À quoi ressemblait la toute première soirée Possession en 2015 ? Le collectif raconte

Écrit par Célia Laborie
Photo de couverture : ©Mariana Vasquez Matamoros
Le 07.12.2021, à 10h52
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©Mariana Vasquez Matamoros
Écrit par Célia Laborie
Photo de couverture : ©Mariana Vasquez Matamoros
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Une première fois, ça ne s’oublie pas. Surtout quand on sait ce qu’est devenu par la suite Possession, ce petit collectif parisien organisateur de soirées underground transformé au fil du temps en véritable icône de la scène rave et warehouse française, si ce n’est européenne. Dans cet extrait de la longue histoire orale de Possession racontée dans le nouveau Trax 233, l’équipe raconte sa toute première soirée dans un petit club du 11ème. Souvenirs souvenirs…

François Peyroux, scénariste, correcteur au Monde et ancien responsable artistes de Possession : Le 18 septembre 2015, je suis arrivé au Gibus vers 22h45, une heure avant le début de notre grande première. Un concert de zouk venait de se terminer, on a fait les balances en catastrophe.

Il faisait tellement chaud que les murs étaient humides et nos cheveux collaient sur nos tempes. Mais on était tellement heureux.

Mathilda

Mathilda Meerschart, responsable communication et directrice artistique de Possession : J’étais ultra stressée, terrorisée comme une petite fille à l’idée qu’il n’y ait personne à ma soirée. Vers 23h45, j’ai passé une tête par la porte du Gibus, et j’ai halluciné : il y avait de la queue sur plusieurs centaines de mètres, jusqu’à la place de la République. J’avais tellement de mal à y croire. Il s’est passé quelque chose d’incroyable ce soir-là. Je crois que c’est une sorte d’idéal qu’on n’a jamais retrouvé par la suite. Naïla a commencé à jouer, suivie par Milton Bradley, Ansome et Roman Poncet, et 1500 personnes se sont relayées jusqu’à midi dans un club bas de plafond pensé pour en accueillir 800. Des pédés bodybuildés suant dans leur petit slip, des nanas en robes de créateur et un couple de petits vieux qui ont passé leur nuit à faire des danses de salon. On a même vu Pierre Palmade débarquer à 8 heures du matin – à ce stade, plus rien ne pouvait nous étonner. Il faisait tellement chaud que les murs étaient humides et nos cheveux collaient sur nos tempes. Les t-shirts sautaient progressivement. On ne pouvait pas faire grand-chose avec le sound-system pourri du Gibus et le son était un peu crasseux. Mais on était tellement heureux.

François Peyroux : Avec ces lumières rouges aguicheuses, l’ambiance a d’emblée pris une tournure sulfureuse, presque érotique. Vers 2 heures du matin, une drag queen est montée à côté de la table de mix pendant le set de Milton Bradley. Elle rampait et faisait des œillades au public en tirant la langue pendant que le DJ affichait un sourire timide. Tous les carcans semblaient avoir sauté. Et puis soudain, les danseurs se sont figés. Dix silhouettes armées, cagoulées et vêtues de combinaisons noires façon GIGN ont fait irruption dans la foule.

La foule a commencé à paniquer en les voyant pousser la porte du Gibus avec leurs lampes torches. Sauf une jeune fille qui ondulait au milieu de la piste.

Anne-Claire

Anne-Claire Gallet-Guiguet, directrice artistique et fondatrice de Possession : Seuls nous, les organisateurs, savions que c’était une performance organisée avec la complicité des danseurs de (LA)HORDE, qui sont depuis devenus des amis. La foule a commencé à paniquer en les voyant pousser la porte du Gibus avec leurs lampes torches. Sauf une jeune fille qui ondulait au milieu de la piste.

Regina Demina, chanteuse : Je faisais aussi partie du happening. J’étais arrivée quelques minutes avant et m’étais mise à danser d’un air évaporé, jusqu’à ce que les faux gendarmes ne m’embarquent avec eux hors du club et m’emmènent dans une limousine. La suite de notre périple était filmée et projetée sur les murs du Gibus. Je me suis mise à danser avec mes ravisseurs, à les déshabiller, les yeux plantés dans la caméra qui nous avait suivis dans la voiture. Notre envie était de jouer avec les fétichismes autour des figures d’autorité, et de souligner les limites de la légalité dans un espace comme le club. Malheureusement, on a un peu été rattrapés par la réalité. On n’aurait plus pu refaire cette performance quelques mois plus tard…

L’histoire complète du collectif Possession est à retrouver dans les pages du numéro 233 de Trax Magazine, déjà disponible en précommande sur le store en ligne.

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