La légende du hip-hop Afrika Bambaataa accusé d’abus sexuel

Écrit par Camille Deutschmann
Le 13.04.2016, à 11h24
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Écrit par Camille Deutschmann
Ronald Savage est encore gamin lorsqu’il rencontre Afrika Bambaataa, l’un des pionniers du hip-hop de New York, à la fin des 70’s. Savage participe au bourgeonnement de la scène du Bronx aux côtés de celui qu’il considère alors comme son mentor, celui qui, avec “Planet Rock”, a fait du rap un phénomène en 1982. L’allégresse n’aura duré qu’un temps selon Savage, qui accuse Bambaataa d’avoir abusé sexuellement de lui en 1980. Plus de trente ans plus tard, il affirme encore en souffrir.

“Je veux qu’il sache à quel point il m’a fait souffrir”, confesse, lors d’un entretien avec le Daily News samedi, Ronald Savage, âgé de 50 ans. Lors des faits, il en avait 15. À ce moment-là, il évoluait autour de la Universal Zulu Nation, un collectif lancé par Bambaataa dans les années 70. Pendant toute son adolescence, il dit avoir lutté contre ses pensées suicidaires : il évoque ces sombres années dans son mémoire, publié indépendamment en 2014, Impulse Urges and Fantasies. S’il en parle maintenant, c’est qu’il espère faire changer le délai de prescription de la justice new-yorkaise, qui n’autorise les victimes d’abus sexuels à porter plainte qu’avant leur 23e anniversaire. En France, le délai de prescription peut aller de 10 à 30 ans après les faits, selon l’âge de la victime. Savage dit ne pas faire cette démarche pour un quelconque dédommagement, mais cherche juste à se soulager de ce secret, qui le hante depuis des années, et à s’adresser aux enfants qui ont connu la même souffrance.

“Je veux qu’il sache à quel point il m’a fait souffrir”

“Cela m’a pris toutes ces années pour en parler. J’étais embarrassé. Je me sentais honteux”. Savage, également membre du parti démocratique de Bronx, ajoute que Bambaataa était âgé de 23 ans quand il l’a abusé, à cinq reprises, il y a 36 ans de cela. S’il n’en a pas parlé à la police à cette époque, il s’est confié, des années plus tard, à sa mère, son ex-femme et à ses petites amies. “Les gens ne comprennent pas pourquoi vous avez peur”, ajoute Savage.

Bambaataa ne s’est pas manifesté sur le sujet, mais son avocate Vivian Kimi Tozaki a publié un démenti la semaine dernière. “Des déclarations diffamatoires ont été publiées, cherchant à nuire à la réputation de mon client et à le faire baisser dans l’estime de la communauté, dissuadant ainsi les gens de s’associer avec lui ou de traiter d’affaires”, a-t-elle déclaré, faisant référence au livre de Savage. “Ces déclarations témoignent d’un mépris pour la vérité et ont été publiées par une personne qui cherchait à faire de la publicité.”

Chuck Freeze de Jazzy Five, qui a partagé la scène avec Bambaataa et était ami avec Savage au moment des faits, affirme que Savage ne ment pas : “Ronald est le genre de mec que vous pouvez croire. […] On n’avait pas idée de ce qui se tramait, mais si on avait été au courant, on ne l’aurait pas toléré”, ajoute Freeze, de son vrai nom Charles Foushee. Un membre de la Zulu Nation, Quadeer Shakur, qui n’a pas souhaité commenter cette histoire, a menacé de porter plainte pour diffamation contre Savage, l’accusant d’avoir inventé cette histoire pour promouvoir son livre. Ce sont donc des voix qui s’élèvent les unes contre les autres au sujet de ce sombre épisode dont on attend le dénouement.

Afrika Bambaataa donnera cinq concerts durant sa tournée, du 16 avril au 19 mai.

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