Ada Kaleh România : l’interview fleuve

Écrit par Trax Magazine
Le 17.04.2014, à 15h20
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Écrit par Trax Magazine
Ada Kaleh est un artiste de la scène techno roumaine dont les productions oscillent entre musique de danse et contradiction de la mesure. Comme une suite d’événements qui émergent aux côtés d’une conduite répétitive, sa musique ne se réclame d’aucune influence directement liée à la techno, mais se propose plutôt d’endosser le rôle de support pour la convocation d’éléments extérieurs. À l’occasion de la sortie de son brillant EP Zâna Zorilor, nous avons voulu lui poser quelques questions sur son travail qui assume avec singularité ses belles différences.

Quand as-tu commencé la musique ? As-tu suivi une formation ? Parle-nous un peu de tes débuts dans la musique électronique. 

Je suis dans la musique depuis mon enfance. J’ai étudié le piano et le violon pendant une courte période… mais lorsque je me suis mis à produire, j’ai tenté un premier essai aux alentours de 1998 quand mes parents m’ont offert mon premier ordinateur. Ça a été un désastre bien sûr : faire de la musique construite exclusivement sur des kicks et des hi-hats n’a probablement pas été la meilleure idée que j’eue à ce moment-là. Je me suis amélioré au fil des années, bien que je ne sois toujours pas convaincu.

Que peux-tu nous dire à propos de tes influences techno et house ?

Pour être honnête, aucune de mes influences ne viennent de la house ou de la techno. Je suis un grand fan de rock psychédélique des 60’, d’indie moderne électronique, de post-rock et toutes autres sortes de sons acoustiques et naturels.


“Je n’envisagerais même pas de me considérer comme un producteur de techno, minimal ou house à ce niveau-là. Peut-être plutôt comme une sorte de mélange de tous les genres et sons que j’aime, mais avec une touche dancefloor.”

Tes rythmiques sonnent parfois comme de vrais instruments, peux-tu nous exposer ta manière de produire ?

Parfois j’essaie d’utiliser des enregistrements de vrais instruments, sinon je modifie tellement mes sons qu’ils sonnent comme de vrais instruments. Mais oui, je suis attiré par les instruments naturels. J’aime ces textures riches et organiques. Quand il s’agit des rythmiques, je place toujours tout à la main dans mes arrangements ; je ne suis jamais la structure typique de la dance music. Pas parce que je n’aime pas ça, c’est juste que je le sens différemment.

Zâna Zorilor EP

Ton dernier EP Zâna Zorilor, fraîchement sorti sur ton propre label, a des aspects narratifs qui rompent avec la répétition classique de la dance music. Tu peux nous donner ta vision de la techno actuelle ?

J’aime utiliser des thèmes et des mélodies dans mes tracks. Je ne suis pas partisan d’une musique hyper loopy. Je ne peux pas dire que j’ai une vision de la techno, mais j’essaie un peu de casser le pattern en le confrontant aux éléments d’autres genres. Je veux que ma musique soit psychédélique avant d’être groovy, mélodique et émotionnelle avant d’être efficace. Beaucoup de tracks techno sonnent bien uniquement en club avec un gros soundsystem.


“J’essaie de faire ma musique de manière à ce que l’on puisse l’écouter dans sa voiture, sur la radio de sa grand-mère, dans son casque, un peu n’importe où.”

Le background sur tes tracks est souvent en mouvement, c’est assez surprenant quand un motif mélodique ou rythmique très caractérisé émerge. Comment considères-tu l’événement dans tes morceaux ? Par “événement” j’entends un motif complètement dissocié du reste de ton morceau, et qui apparaît simplement et brièvement, sans conduire à une nouvelle situation.

Je n’étais même pas au courant que je faisais ça avant que tu l’indiques ! J’aime avoir des éléments qui se mélangent ensemble et évoluent tout au long du track. Certains reviennent et d’autres progressent et interagissent constamment. Ça fait bouger le morceau, ça le garde en vie et cultive une surprise qui fait dévier l’auditeur des boucles rythmiques.

Tu es, pour le moment, le seul producteur sur ton label. Est-ce que tu prévois de collaborer avec d’autres artistes ?

Oui je suis le seul artiste sur mon label et je pense que ça ne va pas changer, au moins pour très longtemps. Ada Kaleh Romania est un support pour ma liberté et ma vision, et je dois remercier mon ami André de chez Decks pour ça. Il a juste compris et accepté la totalité du concept : musique, artwork etc… et il me laisse faire peu importe la manière dont je le sens.

Tu as d’autres projets nommés Jules und Jazper & Indie Jules. Est-il possible de faire une comparaison avec Ada Kaleh ?

Jules und Jazper était un projet que j’ai eu il y a quelques années avec mon pote Jasper van den Ende. On a eu quelques très bonnes sorties sur Ostwind Records et Amuse Gueule. C’était une période fantastique, j’ai appris beaucoup de choses de cette collaboration. Et en même temps que Jules und Jazper avançait, j’expérimentais aussi l’indie électronique et le post-rock avec Indie Jules. Je ne crois pas qu’il soit possible de comparer mes projets, ils reflètent tous une facette complètement différente de moi. C’est comme avoir plusieurs troubles de la personnalité.

Tu mixeras au Concorde Atlantic le 20 avril, c’est ta première date sur Paris ? Qu’est-ce que tu penses de cette ville ? Il y a des artistes français que tu connais, écoutes, supportes ?

Oui c’est ma première fois sur Paris, j’espère que ce sera un beau moment. J’ai entendu dire que j’avais pas mal de fans à Paris, et j’espère qu’ils passeront un bon moment avec moi et mes beats. Je reviendrai vers toi avec une réponse à propos de ce que je pense de Paris après ma visite, mais je suis sûr que j’adorerai. Ces dernières années, je suis devenu bien copain avec Varoslav de Rue de Plaisance. C’est un mec super qui a fondé un label fantastique. Je suis sûr que je découvrirai assez tôt de nouvelles personnes et artistes géniaux en France.

Jérémy Nicolas

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