À voir : Quand Mad Rey installait son studio sauvage dans une usine désaffectée

Écrit par Simon Clair
Photo de couverture : ©Thaddé Comar
Le 25.04.2022, à 16h37
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©Thaddé Comar
Écrit par Simon Clair
Photo de couverture : ©Thaddé Comar
En pleine pandémie, alors que s’enchaînaient les confinements et les couvre-feux à répétition, le producteur et DJ parisien Mad Rey est allé se retrancher au calme dans le décor post-apocalyptique d’une ancienne usine de papeterie au fin fond de l’Île-de-France. Visite du studio éphémère qu’il s’est aménagé le temps que le monde revienne dans le droit chemin.

Propos recueillis par Simon Clair
Photos : Thaddé Comar

C’est un endroit perdu en bordure de rivière, tout au fond du département de Seine-et-Marne. Au milieu des champs, le Studio Orta Les Moulins a tout d’un monde à part. Les herbes folles y poussent au milieu des entrepôts et des hangars abandonnés. La rouille s’y mélange à la poussière et aux feuilles. C’est ici que s’est installée, il y a quelques années, la Galleria Continua, qui redonne vie aux lieux en y organisant des expositions d’art contemporain. C’est aussi là que, en pleine pandémie, le DJ et producteur parisien Mad Rey est venu se mettre au vert, loin de la torpeur de la capitale, sur une invitation du collectif La Totale, en 2020. Une résidence qui lui a permis de s’aménager un petit studio aux faux airs de bunker, caché derrière les bâtiments de briques. À l’intérieur, Quentin Leroy, de son vrai nom, a privilégié la simplicité : une table, une chaise dépliante de camping, des petites enceintes blanches, quelques discrètes machines et des dizaines de bouteilles d’eau vides qui témoignent d’un été caniculaire. Il n’en faut pas plus pour lui, qui a toujours privilégié l’enthousiasme, la débrouille, l’envie et la passion dans sa manière de composer. Une approche qui commence d’ailleurs à porter ses fruits. Après des débuts à produire majoritairement des instrumentaux de rap, puis à enchaîner les sorties plus électroniques sur son label Red Lebanese ou chez D.KO Records, dont il est l’un des fondateurs, Mad Rey s’est récemment rapproché de l’écurie Ed Banger. « J’étais à un moment de ma carrière où je me posais plein de questions, je ne savais plus trop où aller », explique le musicien tout en triturant son séquenceur MPC. « Je commençais à avoir trop de matière et je ne savais plus comment l’organiser. J’avais besoin d’un interlocuteur. Un ami m’a conseillé de parler à Busy P, qui habite aussi dans le XVIIIe arrondissement. J’ai toqué à la porte et on s’est rencontré. À la base, je venais vraiment pour bavarder, mais Busy P m’a très vite proposé de signer sur Ed Banger. Ça a été un gros coup de boost pour moi. » Première sortie de Mad Rey sous la bannière Ed Banger, l’EP B.R.O a déjà fait forte impression grâce au single “Joe Da Zin”, sur lequel il invite le rappeur Jwles, avec qui il construit, au fil du temps du temps et des collaborations, une relation artistique aussi singulière que productive. « Concrètement, c’est comme un premier morceau que j’aurais sorti après dix ans de travail. C’est un peu le son rap que j’ai toujours rêvé de faire. Mais j’ai déjà plusieurs EPs et plein d’autres projets qui sont prêts. » Dès qu’il se décidera à quitter son studio bunker pour remonter sur Paris, le retour de Mad Rey s’annonce donc tonitruant. Avec ou sans chaise de camping.

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« Avant, c’était une usine de papier ici. Quelque chose d’assez gros, avec un moulin, au bord de la rivière, où viennent parfois se baigner les enfants du coin. Dans ces entrepôts, on fabriquait des billets de banque, des passeports, des cartes d’identité, ce genre de choses. Maintenant, il y a les ateliers du Studio Orta. Le collectif La Totale qui aide les jeunes artistes m’a proposé de venir travaillé ici pendant les périodes de confinements et de couvre-feux. Comme je n’ai plus le studio que j’avais avant à Montreuil, je me suis dit que c’était l’occasion parfaite pour teste ce format mi-summer camp mi-boulot. »

©Thaddé Comar

« Juste derrière, à cinq minutes en voiture, il y a la ville de Coulommiers. C’est direct de Paris au départ de la Gare de l’Est. Tu sors de la ligne 7 du métro, tu prends le train P et tu arrives ici en à peine une heure. Donc ce n’est pas si loin. Et franchement, je travaille beaucoup mieux ici que quand j’étais dans des studios à Paris ou à Montreuil. Dans cette période de Covid, on avait besoin de respirer. C’est plus facile pour moi de me concentrer sur ma musique dans ce contexte, au vert. Surtout que j’ai pris l’habitude d’être en studio quotidiennement. »

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« J’ai dû refaire un peu mon équipement pour travailler ici. J’utilise beaucoup la MPC, et un peu de matériel pour enregistrer des voix, parce que c’est quelque chose que je bosse beaucoup en ce moment. Mais je n’ai pas beaucoup de matériel, j’aime bien quand c’est assez léger, quand il n’y a pas trop de choses. De toute façon, je ne suis pas un vrai geek de matos. Ce que j’aime, c’est surtout que les choses se fassent. C’est aussi pour ça que j’aime tout particulièrement la MPC. C’est une machine très intuitive, qui peut s’apprendre facilement et avec laquelle on peut faire beaucoup de choses. J’aime bien montrer à tout le monde comment ça marche. Ici, en général, tout est branché donc quand des gens viennent me voir, on peut très vite faire tourner un beat et s’amuser avec. »

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« Je suis passé par l’École des Beaux-Arts. J’y ai commencé des études de peinture, mais je n’ai pas fini le cursus. Je passais trop de temps à faire de la musique sur mon PC. Mais ça m’a appris à me diversifier et à m’ouvrir sur l’histoire de l’Art et sur d’autres pratiques. De toute façon, je reste quand même quelqu’un d’assez manuel. J’aime bien faire des bricolages, de la peinture, des choses comme ça. Par exemple, en ce moment, je suis en train de fabriquer un panneau d’isolation pour le studio. J’aime bien ce genre d’activité, ça me permet de faire un break. Mon rêve, ce serait de fabriquer un jour mon propre sound-system. »

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« Quand j’ai commencé à travailler en studio, je ne voulais surtout pas qu’il y ait de contraintes. C’est vrai que ça a parfois été un peu problématique, parce que j’ai fait un peu le rebelle, c’était très libre. Mais j’ai gardé cette manière de travailler et ce rapport très amical avec les artistes. Il n’y a jamais eu d’argent en jeu avec eux. C’est plutôt l’idée d’être entre nous, de passer des bons moments, de s’offrir cette disponibilité. J’investis de mon temps et de mon argent pour faire des projets comme ça. Avec le cœur. C’est ça mon rapport au studio. »

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