a été mis sur la déco, donnant au cadre déjà magnifique un air de pays des merveilles tripé. Dans la Cour, ça tape déjà fort avec le remarquable set de la DJ Knappy Kaisernappy, découverte du tremplin Astro, qui est immédiatement élue révélation de cet Astro 21. Ça rave et ça danse fort sur sa techno péchue et c’est franchement remarquable. On aime, et on n’est pas les seuls !

Knappy Kaisernappy ©Jacob Khrist

On loupera Koudlam venu chauffer la scène hardcore Mekanik pour plutôt osciller sur le son post-dubstep façon Kode9 de H-Burry au chapiteau Astrofloor. Classe. Plus loin, face aux auto-tamponeuses qui se cartonnent déjà en se marrant, la scène chill est bien blindée pour l’heure (minuit tapante) ambiancée par le joli live du Rennais Upwellings.

Koudlam sur la Mekanik ©Jacob Khrist

À peine le temps de se poser que déjà, dans la Cour, Kowton offre un set énorme pointu et costaud. Les leçons de l’an dernier ont été retenues : plus de bar ici (enfin !) et surtout un soundsystem Funktion One au top. Rien a voir avec le son mollasson de l’an dernier qui avait laissé Xosar ou Jeff Mills sans voix ou presque. Kowton s’offre un gros “pull up” sur le Bring de Randomer et le public d’Astro est aux anges.

On part rejoindre les camarades de Nova pour raconter nos impressions et pas mal de conneries à l’antenne tout en s’écoutant – au casque – l’excellent live d’Extrême Précautions (aka Mondkopf), plus à la frontière du noise, de l’ambient et du hardcore (!) que jamais. On se marre deux minutes en regardant des alcooliques se faire démonter par le manège à l’ancienne qui trône là avant de retourner sous le chapiteau Astrofloor se prendre le fgros live breakbeat / breakcore/  idm de Squarepusher. Folie rave sur scène comme dans le public (clairsemé). Le rappel se fera à la guitare-basse… On décolle.

La Cour ©Jacob Khrist

Sur la Mekanik, The Bug & Manga font de leur live un grand n’importe quoi, jammant en mode hardcore sur l’instru grime de Dizzy Rascal pour un résultat pas génial mais vraiment drôle à voir alors que la Cour accueille un Kolde qui fera grande impression. On ne l’attendait pas mais son live est des plus propres, à la manière des Berlinois de Dystopian : intelligent et costaud, sans être vulgaire, bien au contraire. On y retrouve les ingrédients des meilleurs producteurs actuels, sans magie, mais en synthétisant les fondamentaux de notre époque. Ce Kolde ira loin, si tant est qu’il se démarque un peu plus de ce qu’il se fait actuellement ailleurs. D’ailleurs, rien à voir avec le Robert Hood qui suit, et explose littéralement la Cour avec son énorme set techno entre hier (le The Bells de Jeff Mills, malheureusement absent, fera comme toujours son effet) et d’aujourd’hui pendant que sur la scène hardcore, le Minimum Syndicat envoie à la façon d’une bonne vieille free champêtre de chez nous. C’est propre, parfois acid mais il y manque un grain de folie qui aurait été bienvenu…

Manu le Malin sur sa scène Mekanik ©Jacob Khrist

Il est bientôt 4h du matin. On note : “En fait ce qu’il y a de vachement cool c’est de se retrouver devant un set acid de Boys Noize sous le chapiteau Astrofloor alors qu’on vient de quitter Manu le Malin à Mekanik pour aller voir Mark Ernestus à l’espace chill.” En effet, après s’être fait vraiment explosé par un Manu bien vénère sur sa propre scène – Manu est le programmateur de la Mekanik – on court retrouver la légende bien vivante Ernestus, moitié de Maurizio / Basic Channel, co-fondateur de Rhythm & Sound. Grande classe.

Lever du jour ©Jacob Khrist

S’en suit des allers-retours entre le live d’Igneon System surpuissant sur la scène hardcore, Loco Dice qui fait groover l’Astrofloor et un Marcel Fengler bien costaud dans la Cour. Paul Woolford nous fatigue un peu, de toute façon le jour se lève bientôt et il faudra bientôt penser à rentrer… Juste après avoir lâché nos dernières forces sur l’éternel gamin de la house Lil Louis !

Lil Louis dans la Cour ©Jacob Khrist

Pour ce qu’il s’est passé entre ce retour en bus et ce réveil à 21h dans la chambre 203 du Vauban, de la venue de DJ Ruffneck dans la piaule pour parler techno hardcore, ou du mec derrière nous qui dort les yeux ouvert (il est encore en vie, on a vérifié), nous préférons ne pas le mentionner ici. Mais une chose est sûre, cet Astro a encore une fois tenu cette promesse chaque année renouvelée : faire vibrer l’esprit rave avec une programmation excellente et un accueil toujours plus généreux. Dans le sous-sol de l’hôtel, Clara 3000 vient de terminer son set. On prend l’ascenseur pour aller checker ce que font Fairmont en live et Manu le Malin sous le blase de The Driver. Salut !

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