À voir : la nouvelle création de la chorégraphe Meg Stuart dégomme la notion de temps et d’espace

Écrit par Cécile Giraud
Photo de couverture : ©Martin Argyroglo
Le 25.11.2021, à 15h56
03 MIN LI-
RE
©Martin Argyroglo
Écrit par Cécile Giraud
Photo de couverture : ©Martin Argyroglo
En partenariat
avec
Du 13 au 15 décembre, Le lieu unique à Nantes accueille la dernière pièce de Meg Stuart, Cascade. Un véritable périple hors des rythmes, où les chorégraphies envoient valser la linéarité du temps. Immersion intergalactique garantie.

Depuis 20 ans, Meg Stuart recompose sans cesse la danse contemporaine. Entre Disfigure Study (1991) et Violet (2021), les chorégraphies sont toujours mouvementées, presque sportives. Si bien que ses danseur·euse·s feignent l’évanouissement à la fin de chaque représentation. Cette année au lieu unique, il semble que la chorégraphe américaine a décidé d’assumer entièrement le caractère performatif de ses pièces. Cascade, c’est le nom de sa nouvelle création, qui se jouera du 13 au 15 décembre dans le centre de culture contemporaine nantais.

Se perdre sur la scène

Cascade. Un mot si simple pour décrire une myriade de phénomènes : le déversement, le rebondissent, l’eau qui coule… Cascade, c’est aussi le radical du mot “cascadeur·se”, celui ou celle qui prend des risques. « Il y a un rapport au fait de se montrer vaillant », expose Meg Stuart. « Pas comme un super-héros, mais dans le sens où on transcende son univers habituel, où on vit dans un état de déséquilibre, d’ignorance, et on se met en mouvement à partir de là. » Ainsi, trébucher, bégayer, sauter en l’air sans se demander comment on retombera sont les maîtres mot de la pièce. Pour accéder à cet espace infini (représenté par une image de galaxie étoilée), chaque pas est extrême, intense et délicieusement instable.

J’aime considérer les tambours comme une machine à remonter le temps.

Igor Dobricic

En effet, à la manière d’un trou noir, la scène absorbe les chronologies linéaires pour perdre le public. Une distorsion des rythmes effrénée, prenant place sur toute la scène. Dans cette cascade de mouvements infinie, improviser la liberté est de mise. Le public doit alors être particulièrement attentif : il doit s’immerger dans la pièce, plutôt que de suivre une succession d’évènements, car beaucoup d’actions se déroulent en même temps sur le plateau.

Les percussions, ces marqueurs de temps

Pour accompagner cette instabilité dansante, le producteur de musique électronique Brendan Dougherty a travaillé main dans la main avec deux percussionnistes. Le dramaturge Igor Dobricic n’aurait pu concevoir la pièce sans ces toiles de peau tendues : «J’aime considérer les tambours comme une machine à remonter le temps. Ils ont la capacité de ralentir ou d’accélérer les choses, de les rendre plus intenses ou de les dégonfler », confie-t-il. Si bien que parfois, dans Cascade, les danseur·se·s devancent la mesure tapée ou s’en décalent, sans pour autant la mépriser. Une tendance très encrée dans la carrière de l’artiste: « J’ai toujours entretenu un rapport évasif avec les mesures et les rythmes. À mes débuts, je m’efforçais de supprimer les phrases chorégraphiques et les pas comptés. Je ne les ai jamais aimés », se souvient-elle.

Dernière pièce de ce puzzle déstructuré, la scénographie imaginée par Philippe Quesne joue elle aussi le rôle de machine à remonter le temps. Comme un canon infini, chaque acteur·ice de la galaxie donne à répétition une information répétitive, singulière et précise. Meg Stuart le décrit comme personne : « Les énormes coussins gonflables enflent et s’affaissent, comme s’ils inspiraient et expiraient. De l’autre côté du plateau, il y a une rampe qui représente clairement un accès à l’espace, mais en même temps elle semble figurer le bout de la ligne. Donc il y a des cycles constants de commencement et de fin. La toile de fond y ajoute l’image d’une galaxie, d’un amas d’étoiles, évoquant ainsi l’infini, l’intemporel, un temps d’une telle immensité qu’on ne peut même pas se l’imaginer parce qu’elle est insaisissable par les sens rationnels. »*

Décupler les possibilités, voilà donc la mission de ce spectacle immersif où le temps est suspendu. Toutes les informations et la billetterie sont à retrouver sur le site internet du lieu unique.

*:Tous les propos ont été recueillis par Julie Dr Meester.

Newsletter

Les actus à ne pas manquer toutes les semaines dans votre boîte mail

article suivant