À la rencontre de ces noctambules que le confinement n’a pas arrêtés

Écrit par Célia Laborie
Photo de couverture : ©Martin Groch
Le 16.07.2020, à 16h46
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©Martin Groch
Écrit par Célia Laborie
Photo de couverture : ©Martin Groch
Souvenez-vous, c’était il y a un siècle, le 14 mars 2020 à minuit. Partout en France, la fête entre en sommeil  : les bars, clubs et salles de concert sont contraints de tirer le rideau pour une durée indéterminée. Les Français peuvent-ils tenir plusieurs mois sans caissons de basse, pistes de danse ni coin fumeur humide  ? Pas tous. Pour avoir leur dose, certains noctambules entrent en clandestinité. Sans aucun remord, ils racontent leur non-confinement, entre afters interminables, virées dans les catacombes et initiations libertines.

Cet article est un extrait de l’enquête menée par Célia Laborie. Retrouvez l’intégralité de l’article dans le magazine Trax 230, disponible en kiosque ou sur notre store en ligne.

En ce dimanche après-midi ensoleillé, le XXe arrondissement de Paris se déconfine timidement. Les passants qui promènent leur chien ou reviennent du supermarché du coin portent presque tous des masques bariolés. Juste à côté, au bord des rails abandonnés de la petite ceinture, il y a la maison occupée par Inès* et Yoann*, tous deux directeurs de photographie et noctambules devant l’éternel. Une fois passée la porte d’entrée, nous voilà propulsés à des années-lumières de ce monde extérieur angoissé, distancé. Plus aucun geste barrière n’est respecté  : on échange les verres, les pailles, les clopes, on se roule des pelles de temps en temps et on sue ensemble sur le dancefloor. Le décor  ? Des tapis vieillis au sol, des plantes vertes desséchées, des platines qui passent du downtempo et, aux quatre coins du salon, des vingtenaires qui dansent langoureusement, discutent avachis sur des matelas ou profitent de la chaleur du printemps sur la terrasse arborée. Bientôt 48 heures que la fête s’étire, et ça commence à se voir dans leurs yeux. Après tout, pourquoi perdre aujourd’hui les habitudes prises pendant le confinement  ?

illustration : Martin Groch


Le 16 mars dernier, la jeunesse de tout l’hexagone voyait s’envoler les projets de festivals et autres raves champêtres qui accompagnent habituellement l’arrivée du printemps. Suite à l’allocution d’Emmanuel Macron, les voilà tenus de rester sagement à la maison sous peine de s’exposer à une amende de 135 euros, avec pour maigre consolation les livestreams de DJs du monde entier diffusés en masse sur la toile. La plupart des fêtards invétérés s’en sont contentés pendant deux mois. Mais les plus téméraires ont au contraire appris à entrer en clandestinité pour retrouver leur dose d’ivresse du samedi soir.

Le confinement, cette colonie de vacances pour adultes


«  On s’est très vite rendu compte qu’on pouvait faire des attestations bidon en disant qu’on allait prendre soin de notre grand-mère  », glisse Maxime*, 28 ans, aux platines de l’after sans fin de ce mois de mai. «  On a donc commencé à organiser des soirées en appartement les vendredis soirs, en retrouvant toujours la même bande d’une vingtaine d’amis habitant à Aubervilliers, Paris ou Pantin. Et comme ça restait compliqué de se déplacer, on prenait nos affaires avec nous pour rester sur place jusqu’au lundi matin  », explique le jeune homme aux yeux brillants, avant de se servir dans la montagne de croque-monsieur maison amenée triomphalement depuis la cuisine par l’un des convives.

Pour Maxime et ses amis, le confinement est passé aussi vite qu’une «  colonie de vacances  ». La limite du retour au bureau le lundi matin a disparu, les voilà encore plus libres. La fête ne s’arrête plus à la fermeture des clubs. Elle s’allonge désormais plusieurs jours, entre sessions bricolage, écriture de nouvelles, massages et puzzles. Parfois, elle a même empiété sur la semaine et Maxime a dû sortir son ordinateur portable de son sac pour reprendre le télétravail sur les ruines de la piste de danse, entre bouteilles de bière vides et cendriers pleins. «  Je bosse dans une régie publicitaire, et il m’est arrivé de m’isoler sur la terrasse afin de participer à une visioconférence. Je débattais de questions de marketing complètement bullshit, à poil, en prenant soin de laisser ma caméra éteinte. Avant de retourner dans le son quelques heures.  »

La suite de cette enquête est à retrouver dans Trax Magazine 230, en kiosque et sur notre store en ligne.

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