Samba de la Muerte, ce labo électronique qui fait groover le Mexique

Écrit par Cécile Giraud
Photo de couverture : ©Ben Pi
Le 18.06.2020, à 22h30
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©Ben Pi
Écrit par Cécile Giraud
Photo de couverture : ©Ben Pi
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Le 26 juin prochain, Samba de la Muerte sort son troisième album, Landmark. Après le transcendant A Life with Large Opening, Adrien Leprêtre, le savant fou de ce labo expérimental à mille mains explose les frontières de genre avec une grande spontaneité. Dans la lignée des génies anglais de Mount Kimbie ou Caribou, ce beau projet s’exerce à rendre la musique électronique la plus organique possible. Ça valait bien une rencontre.

Prenez un chignon mal noué, un masque de ski digne des Bronzés et une toge blanche. Après quelques effets spéciaux à 2 francs, cuire le tout à Caen en plein confinement. C’est bon, vous avez le dernier clip de Samba de la Muerte, « Lockdown Groove ». À en visionner les 5 minutes de vidéo, on pourrait croire à un pétage de plomb survenu au bout de trois mois d’enfermement forcé par une épidémie ravageuse. Mais non, tout a été tourné fin mars en rentrant d’une tournée au Mexique. Si Nowadays Records et Adrien Leprêtre se tournaient autour depuis quelques années déjà, c’est ce morceau paru le 20 avril dernier sur YouTube qui a décidé la maison de disque à produire ce 3ème album groovy à souhait.

Une période étrange qui pousse à l’engagement

Landmark. « Repère », en français. Très utile dans un monde parfois si proche de vaciller. Si ce mot résonne parfaitement en cette période à mi-chemin entre un printemps confiné et un été incertain, Adrien a choisi de nommer l’album ainsi bien avant l’épidémie. Il s’explique : « Pour moi, tous les problèmes que rencontre notre société tournent autour du respect et de la liberté, » dit-il. « La nature, les humains… Parfois je suis juste attristé par ce que je vois, rien qu’en sortant de mon immeuble. Là, c’est le déconfinement, le temps s’accélère à nouveau, on se remet à courir derrière on ne sait quoi. Je trouve que ça engendre beaucoup de violence dans les mots et les actes. Donc on peut se demander où sont les repères qui nous aideraient à positionner le curseur de ses luttes et de ses envies de changements. Je suis encore en train de chercher et pour l’instant, ma seule manière d’être actif là-dedans c’est de faire de la musique et monter sur scène pour transmettre un message. C’est comme une tribune. Les gens sont libres de signer ou pas ! »

« Pour mon premier album, Colors, j’avais lu une histoire sur une enfant soldat appelée Ghadir, vivant à la bande Gaza. Elle disait, au nom des autres enfants soldats, qu’ils n’avaient pas de présent et peu d’espoir pour l’avenir. Donc la seule chose qu’il reste pour faire face à la bêtise des plus grands, c’est de rêver. La chanson « They Still Have Their Gun » raconte ça : même chez eux, ils ne trouvent pas le réconfort à cause de cette violence. Et tant qu’il y aura des armes, il y aura des malheurs ».

C’est un peu ça, Landmark. L’occasion de se soulever, réfléchir à notre place dans le monde, tout en faisant la vaisselle d’un énième repas cuisiné maison pendant le confinement. D’ailleurs, entre deux ramens, Adrien a peu à peu trouvé sa place au sein de Samba de la Muerte tout en restant chez lui, sans quoi cet album n’aurait jamais pu se concrétiser. « Je vois cette sortie comme la fin d’un chapitre. Landmark est un peu la face B de A Life with Large Opening. Il me restait des morceaux de cet album-là que j’avais prévus de sortir. « Lockdown Groove » et « Mit Manade » viennent vraiment apporter la touche afrogroove. Je peux enfin passer à autre chose maintenant. »

Samba, alias ou band ?

Pour son créateur, Samba de la Muerte est un laboratoire, un outil pour « faire des choses avec plein de gens ». « Même si on peut considérer que c’est presque un alias aujourd’hui. J’ai toujours monté ce projet à plusieurs, comme un groupe. Je ne me lasse pas de l’esprit jam ». Si Philippe Boudot, le batteur, est là depuis Colors, le labo a l’habitude d’accueillir artistes et univers différent.e.s. Pour le morceau « Mit Manade ». « J’avais vraiment besoin que quelqu’un chante sur cette chanson et que ça ne soit pas moi. Le label Nowadays m’a présenté le chanteur Kenyan Blinky Bill et ça a tout de suite collé. Malgré la distance, on a beaucoup échangé et la collaboration s’est faite naturellement. » La cover de Hugo LX ? « Je le suivais depuis un moment, donc je l’ai présenté à Nowadays. Je suis très content de ce remix dub. » Pour « Blackbone » ? « Martin Daguerre a souvent droit à sa mention, c’est un habitué de Samba. » Et The Supreme Urville Choir alors ? « C’est une bande de potes qui étaient confinés ensemble. C’est pas du tout un groupe, en fait. Mais ils ont participé, donc il fallait bien les nommer ! »

Samba De La Muerte by Sylvain La Rosa

L’afrobeat, à la vie à la mort

Le groupe, la jam, les potes. Même quand il est confiné seul, Adrien Leprêtre ne peut pas s’empêcher d’être plusieurs. Pour le clip de « Lockdown Groove », il se décuple en trois, demande à Philippe Boudot d’enregistrer les riffs de batterie sur son iPhone et le « groupe » The Supreme Urville Choir fait les chœurs sur Skype. On le connaissait avec les Concrete Knives…. puis avec la séparation du groupe Normand, un peu moins. Mais mine de rien, Samba fait furieusement taper du pied. « Depuis des années, je suis fasciné par les rythmes qui viennent de l’Afrique de l’Ouest : le Sénégal, le Mali, le Nigéria… Tony Allen et Fela Kuti ont accompagné mon adolescence. Et ce qui est formidable, c’est que Philippe sait jouer cette musique-là. J’ai beaucoup appris de son groove, que j’ai mixé avec ma sensibilité électronique. Ça donne une sorte d’afrobeat du futur teinté de gqom, un mouvement qui m’inspire beaucoup ».

Je n’aime pas me sentir trop à l’aise dans un style de musique et m’y cantonner pour tout ce que je produis

Né dans les années 2010, le gqom s’est très vite exporté depuis la province de KwaZulu-Natal, en Afrique du Sud. Vu comme la version sudafricaine de la house music par l’artiste Solani G, ce genre qui se danse avec des genoux pliés et poignets cassés est en filigrane de Landmark. « Je n’aime pas me sentir trop à l’aise dans un style de musique et m’y cantonner pour tout ce que je produis. J’aime pouvoir emmener mon public vers des univers différents, tout en ajoutant ma touche. Quand on reconnaît ta patte en t’écoutant seulement quelques secondes, c’est que tu as réussi. Ou en tout cas, ça veut dire que tu commences à récolter les bons fruits. »

Landmark est disponible dès le 26 juin sur toutes les plateformes d’écoute et sort chez Nowadays Records.

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