À voir : le live de Nina Kraviz à Coachella est disponible en intégralité

Écrit par Alexis Tytelman
Photo de couverture : ©D.R
Le 31.07.2019, à 15h52
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©D.R
Écrit par Alexis Tytelman
Photo de couverture : ©D.R
La captation vidéo de la performance de Nina Kraviz au festival Coachella, qui a tant divisé les internautes, est enfin disponible en intégralité. Et démontre une volonté de la part de l’artiste, au mépris des polémiques, de faire des scènes de festival un nouveau terrain d’expérimentation et, c’est désormais flagrant, de mise en scène parodique du narcissisme souvent attribué à la star de la techno.

Parmi la farandole de têtes d’affiches présentes lors du festival Coachella, il en est une qui, incontestablement, a fait plus de bruit que les autres : Nina Kraviz. Pour la première fois dans sa carrière, la productrice et DJ russe s’est en effet essayée au live, non sans susciter la polémique. 

Beaucoup se sont alors arrêtés sur le fait que l’artiste se soit essayée au chant sur scène. Une tentative qui a provoqué le malaise, sinon l’hostilité. « Nina Kraviz invoque des esprits sur scène. J’ai peur », déclarait alors une internaute. Des réactions qui, confiant la productrice récemment à Papermag, « ont été volcaniques. Certains ont été choqués, d’autres ont adoré, ou détesté le show à tel point qu’ils ont eu l’impression de devoir m’insulter sur mes réseaux sociaux. La plupart de ces commentateurs ont basé leur opinion sur cette heure de concert à partir d’une vidéo de 3 minutes ».

Toutefois, la publication par le festival d’une captation complète de la performance pourrait bien changer la donne. Car cette dernière, au-delà des témoignages, démontre au moins une chose : Nina Kraviz a proposé quelque chose d’unique et original. Et si cela a pu en rebuter certains, cet effort a également suscité l’admiration de ceux qui, sur Youtube, louent son caractère “avant-gardiste” et “spectaculaire”.

Que dire donc d’A/V show, ce live audiovisuel long de 57 minutes ? En un mot, qu’il est tout entier centré sur la personne de Nina Kraviz. Un élément également présent dans ce petit bijou d’ironie mégalomaniaque qu’est le clip du morceau “I Want You” qui, explique-t-elle, « a été filmé avec le même minimalisme que le concert ».

Prenant place dans un décor reproduisant son appartement russe et, explique-t-elle, visant à faire entrer le public dans son intimité et « sa vie quotidienne » — miroirs, canapé et table de cuisine incluse —, Kraviz déambule, se maquille, danse, feuillette un livre, se fait du thé, récite (effectivement) des sortes d’invocations sataniques, et se roule sur le tapis de manière lascive. Une étrange chorégraphie sublimée par un VJing également autocentré, entre déformations psychédéliques du visage de l’idole, formes abstraites, extraits de vidéos et diffusion sur écran géant de ses actions sur scène. S’arrêtant de temps à autre au micro, Kraviz interpelle le public, pousse des cris et, il faut l’admettre, chante avec une justesse effectivement approximative tout en déclenchant des arrangements qui, au cours du concert, n’auront de cesse d’évoluer.

Musicalement, on est assez loin des DJ sets habituels de la fondatrice de trip recordings, rendant compréhensible la surprise et l’incompréhension d’une partie du public. Comme le souligne à juste titre l’article de Papermag, « Ce live aurait sans doute été plus adapté à une galerie d’art qu’à la scène principale de l’un des festivals de musique les plus populaires au monde ». C’est vrai, mais on ne peut que saluer la tentative — quand bien même maladroite et perfectible — dans un environnement, celui des festivals-mastodontes, globalement régi par le primat de l’efficacité et l’aversion au risque.

Durant les 15 premières minutes, le ton est donc résolument expérimental, oscillant entre ambient, noise et percussions erratiques. Mais alors que la phrase « I’m just trying to be close » résonne en boucle aux alentours de 15 minutes, une pulsation techno fait progressivement son entrée. Elle donnera le ton de la suite du live qui, conservant sa dimension mystique, reposera sur une assise rythmique plus rassurante pour le public avant que, dans les chaos des nappes industrielles du bien nommé “Acid Storm”.

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