À voir : le collectif de Montréal Vertige revisite l’expérience de Milgram sur fond de grosse techno dans son nouveau clip

Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©DR
Le 23.06.2022, à 11h34
05 MIN LI-
RE
©DR
Écrit par Trax Magazine
Photo de couverture : ©DR
0 Partages
MOLZK, producteur français installé dans la métropole québécoise, vient de sortir “Cluster Headache”, un EP de techno sombre et énervée accompagné d’un clip vidéo tout aussi dark.

Propos recueillis par Elsa Fortant

On ne change pas une équipe qui gagne ! Après le succès du live Double ! sorti cet hiver, Vertige reprend du service. Le producteur MOLZK et le réalisateur Adrien Taret dévoilent une nouvelle production audiovisuelle à l’occasion de la sortie du titre “URUBU Is Dead”. Ils se réapproprient avec habileté les codes du film d’horreur et de la science-fiction, tout en proposant une critique sociale s’inspirant de l’expérience de psychologie portant sur l’obéissance et la soumission à l’autorité, menée par le professeur Milgram, aux États-Unis, dans les années 1960. Spécialement pour Trax, les deux créateurs décryptent quelques images issues du clip. 

MOLZK, tu sembles raconter une histoire avec les tracks de “Cluster Headache”, quelle est-elle ? 

MOLZK : “Cluster Headache”, c’est une des séquelles d’un accident qui a failli me coûter la vie. C’est une sorte de migraine intense, qui te donne envie de mourir tellement la souffrance est forte. J’aime la musique qui extériorise une douleur, je la trouve plus sincère, plus intense. C’est ce que j’ai essayé de faire avec cet EP. J’ai demandé à Cora Novoa de participer pour apporter quelque chose de moins sombre à l’EP. Puis à Ma Čka pour enfoncer le clou de la brutalité. Ce sont deux productrices que j’adore pour leurs univers différents et c’est une vraie chance pour moi qu’elles participent à l’EP, j’en reviens toujours pas.

Avant de parler de tes inspirations visuelles pour le clip, peux-tu nous parler de tes inspirations musicales ou sonores ?

M : Mes inspirations musicales se situent principalement plus du côté du néo-métal des 90’s, Rob Zombie, Korn, Slipknot. J’aime l’énergie et l’intensité qui s’en dégage. Je retrouve cette intensité dans des producteurs.rices comme KRTM, Ansome, Rebekah ou Manni Dee, dont j’admire le travail. C’est brut, percutant, mais à la fois la mélancolique.

Utilises-tu le même set up en live et lorsque tu composes ? Comment décrirais-tu ton processus de création musicale ?

M : Oui, j’utilise les mêmes machines en studio et en live. Je veux pouvoir switcher de mon home studio à la scène sans réfléchir à un nouveau set up. Donc j’utilise Akai Force, Peak, Typhon, Minibrute2s et DFAM pour composer des démos, trouver les structures. Ensuite je mets tout ça dans Ableton pour rajouter des effets et finaliser les tracks.

Parlant de processus, j’ai l’impression qu’une bonne partie du collectif Vertige est impliqué dans le projet. Comment ça fonctionne entre vous, qui fait quoi ? 

M : Oui, disons qu’on a compris que pour les projets que l’on veut faire, on a besoin de l’implication de tous. Vu qu’on a très peu de budget, on essaie de rassembler toutes nos ressources et nos compétences pour arriver au résultat qu’on souhaite. Sur ce projet particulièrement, on était quatre à façonner le tout : Adrien Taret, toujours aussi talentueux derrière la caméra. On a travaillé fort tous les deux pour les concepts du clip et pour pouvoir les mettre en œuvre. Ensuite Lucas Fiorella (alias URUBU), c’était l’homme à tout faire indispensable, qui a supporté tous nos délires. Et puis le genius Josué Zabeau, qui s’occupe du design 3D, donc beaucoup de l’identité visuelle de Vertige (il a notamment travaillé sur le dernier clip de Apashe et Vladimir Cauchemar, “RIP”). Une phrase pour le résumer ce serait : « Pour toutes questions techniques, adressez-vous à Josué ». Et il trouve toujours une solution. Puis moi dans tout ça, j’ai produit la musique et fait en sorte que techniquement le projet se réalise.  

