Pourquoi le dernier album de la Britannique Tirzah “Colourgrade” fait tant de bien

Photo de couverture : ©Lillie Eiger
Le 04.10.2021, à 20h49
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©Lillie Eiger
Photo de couverture : ©Lillie Eiger
Avec son nouvel album Colourgrade, la chanteuse Tirzah confirme une nouvelle fois la douceur exquise de son projet et nous offre une parenthèse enchantée dans son univers à la fois organique et synthétique. Un véritable remède au blues de l’hiver qui vient.

« Écouter de la musique, c’est comme ouvrir une barre de chocolat. » À l’écoute du nouvel album de Tirzah, on comprend exactement ce que cette dernière veut dire par là. Colourgrade, deuxième opus de la chanteuse britannique après l’acclamé Devotion en 2018, est sorti ce vendredi 1er octobre sur Domino Records, et il procure effectivement le même type de réconfort qu’un Kinder Bueno par un sale temps d’octobre.

Mère calme

Produit et coécrit avec ses amis et collaborateurs de toujours Mica Levy et Coby Sey, cet album permet à Tirzah de déambuler avec une sensibilité inouïe à travers ses sentiments les plus intimes, puisqu’il explore notamment les thèmes de la guérison, de la gratitude et de la parentalité. Interviewée par visio depuis son salon à l’heure de la sieste, l’artiste parle d’une voix très douce, comme s’il ne fallait pas réveiller ses deux bambins endormis. Elle raconte que la conception de Colourgrade est survenue entre les naissances de ses deux enfants. S’occupant de son premier, enceinte du deuxième, en pleine tournée, la chanteuse semble s’être laissée porter par cette période mouvementée, mais mariant ce qu’elle aime le plus et ce qu’elle sait faire de mieux : sa famille et sa musique. « Je n’y pensais pas trop consciemment, mais il se passait évidemment beaucoup de choses… Je ne peux pas vraiment vous dire où j’avais la tête, c’est probablement pour ça que cet album ressemble à un enchaînement de confessions de journal intime », analyse-t-elle. « J’ai enregistré à des moments précis ce que je ressentais à ces moments précis. En y réfléchissant a posteriori, ça semble plus intense que ce que ça ne l’était peut-être. »

C’est donc dans le brouhaha et le mouvement que Tirzah a su composer un disque qui respire pourtant le calme et la paix. Sûrement parce que ces fameuses « confessions » possèdent en fait un pouvoir cathartique puissant. « L’écriture est une évasion, et la musique a des propriétés curatives pour moi. Ça permet de se calmer, de s’éloigner du bord quand on sent qu’on peut basculer. Mais ça fait grandir aussi, lorsqu’on en tire un message ou que cela ouvre quelque chose en soi, une pensée ou une réflexion », confie-t-elle. L’apaisement et les enseignements que cet exercice semble avoir apportés à Tirzah se transmettent avec une simplicité déconcertante à l’auditeur, un peu comme le calme que partagerait une mère à son enfant en lui chantant une chanson. L’ambiance nocturne de morceaux comme “Crepuscular Rays” ou “Sleeping” ont d’ailleurs tous les effets d’une berceuse maternelle. Presque thérapeutique, Colourgrade a le don de chasser la fatigue et le blues pour nous envelopper dans une bulle de coton.

La sensualité des machines 

De sa voix chaude et rassurante, la chanteuse souffle ses textes poétiques et parfois très explicites, coécrits avec Coby, sur 10 titres à la frontière de la soul et du trip hop. Certains portent même par moment quelques traces de UK garage, scène pour laquelle elle cultive l’affection depuis ses sorties adolescentes dans les clubs de Londres. Des influences r’n’b de sa jeunesse (elle dit avoir « rincés » D’Angelo, Al Green, Jill Scott ou Destiny’s Child à ses débuts), Tirzah garde aujourd’hui la sensibilité et le timbre, mais en extrait le strict nécessaire pour produire des chansons finalement assez nues. Exit les longues phrases mielleuses des chansons d’amour, les paroles sont ici courtes, incisives, parlent peu, mais disent bien, et projettent dans chaque morceau l’intensité des émotions traversées. Chaque morceau est un poème ou un mantra d’une simplicité évidente, qui traite cependant de la profondeur et de la complexité des sentiments humains. Une ambiguïté qu’on retrouve par ailleurs dans la dimension sonique de l’album.

À fleur de peau, Colourgrade est porteur d’un son d’une hybridité particulière. Très électronique, la musique produite par Mica épouse la voix naturelle de Tirzah et ses tons parfois proches du parlé, l’accompagne de bruit blanc, de blips et de sons d’ordinateur… C’est cette union qui donne à l’ensemble une sensualité inédite, et offre un son à la fois synthétique et organique d’une rare justesse et d’un minimalisme parfait. Minimalisme pourtant obtenu sans rien enlever : « Mica et Coby écrivent, font les rythmes, et ce qui vient à moi et ce que j’ai à livrer est soit joué tel quel, soit pris et ajouté à une improvisation… On n’exclut rien, à part quelques rires ou fausses notes de ma part, et encore… On inclut même le son de la pièce. » Loin de la froideur habituelle des sons synthétiques, les machines semblent ici prendre vie au contact des imperfections de l’humain. Cette rencontre sonique s’incarne visuellement à merveille dans le clip du titre “Tectonic”. Réalisé par Fleur Melbourn, il déambule dans un paysage hybride, fait de peau digitalisée qui vibre et glitche au gré des basses. C’est là tout l’univers de Tirzah, frais et progressif, neuf et familier, caresse enveloppante dans laquelle on viendra puiser toute la chaleur nécessaire pour battre l’hiver.

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