À voir : L’artiste Sarah Woodhouse fossilise nos déchets de soirée et du quotidien dans de la résine

Écrit par Cécile Giraud
Photo de couverture : ©Quentin Lacombe
Le 10.05.2022, à 11h22
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©Quentin Lacombe
Écrit par Cécile Giraud
Photo de couverture : ©Quentin Lacombe
Il paraît que se balader dans Marseille avec Sarah Woodhouse est assez pénible : elle passe son temps à se baisser pour ramasser des objets à terre. Cela vous semble incongru ? Promis, c’est pour la bonne cause.

Texte, Cécile Giraud
Photos, Quentin Lacombe
Set, Camille Lichtenstern

Sarah Woodhouse n’a rien inventé. Emprisonner des trucs dans de la résine, des arbres l’ont fait avant elle. Des artistes également, qui ont la passion, comme elle, de ces blocs transparents enfermant à jamais un souvenir. « Mais c’est toujours trop clean », râle presque la créatrice de ces cendriers, bougeoirs, centreurs de vinyles et autres porte-savons. À mi-chemin entre un vide-poche et une boîte à souvenir traînant dans un hall d’entrée ou un fond d’un tiroir, les pièces uniques de Ré-zine fossilisent nos déchets du quotidien.

©Quentin Lacombe

Tambouille géniale

« À la base, je faisais ça pour moi, raconte la Franco-Irlandaise basée à Marseille. Je me disais juste que c’était marrant de fabriquer un cendrier avec des mégots dedans. J’ai posté des photos sur Instagram et plein de gens m’en ont commandé tout de suite, non-stop. C’était très inattendu. » En effet, Sarah, qui n’a démarré son business qu’en 2019, vit désormais de ce penchant étrange : sortir des détritus de la rue pour les emprisonner dans de la résine. La couleur d’un filet de fruits, la texture d’une fleur fanée, la typographie d’un emballage, la brillance d’une vis… Cette graphiste de formation se réapproprie tout. Autour d’elle, des créateur·rice·s saisissent à 100 % sa démarche et lui commandent des pièces pour leur shop. À l’instar de la créatrice de bijoux Justine Clenquet chez qui Sarah s’approvisionne en chute de chaînes argentées.

 

 
 
 
 
 
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Mais alors, pourquoi la résine ? « La transparence, répond-elle du tac au tac. J’aimerais pouvoir le faire avec du verre, mais je n’ai pas les compétences. Pour le moment, la résine est inépuisable en termes de possibilités. » Et comment ça marche, concrètement ? Sarah raconte sa tambouille : « Pour que la résine soit la plus brillante et la plus lisse possible, il faut mouler des objets qui sont eux-mêmes brillants. Une fois que j’ai le moule, je mélange la résine très lentement avec un catalyseur, jusqu’à ce qu’il n’y ait plus aucune bulle. Puis je coule ma résine à l’intérieur du moule et j’ajoute les objets. En soi, je mets une heure pour le faire, mais avec le temps d’attente, il me faut trois jours. » 

©Quentin Lacombe

Passion bordel

Et ça vaut le coup d’attendre. Si l’on observe attentivement chaque pièce, on remarque la présence de petites miettes de fleurs. Comme si le mistral avait soufflé dans les mégots. Elle s’explique : « Le contraste entre les belles choses et les déchets m’inspire. Je recueille pas mal de fleurs séchées quand je me balade dans la nature. Je les mets dans une boîte. Au fond, il y a plein de petites miettes qui s’accumulent. Je les récupère et j’en jette toujours un peu dans ma résine pour éviter que ça soit trop propre. » 

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©Quentin Lacombe

Voilà donc le mot d’ordre : quand c’est cra-cra, c’est mieux. D’où son amour pour Marseille et le bordel. Son bureau ressemble par ailleurs à un nid de pie à taille humaine : des conserves de soupe asiatique, des boîtes remplies de ferraille, des bocaux de coquillages, une collection de sacs plastiques, des découpages de magazines anciens, une tasse de dînette, des crayons de son enfance… Tout ce qui attire son regard ou évoque un souvenir. Contre toute attente, non, Sarah ne fait pas de sextoys. « On me demande constamment d’en faire, mais je n’ai pas trop envie de me lancer là-dedans. Je ne m’y connais pas assez, confesse-t-elle, mi-gênée, mi-amusée. Est-ce qu’il faut recouvrir la résine d’un truc spécial ? Je n’en sais rien du tout. » Toujours est-il que Sarah a donc trouvé le moyen de mettre à profit sa passion presque maladive. Les ordures qu’elle ramasse deviennent des tableaux-pièges de nos intérieurs. Et, a fortiori, des fragments fossilisés de notre époque.

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