Ariel Wizman revisite ses années électroniques

Écrit par Trax Magazine
Le 08.12.2015, à 15h25
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Écrit par Trax Magazine
On a laissé Ariel Wizman (animateur de l’émission mythique de Radio Nova, “La Grosse Boule”, désormais chroniqueur sur Canal+ et DJ à ses heures) revisiter ses années électroniques.Article paru dans TRAX#185 (Bambounou, septembre 2015)
Dans les années 90, on voulait que le hip-hop et la house arrêtent de se regarder de travers, mais on n’imaginait pas que le résultat serait que des demeurés bodybuildés s’aspergeraient de bière à Las Vegas sur des remix EDM de Rihanna.

Dans les années 90, on aimait bien la trance mais on ne pensait pas que Tiësto se déplacerait un jour en hélicoptère pour ramasser en une heure le prix de 20 camions-sonos des Spiral Tribe.

Dans les années 90, on se faisait siffler quand on jouait un morceau reconnaissable par la foule.

Dans les années 90, on mettait un an à acheter en vinyles l’équivalent d’une après-midi de téléchargement aujourd’hui.

Dans les années 90, il y avait de la house de Chicago, de la techno de Detroit, de la French Touch de Versailles, de la trance de Goa, de l’electronica de Cologne. Maintenant, il y a de l’électro.

Dans les années 90, on a commencé à appeler un morceau de musique « un son ». (« Tu connais ce son ? »)

Dans les années 90, l’ecsta.

Dans les années 2000, la descente.

Dans les années 2010, la crise.

La deep dans les années 90 : un beat un peu mou, quelques accords de synthé « inspirés jazzy » et une fille qui chuchote un dialecte africain. Et tout le monde te respectait comme un vrai musicien. Aujourd’hui, la deep… c’est… quoi d’ailleurs ?

Nations électro chelous : années 90, la Belgique. Années 2000, le Chili. Années 2010, l’Angola.

Dans les années 2000, Villalobos surprenait tout le monde avec des morceaux de 15 mn 46, épurés comme un gouvernement nord-coréen sous Kim Jong-un, mais on n’imaginait pas qu’il nous ferait 25 fois le coup. Certains de mes amis en sont morts.

En 2000, Gesaffelstein avait 15 ans.

Dans les années 2000, Nile Rodgers et Giorgio Moroder dormaient beaucoup.

Dans les années 2000, « généraliste » s’est imposé comme un style musical.

Dans les années 2000, un morceau longuet était devenu « progressif », un morceau répétitif était classé « minimal », le papier peint musical s’appelait la « lounge » et le silence, c’était de « l’ambient ».

Dans les années 2000, un prénom US, un nom latino, une ville, et t’avais une boîte bourrée à Palavas. Exemple : DJ Kevin Martinez (Miami).

Dans les années 2000, on a glorifié les « grands DJ’s », c’est-à-dire en général ceux qui étaient très moyens.

Dans les années 2000, un « son » est devenu une « prod ».

Dans les années 2000, on s’est rendu compte qu’à part un certain duo, aucun artiste électronique n’était capable de faire un bon album.

Dans les années 2000, les candidats de télé-réalité savaient tous caler (mixer, en langue du Beaufistan).

Dans les années 2000, on a créé des monstres : les mash-up (des zombies), les édits, et Baltimore, la Favela, Diplo et Atlanta ont commencé à réveiller les booty endormis.

Dans les années 2000 sont apparus des jeunes qui ne connaissaient pas la techno et des vieux qui parlaient du « bon temps des raves et du Rex ».

2015 : Jack still has a groove…

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