Antigone : « C’est grâce à Slipknot que j’ai découvert la drum’n’bass »

Écrit par Alexis Tytelman
Photo de couverture : ©Charlotte Faucon
Le 14.02.2020, à 11h49
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©Charlotte Faucon
Écrit par Alexis Tytelman
Photo de couverture : ©Charlotte Faucon
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Pilier de la nouvelle génération techno française, musicien prolifique et résident historique de Concrete, on ne présente plus Antigone. À la recherche de nouveaux horizons, il lance ce mois-ci son propre label : Ostinato. Au programme, un nouvel EP de son créateur et une soirée au Rex Club avec Bjarki, le 21 février prochain.

Antigone est né en 1990, il a vécu MSN, l’arrivée d’Internet dans les foyers et la victoire française de 98. Mais lorsque cet amoureux de schranz et de métal arrive en âge de sortir en club, la nuit parisienne se meurt. Avec Concrete, mais aussi les labels Token, Dement3d ou Construct Re-form, il participe au renouveau de la club culture française au début des années 2010. Proposant un son brutal, industriel et nuancé, il est aujourd’hui internationalement reconnu… au point d’être le premier français à avoir signé sur трип (trip), le label de Nina Kraviz.

Avec le lancement de son propre label, Ostinato, et d’un nouvel EP, Antigone passe aujourd’hui de l’autre côté du miroir. Entre innovation et inspiration adolescentes, discussion avec le plus jeune vétéran de la scène techno métropolitaine.

Quel a été l’élément déclencheur de la création d’Ostinato ?

Ce qui a déclenché la création du label, c’est d’abord réussir à sortir d’une phase où, musicalement, j’étais un peu perdu. Je ne me retrouvais plus dans ce que Token, même si j’adore ce label, proposait. En un mot, je ne savais plus trop où aller. Ça m’a pris environ un an avant de trouver un fil conducteur clairement défini. J’ai pris le temps de faire plein des choses que je n’avais pas le temps de faire avant, comme me lancer dans le puits sans fond des tutos de production sur YouTube. Avec ces nouvelles compétences, j’ai pu mieux définir ce que je voulais faire. Pendant cette année de recherche, je me suis remis à écouter de la bass music, de la hard techno, de la schranz, de la d’n’b… Je me suis dit que le mélange de toutes ces influences ne pouvait pas sortir sur les labels technos habituels. Du coup je me suis dit « On y va ! ». Un nouveau départ et un élargissement des horizons dans un contexte où les frontières ont complètement éclaté dans le monde électronique. Je pense au retour de sonorités un peu EDM, des roulements de snares qui ne passaient pas du tout il y a quelques années.

Quelle en sera donc la ligne directrice ?

Ostinato, comme son nom l’indique, renvoie d’abord au côté répétitif de la techno. Donc je garde mon ADN. Cependant, je ne me fixe aucune limite de styles ou de genres musicaux. Ce sera à la fois mon propre espace d’expérimentation et l’occasion d’inviter des artistes dont j’apprécie le travail, qu’ils soient connus ou non. Éclectique en sera le maître-mot.

(L’ostinato, un peu comme le bourdon, est un procédé de composition consistant à répéter une formule rythmique, mélodique ou harmonique accompagnant de manière immuable les différents thèmes durant le morceau, ndlr.)

Rave, avec un esprit 90’s, mais aussi inspiré par l’antiquité grecque. Du pur Antigone, quoi.

Antigone

Pourquoi avoir choisi l’agence Golgotha, qui s’occupe de la partie visuelle, pour illustrer cet état d’esprit ?

Ils m’ont été présentés par un ami graveur, qui m’a montré leur site Internet. Je suis tombé tout de suite amoureux de leur esthétique. Tous les logos qu’ils faisaient semblaient se marier avec ma musique. Rave, avec un esprit 90’s, mais aussi inspiré par l’antiquité grecque. Du pur Antigone, quoi.

Comment as-tu élaboré ce nouvel EP, qui est plus brutal et moins organique que tes précédents projets ?

Sur 10 ans, on peut quasiment oublier d’où l’on vient musicalement. Et moi, je viens du métal et de la schranz. Je suis revenu dans ce truc un peu plus dur au cours de la dernière année, mais avec des idées un peu fofolles. D’autre part, j’ai effectivement un peu ralenti sur les machines. Pour avoir un certain son, tu es parfois obligé de revenir au software. Je trouve que ça s’y prêtait pour ce projet. Par exemple, j’ai beaucoup utilisé un VST qui s’appelle Anna 2 , et qui est fait pour la psytrance à la base. Ultra digital, très agressif et clair.

Cette première sortie brille également par sa versatilité. Outre les influences trance et broken beat, on y entend effectivement une influence métal, avec un sample du chanteur de Korn ! Peux-tu nous en dire plus là-dessus ?

Bien vu ! J’ai effectivement récupéré l’a capella de “Twist” ! C’est un morceau que j’ai redécouvert en faisant les cartons de mon ancienne chambre chez mes parents. Je suis tombé sur les vieux albums de Slipknot et Korn que mon grand frère écoutait, et qui m’avaient beaucoup marqué à l’époque. Il y a ce moment incroyable où il « scat », et je me suis dit que ce serait génial de pouvoir utiliser ça pour un morceau. Pour l’anecdote, c’est grâce à Slipknot que j’ai découvert la drum’n’bass, via ce jeu de double-pédale incroyable. J’avais besoin de revenir à ma jeunesse pour créer quelque chose de nouveau.

En tant que jeune vétéran de la nouvelle génération, que penses-tu de la scène techno actuelle ?

Malgré ma jeunesse, j’ai commencé il y a longtemps, c’est vrai. Je suis frappé par la productivité de la nouvelle génération, à tel point que c’est dur à suivre. Certains ont un rythme tout simplement hallucinant. En tout cas, ça me fait chaud au cœur de voir une génération à donf’ dans cette musique. Ça a pris un temps fou à redémarrer, mais on est en plein dedans maintenant ! Il y a aussi autre chose, c’est que la nouvelle génération n’a pas trop de filtres, un rapport plus décomplexé à la musique, et ça fait du bien. Ils découvrent un nouveau style tous les mois et le refont à leur sauce en deux temps trois mouvements ! On sort d’une ère où ça se prenait un peu trop au sérieux, en termes de musique comme d’image. C’est aussi l’idée du label : créer un espace d’expérimentation sans se prendre au sérieux.

Le mot de la fin ?

Je suis en train de terminer le deuxième EP, et ça va être du gros banger ! Il y aura peut-être un morceau dubstep… mais je préfère ne pas en dire plus.

Le nouvel EP d’Antigone sortira sur son nouveau label Ostinato le 14 février prochain. Le 21 février, il invitera Bjarki au Rex Club pour officialiser le lancement de cette nouvelle plateforme de création.

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