Que ce soit avec le live Double ! ou avec le clip de “Urubu Is Dead”, tu cultives une identité visuelle forte, comment la décrirais-tu ? Peux-tu nous expliquer ta démarche plus en détails et ce qui te motive à mettre autant d’énergie sur cet aspect ? 

M : Oui j’essaie d’avoir une identité visuelle qui flirte entre la violence et le malaise, en gardant du second degré. Je trouve ça important de ne pas trop me prendre au sérieux. Avec le visuel en plus de la musique, on peut créer un univers vraiment profond, raconter une histoire. Surtout dans la musique techno où il y a rarement des paroles. En plus, Adrien adhère à ce délire. On adore l’univers visuel de Gaspar Noé par exemple tous les deux, qui est quand même malaisant.

Adrien Taret, en tant que réalisateur, comment fais-tu pour t’assurer de développer des identités visuelles propres à chaque artiste tout en conservant une cohérence à l’échelle du collectif ?

Adrien Taret : C’est en travaillant sur notre précédent projet Double Live que j’ai commencé à contraster les esthétiques de URUBU et de MOLZK. Si je caricature, je dirais que j’essaie de voir l’un comme l’ange, et l’autre comme le démon de Vertige. Travailler avec MOLZK me permet d’exprimer un côté sombre et violent, alors que pour URUBU je priorise l’humour, l’absurde, et un aspect plus touchant. Parfois des éléments se faufilent d’un monde à l’autre, et je pense que ce sont ces passages qui créent une sorte de cohérence. C’est un peu malgré moi !

En quelques mots, raconte-nous le concept du clip.

AT : Avec ce clip, MOLZK et moi avons voulu montrer une performance techno revisitant et détournant l’expérience de Milgram, dans laquelle MOLZK remplace le scientifique, la musique remplace l’électrochoc, le danseur remplace l’électrocuté et le public, voyeur et malsain, devient complice des “décharges” commises sur ce dernier ainsi que de sa mort. Bon après, il y aussi plein de clins d’œil à URUBU. Pour les comprendre il faut aller fouiller dans tous nos projets Vertige.

Pouvez-vous nous présenter quelques images fortes du clip et peut-être citer quelques références qui s’y cachent ?

M : Les ténèbres sont noires, alors on a décidé de les faire blanche. En vrai, on voulait que l’esthétique soit blanche, clinique même, pour apporter un côté malsain et maîtrisé à la torture. Je crois qu’on a bien réussi ça. Adrien avait l’idée de faire référence à l’expérience sociale de Milgram, que l’on a un peu détournée. Il fallait donc qu’on emmène un côté scientifique à l’identité visuelle et ça passait par du blanc omniprésent. 

AT : Oui puis une autre référence pour moi dans ce projet, c’est le clip du groupe AIR “La femme d’argent” tourné dans leur studio futuriste. J’aime beaucoup l’image de ces musiciens devenus scientifiques. Après on n’avait pas totalement prévu la dimension sci-fi du clip, mais Josué Zabeau a apporté cette touche en fabriquant les lunettes des assistants grâce à son imprimante 3D. Elles sont donc home-made !

Une image contenant personne, debout, sombre, silhouette

Description générée automatiquement

M : On s’est dit qu’on pourrait présenter la torture, la douleur comme une œuvre d’art en direct, d’où la galerie d’art et le public. Un exercice pas facile à faire, mais grâce au talent exceptionnel du danseur Roman Uzal, on a réussi. Mais pour lui c’était deux jours de tournage pas facile.

AT : Oui, puis il a tellement donné lors du tournage qu’il a bousillé son magnifique pantalon designé par le créateur Julien Villeneuve (rires). L’installation de Marina Abramovic “The artist is present” pour le concept d’œuvre d’art en direct, nous a beaucoup inspiré. Aussi, le cube de néons est devenu l’un des personnages principaux du clip. C’est Joy Boissières qui l’a fabriqué et contrôlé lors du tournage. On avait déjà travaillé avec lui sur le précédent projet de Vertige “Double Live”.

0 Partages

Newsletter

Les actus à ne pas manquer toutes les semaines dans votre boîte mail

article suivant