À voir : le shooting complètement barré des Parisiens de Contrefaçon

Écrit par Lucien Rieul
Photo de couverture : ©Camille Mompach
Le 13.11.2019, à 15h12
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©Camille Mompach
Écrit par Lucien Rieul
Photo de couverture : ©Camille Mompach
Sorti en septembre 2019, Mydriaze, le premier album doublé d’un film des musiciens-vidéastes Contrefaçon, est un condensé de nos nuits blanches : féroce, contemplatif et déphasé. Générationnel, même, si l’on ose le terme. À l’occasion de cette sortie, Trax organisait une rencontre sans filtre. Il seront à l’Espace Django à Strasbourg le 14 novembre pour un concert électro-jazz avec Fellaxion et le groupe de rock Schnack VS la techno de Cheap House.

Cet article a initialement été publié en septembre 2019 dans Trax n° 224, disponible sur le store en ligne.

Lorsqu’ils visitent pour la première fois la capitale française, les touristes sont parfois victimes du “syndrome de Paris”. Pas préparés à la réalité du terrain – nerveux, injuste, crasseux – par la vision idéalisée de la Ville lumière que leur vendent les agences de voyages, les pubs de parfum et le cinéma de Woody Allen, ils tombent en état de choc. À en être hospitalisés, parfois. La solution ? Projeter les films de Contrefaçon dans toutes les ambassades. Mesure préventive.

Leur casting : des dealers de réalité virtuelle au look bombers-crâne rasé ; des voyous en descente ; des escrocs à la petite semaine ; des beautés fatales et fatalistes. Et surtout, dans le rôle principal, la nuit. Celle des néons aveuglants, des pulsations techno, des kebabs froids et d’une Tour Eiffel que l’on n’aperçoit plus que depuis le métro aérien, au loin, à travers une vitre taguée à la clef. « On essaie d’y insuffler un peu de poésie », assurent pourtant les quatre membres du groupe. « Nous, ça fait vingt ans qu’on vit à Paris : c’est de la merde, du crack et le métro. Mais ces lieux que tu ne voudrais pas traverser tous les jours, une fois que tu y ajoutes de la musique et un peu de dramaturgie, ils retrouvent du sens et de la beauté ».

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©Camille Mompach

Pour le court-métrage qui accompagne la sortie de leur premier album Mydriaze (ou est-ce l’inverse ?), Mike Doe, MandelBoy, Antipop et Junk8 n’ont fait aucun repérage. Leur histoire de braquage foireux, de blanchiment d’argent dans des laveries, de Bitcoin et de cagoules Nike se trame dans des lieux qu’ils squattent depuis l’adolescence. Contrefaçon n’a que trois ans, mais la collaboration des quatre gaillards remonte au collège. De ces années-là, ils ont gardé l’empreinte musicale des bols de céréales engloutis devant Hit Machine. « C’est une époque qu’on a eu le temps de digérer. Sur M6, tu avais du Daft Punk et du Prodigy. L’électro avec des clips, on a été nourris à ça ». Aujourd’hui, ils piochent sans complexes dans le gabber, la hard techno, le breakbeat et l’acid house à la Orbital. Le résultat se décline en tubes bastonnants et clips filmés à la snorricam bricolée, cavalant entre Guy Ritchie et Kourtrajmé.

« On a des petites caméras, alors on les fout là où les grosses ne peuvent pas aller ». Au Théâtre du Châtelet, décor de ce shooting, le groupe a encore voulu aller là où on ne les attendait pas. Dans les salons dérobés, plutôt que sur la grande scène — même s’ils commencent à avoir l’habitude de cette dernière, après avoir tourné aux côtés de Vitalic. Les Grecs et les pizzas, ils ont insisté pour les amener eux-mêmes. Histoire que ça ne fasse pas trop sérieux. Car les membres de Contrefaçon sont plus authentiques qu’il n’y paraît. « Tout ce qu’on met dans nos films vient de notre vécu, avance le quatuor. Il n’y a que les exagérations qui font rentrer ça dans la fiction. Les acteurs, ce sont nos potes. Les fringues, elles viennent de notre garde-robe. Les histoires de larcins… Disons qu’on a pu faire des petites bêtises. On trouve des clefs de bagnole, on prend la bagnole, on fait un tour avec. Voilà quoi ». Restons méfiants, donc : avec leur album, les titis parisiens de la warehouse pourraient bien réaliser le casse de l’année.

Il seront à l’Espace Django à Strasbourg le 14 novembre prochain. Toutes les informations sont à retrouver sur la page Facebook de l’événement.

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